Présidentielles 2017

Le programme agricole du FN

Marine Le Pen laboure à coup de « priorité nationale »

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Parmi ses 144 propositions programmatiques, six concernent l’agriculture. Entre « patriotisme économique », transformation de la Politique agricole commune en Politique agricole française et interdiction de l’importation « des produits agricoles et alimentaires ne respectant pas les normes de production française », la candidate du Front national se veut la porte-parole d’une agriculture patriote. Alors même que son approche est purement nationaliste.

Pour cerner la vision agricole de Marine Le Pen, il faut regarder au-delà de la rose bleue de son programme et taper le mot « Nouvelle écologie » sur Internet. Comme nous l’avions déjà expliqué ici, ce collectif, estampillé Rassemblement bleu Marine, a vu le jour le 9 décembre 2014. Son objectif : faire du « bon sens écologique » une arme idéologique, générant du buzz et ramenant le plus d’électeurs possible dans le giron du Front national. Entre abstentionnistes et déçus des deux derniers quinquennats, leur nombre est légion. Chez les agriculteurs, notamment.

Si 35% d’entre eux disent ne pas exclure un vote Marine Le Pen dès le premier tour, ce sont principalement les questions européenne et française qui détermineront leur choix. « 45% des agriculteurs se déclarent fiers d’être Européens, confirme Martial Foucault. Et parmi eux, 55% le sont tout autant d’être Français », précise ce chercheur en sciences politiques, à l’initiative du colloque « L’agriculture dans la campagne… présidentielle 2017 ». Un double sentiment d’appartenance dans lequel n’a pas hésité à s’engouffrer Nouvelle écologie. Organisée le 2 décembre 2016 à Paris, sa convention thématique « Marine 2017 » sur l’écologie s’est recentrée autour de deux thèmes prioritaires : « Sortir la France de la PAC » et « Une filière d’avenir : l’agriculture biologique ».

En les parcourant, on lit ceci. En double détente : « Notre collectif veut libérer la France de l’emprise de la Politique agricole commune [qui] tue notre agriculture et veut la mise en place d’un modèle d’agriculture qui respecte les Français et leur terre. » Une ambition transposée, chez Marine Le Pen, en termes plus programmatiques. Précisément, les points 125 et 126 de ses 144 propositions. Soit, « la transformation de la Politique agricole commune en Politique agricole française » et « l’application d’un patriotisme économique ». Sans plus de détails.

« Stopper l’explosion des normes administratives »
tout en « respectant des normes de production française »

Si le terme « patriotisme » n’apparaît qu’une fois dans le volet agriculture du programme frontiste, il émaille plus largement celui de Nouvelle écologie. Représentant même son unique fil conducteur. « Ce que nous défendons, écrivent ses contributeurs, c’est avant tout l’agriculture paysanne, à l’échelle de l’homme. Des hommes qui sont d’ailleurs, dans leur immense majorité, de grands patriotes […] La France, en guide des nations agricoles, doit pouvoir soutenir demain les démarches des paysans souhaitant aller plus loin dans les cahiers des charges qualitatifs de l’agriculture biologique. » Pour y parvenir, le collectif livre sa recette : « Cela passe par des normes plus strictes. »

Un axe central de cette « écologie patriote » dont s’accommode Marine Le Pen. Parmi ses six propositions, l’une – la 128 – parle de « normes administratives », dont il faudrait pourtant « stopper l’explosion », quand l’autre – la 129 -, évoque ces « normes de production française » qu’il faudrait « imposer aux produits agricoles et alimentaires d’importation ». En creux du programme frontiste, se dessine une nouvelle forme de protectionnisme. Après celui, ultralibéral, d’un Fillon et celui, solidaire, d’un Mélenchon, voici celui basé sur le principe de la « priorité nationale ». Qui balaie de la question des semences paysannes à celle des OGM.

