Présidentielles 2017

Le programme agricole du PS

Benoît Hamon : pour un Grenelle de l’alimentation

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Comme il existe une exception culturelle française, le candidat du Parti socialiste milite en faveur d’un régime d’exception agriculturelle – extirpant le secteur agricole des règles de l’OMC -, allant de pair avec une Organisation mondiale de l’agriculture. Son rôle serait de garantir « une souveraineté alimentaire et une meilleure représentation des agriculteurs et des consommateurs dans les instances internationales ». Un enjeu de gouvernance dont Benoît Hamon voudrait débattre lors d’un Grenelle de l’agriculture et de l’alimentation.

Benoît Hamon est une sorte de born again de la politique. « J’étais croyant, je ne le suis plus », ne cesse-t-il de répéter à longueur d’interview. « Je ne conçois plus de parler d’économie et de justice sociale sans y intégrer la dimension environnementale et écologique, a-t-il redit, le lundi 13 février, lors de la présentation de ses dix mesures pour l’alimentation à la ferme bio des Bergeries de Châtenoy, en Seine-et-Marne. Vouloir créer de la richesse et faire de la croissance, c’est bien. Mais si cela signifie davantage d’huile de palme et donc de déforestation, plus de machines sur des exploitations agricoles qui prônent le productivisme à tout crin et l’utilisation accrue de pesticides, cela n’a pas de sens. »

Benoît Hamon souhaite accompagner la transition agricole

A ce modèle « à bout de souffle », le candidat du PS propose d’accompagner « la transition agricole déjà à l’œuvre pour parvenir à un système plus respectueux de l’environnement et des paysans ». Un « contrat alimentaire durable et solidaire » qui a pour objectif la mise en place « d’une souveraineté alimentaire capable de nourrir l’humanité tout en préservant l’écosystème de notre planète ». Pour y arriver, Benoît Hamon prend des accents hollandais, le « moi » en moins. « Président, je développerai une politique nutritionnelle alimentaire globale respectueuse et garante de la santé humaine ; j’amplifierai la transition agro-écologique pour répondre aux défis environnementaux et climatiques ; je mettrai l’agriculture, l’agroalimentaire et la forêt au service de l’économie des territoires en prenant en compte la diversité des modèles de l’agriculture française. »

Au cœur de ce package programmatique, le vainqueur des primaires de la Belle alliance populaire, pointe « l’insécurité alimentaire comme un problème majeur de santé publique ». Directement liée à la production agricole et à l’offre alimentaire actuelles. Contre cette malbouffe qui provoque obésité et surcharge pondérale, le candidat socialiste veut « assurer l’accès à tous, y compris aux plus défavorisés, à des produits diversifiés et de bonne qualité nutritionnelle ». Un vœu qui, selon lui, passe notamment (prenez votre respiration) par la fusion du Programme national alimentation et de la partie alimentation du Programme national nutrition santé en un Plan d’alimentation et de santé publique… Son ossature reposerait principalement sur le « développement de l’information et de l’éducation du consommateur, (cela) pour redonner sa juste place et sa valeur à l’acte alimentaire ». Ce plan en passerait également par la « lutte contre le gaspillage alimentaire » ou encore par « l’application stricte de la loi Garot ».

Sanctuariser les biens communs que sont l’air, l’eau et les sols

Un jargon, un poil technocratique et abscons, dont on trouve une part d’inspiration et, surtout, la traduction dans le programme d’Europe-Ecologie Les Verts (avant que le parti écolo ne décide de retirer la candidature de Yannick Jadot pour rallier celle de Benoît Hamon, Ndlr). Ainsi, dans feu « La France vive, c’est la France 100% durable », « l’application stricte de la loi Garot » devient « l’urgence de rendre obligatoire la redistribution des invendus de la grande distribution en faveur des associations de solidarité et vers l’élevage pour les déchets très périmés ». Un emprunt aux orientations écologistes, qui n’est certes pas le seul – notamment sur tout ce qui concerne « le renforcement des mesures de protection de la biodiversité là où elle est particulièrement riche et menacée, notamment dans les territoires ultra-marins et les océans » - ; qui ne va pas toujours aussi loin que souhaité par EE-LV – comme sur « l’approvisionnement 100% des cantines publiques et privées par l’agriculture paysanne ou biologique » réduit à « 50% dans les seuls organismes publics conventionnés » - mais qui propose d’autres orientations. En complément ou en renfort, c’est selon.

Toujours au chapitre « Favoriser l’accès du plus grand nombre à une alimentation de qualité et notamment le bio », Benoît Hamon envisage ainsi de créer « des aides personnalisées à l’alimentation » sous forme de « bons d’achat pour des produits issus de l’agriculture biologique et des circuits courts », à destination « des populations à faible revenu ». Ou encore d’instaurer « une TVA à taux réduit sur les produits bio ». Autre mesure phare, en opposition complète avec la proposition de François Fillon d’en finir avec le principe de précaution, Benoît Hamon promet au contraire de « sanctuariser les biens communs que sont l’air, l’eau, les sols ». Cela, en maintenant « l’interdiction des cultures OGM », en « supprimant les perturbateurs endocriniens » et en « développant la recherche » permettant « le remplacement progressif des pesticides par des solutions alternatives ».

Les pesticides. Voilà bien un discours socialiste déjà entendu, porté même depuis le 16 mai 2012 par Stéphane Le Foll, et qui peine pourtant à se concrétiser politiquement. Pour que ce « remplacement progressif » devienne réalité, encore faudrait-il en passer par une homologation des pesticides par le ministère de la Santé. Ce qui permettrait non plus de prendre en compte les seules « molécules prises séparément » mais bien l’ensemble des « mélanges commercialisés ». Evitant ainsi les effets cocktails si dangereux – et de plus en plus mortels – pour la santé des consommateurs, des agriculteurs, des animaux et des écosystèmes. « C’est pour cela que j’envisage à la fois de créer un seul ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation durable et de la Forêt », a répondu Benoît Hamon, le 13 février dernier, dans les colonnes de La République de Seine-et-Marne. Mais également d’ouvrir, dès la première année de mon mandat, un Grenelle de l’agriculture et de l’alimentation. » Une promesse, pour le coup, déjà formulée du côté d’Emmanuel Macron.

« Rétablir des droits de douanes agricoles »

Autre effet cocktail désastreux pour la santé humaine et animale : la pollution engendrée par le réchauffement climatique. Pourvoyeuse à hauteur de 25% des émanations carboniques, l’agriculture est aussi vue par le candidat socialiste comme un moyen de « contribuez à un monde – 2°C ». Comprenez à un monde répondant aux objectifs de la COP 21. Là encore, dans la continuité de la présidence Hollande, celui qui a été successivement ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire puis ministre de l’Education veut faire du programme 4 pour 1000 « une priorité pour réorienter les flux financiers disponibles pour le changement climatique, au bénéfice des sols ». D’après ses promoteurs, des évolutions minimes du stock de carbone des sols « ont des effets majeurs tant sur la productivité agricole que sur le cycle mondial de gaz à effet de serre ». « D’où l’importance d’inscrire leur protection dans la Constitution », plaide le candidat du PS qui, comme celui de la France insoumise, en appelle à une VIe République.

Dans son « contrat alimentaire durable et solidaire avec nos agriculteurs » Benoît Hamon évoque également la « lutte contre l’accaparement du foncier par un détournement des droits de société » et la mise en place d’un « Conservatoire des terres agricoles qui favorisera l’accès au foncier des paysans ». Et donc leur installation. Selon les estimations, 40% des exploitants devraient prendre leur retraite d’ici à 2020. Une state cumulée à cette autre donnée de l’Agence Bio qui veut que 21 paysans choisissent de s’installer en bio chaque jour. C’est pour ça, qu’il est « urgent de remettre l’activité agricole au cœur des problématiques de société, pour les rendre moins fragiles face aux crises économiques, sanitaires ou climatiques ». Car, si de plus en plus d’agriculteurs passent au bio, « c’est qu’ils ont compris que le marché est porteur mais aussi parce qu’ils souhaitent des prix justes. Et le juste prix, ce n’est pas seulement être rémunéré à hauteur du coût de revient, c’est aussi pouvoir en tirer une rémunération pour vivre décemment ».

Sur cette question, Benoît Hamon en appelle carrément à « la création d’une exception agriculturelle et à sortir l’agriculture de l’OMC ». Cette refonte totale de la politique commerciale et agricole française reposerait sur « des principes de coopération et de progrès social et écologique ». Par exemple, en « interdisant les importations de denrées agricoles qui ne respecteraient pas les mêmes règles sanitaires, sociales et environnementales » que celles mises en place en France. Un refrain protectionniste, différent de ceux déjà entonnés par Fillon, Mélenchon et Le Pen, qui, en plus de restaurer les mécanismes de régulation des marchés, « garantira une préférence communautaire par le rétablissement de droits de douanes agricoles ». Parce que « c’est une question centrale dans la chaîne de valeurs, qui va du producteur jusqu’au consommateur. »