Invité du Grand rendez-vous Europe 1, le 1er janvier 2017, Florian Philippot lance au micro : « On ne peut pas interdire les OGM si on est dans le cadre de l’Union européenne. » En écho à cette affirmation de Nouvelle écologie, pour qui « la France dépend de l’Union européenne pour édicter ses normes et décider de son mode de vie ». Or, en matière de réglementations agricoles, les choses sont un peu plus complexes que cela. Sur la question des OGM, il faut par exemple distinguer leur culture, leur importation et leur commercialisation. Ainsi, contrairement aux dires du vice-président du Front national, l’Etat français est compétent pour interdire ou restreindre la culture des OGM sur son territoire. Cela, notamment grâce à une directive du Parlement européen votée le 11 mars 2015. Transposée par la loi du 2 décembre de la même année, celle-ci est directement applicable dans le droit français. « Cette interdiction, complète le site de vérification les Surligneurs, peut intervenir à tout moment (au cours de la procédure d’autorisation ou après que l’autorisation a été accordée) et, pour de multiples raisons, rester non limitée aux seuls risques environnementaux ou de santé. » En revanche, la décision d’interdiction d’importation et de commercialisation d’OGM se prend bien au niveau de l’Union. Ce qui ne cesse d’ailleurs de faire régulièrement débat entre le Parlement et la Commission.

Contre la « concurrence déloyale de l’Allemagne »,
des « frontières étanches »

Derrière cette question des organismes génétiquement modifiés, se joue celle, plus large, de la souveraineté et de la sécurité alimentaires. Toutes deux « menacées par des traités de libre-échange » comme le Ceta – accord économique et commercial entre l’UE et le Canada -, le Jefta – traité de libre-échange entre l’UE et le Japon – ou encore le Tafta (dont les négociations entre l’UE et les USA sont provisoirement à l’arrêt sur demande de la France le 30 septembre 2016, Ndlr). Des accords qui prévoient de faire la part belle au bœuf aux hormones ou au poulet au chlore. Mais aussi de permettre à une multinationale d’attaquer la France ou l’Union européenne devant un tribunal arbitral international plutôt que devant une justice souveraine.

Un réel danger démocratique dont la présidente du Front national se saisit uniquement par opportunisme électoral. Le 18 mai 2015, alors que le FN et Nouvelle écologie annonçaient, à grand renfort de communiqués, le lancement d’« une campagne d’un mois contre le Tafta », dix jours plus tard, patatras. Lors du vote sur le rapport approuvant le cadre des négociations au sein de la commission du commerce international du Parlement européen, l’eurodéputée frontiste est tout simplement aux abonnés absents. Tout comme son suppléant de l’époque, Aymeric Chauprade.

Décrite comme patriote, cette approche agricole est en réalité démagogique et nationaliste1. Pour s’en convaincre, il suffit de se rendre aux Sables-d’Olonne, sur la côte vendéenne. Ce lundi 27 mars 2017, Marine Le Pen y tenait son dernier meeting de campagne, concernant la région des Pays-de-la-Loire. Face à 500 sympathisants, encadrés de 200 CRS, elle a une nouvelle fois évoqué « cette France ouverte à tous les vents de la mondialisation sauvage ». Et la présidente du FN d’haranguer devant un parterre aux anges : « On a vu ce que ça donnait dans l’Ouest de la France, la concurrence déloyale de l’Allemagne, pour les producteurs de porc. » Avant de rendre hommage à Philippe de Villiers « pour son combat patriotique ». Rien, en revanche, sur cet autre combat qui, il y a quasiment deux ans, mobilisait pourtant 1500 personnes sur le remblai des Sables-d’Olonne contre la construction d’une porcherie industrielle. L’exemple même des choix politiques et financiers qui fragilisent, depuis des années, l’agriculture française.

Au lieu de cela, Marine Le Pen a, une nouvelle fois, proposé d’étendre un cordon sanitaire autour de la France grâce « au rétablissement de frontières étanches ». Comme elle le prône déjà vis-à-vis des étrangers qui fuient leurs pays, souvent pour raisons agricole et climatique. Un isolement qui ne résoudra en rien la profonde et durable crise agricole que traversent l’Europe et la France. Simplement parce que les grands semenciers, les promoteurs de « fermes usines » et autres géants céréaliers français n’ont attendu aucune puissance étrangère et sa « colonisation par l’agrochimie et les capitaux nomades » pour abuser des engrais, appauvrir les agriculteurs, polluer les rivières et empoisonner les consommateurs.

(1). Si le patriote est attaché de manière spontanée à son pays, à la terre de ses ancêtres, à l’art et à la culture qui l’ont façonné, il l’est de manière ouverte. Accueillant aussi bien les différences internes que celles qui existent avec d’autres peuples. A l’inverse, le nationaliste prend conscience de son pays par différence et opposition à d’autres pays. Il a la conviction d’une supériorité, un instinct de défense et une xénophobie à l’intérieur même de la nation.