Présidentielles 2017

Le programme agricole de la France insoumise

Jean-Luc Mélenchon, la « révolution paysanne » et le quinoa

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Pour défendre « une agriculture écologique et paysanne », Jean-Luc Mélenchon ne néglige aucune piste d’actions. D’abord, au plan régional et national avec le retour à une sécurité et une souveraineté, toutes deux alimentaires. Puis, au niveau européen avec la refonte de la PAC, devenue Politique agricole cohérente. Enfin, à l’échelle internationale avec un protectionnisme solidaire basé sur des accords de coopération entre certains États et les paysans eux-mêmes.

C’est une histoire de taboulé au quinoa qui a fait grand bruit. Publiée dans Gala, puis reprise par la magazine Closer, elle a, un temps, tenu en haleine tous les éditorialistes des « grands médias ». Imaginez. Début septembre 2016. La rentrée politique bat son plein. Dans les starting-blocks de la Présidentielle 2017, déjà deux candidats : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Deux années après avoir accordé un premier entretien au titre people détenu par la Fininvest de Silvio Berlusconi, le leader de la France insoumise remet le couvert. A l’occasion du pique-nique des Insoumis de Toulouse, le candidat parle politique et, donc, taboulé au quinoa.

Ce conseil-minceur, pour celui qui entame sa seconde campagne présidentielle, tient lieu, en réalité, de véritable programme agricole. « Le quinoa illustre le fait qu’il existe de très nombreux végétaux riches en protéines et vitamines fondamentales, écrit Jean-Luc Mélenchon sur son blog le 6 septembre 2016. Dans ces conditions, la consommation de viande n’est pas une nécessité vitale dans l’alimentation humaine. » Et le candidat de la France insoumise d’interroger : « En quoi est-ce de la politique ? Il s’agit de notre modèle d’agriculture. » Un modèle « qui détruit tout : l’écosystème, la santé des consommateurs et celle des paysans… Il y a trois fois plus de suicides chez les agriculteurs que dans le reste de la population. La majorité des agriculteurs sont victimes de ce modèle », pointent, de leur côté, Laurent Levard et Eve Saymard. Tous deux agronomes et économistes, ils ont coordonné le livret « Pour une agriculture écologique et paysanne » de la France insoumise. Basé sur des centaines de contributions citoyennes, ce dernier a été rédigé en deux mois. Face à cette « agriculture duale », qui opposerait indéfiniment production compétitive et agriculture de niche, Jean-Luc Mélenchon fait sien cette conclusion de Levard et Saymard de promouvoir « un projet agricole et alimentaire d’intérêt général ».

Ce manifeste tient en huit points. Et ne néglige aucune piste d’actions. Au plan régional et national d’abord. Avec « une loi planifiant la transition écologique de l’agriculture selon un calendrier s’étalant sur dix ans ». Soit deux quinquennats. Dans un premier temps, il s’agirait d’impulser « un nouveau pacte entre les agriculteurs et l’ensemble de la société ». Pacte qui passerait tout à la fois par «  la reconnaissance du droit des agriculteurs à vivre dignement de leur travail » et par « la production pour toutes et tous de produits agricoles nutritifs et sans résidus nocifs ». En complément, priorité serait ensuite donnée à l’établissement « d’un système alimentaire durable garantissant le droit à une alimentation de qualité ».

90% des Français pour une « transition agricole et alimentaire »

Une action politique qui fait écho à une étude rendue publique le 15 mars dernier par sept ONG (Agir pour l’environnement, Fédération nationale de l’agriculture bio, Terre de liens, Mouvement inter-régional des Amap, Union nationale de l’apiculture française, le CIWF et Filière paysanne, Ndlr). Réalisée par l’Ifop, cette dernière montre que 90% des personnes interrogées jugent « tout à fait » (49%) ou « assez » (41%) prioritaire « une transition agricole et alimentaire qui passerait par la mise en place et le développement d’une agriculture plus respectueuse de l’environnement, produisant des aliments locaux, plus sains et sûrs ». En affinant ces chiffres, on constate même que 82% des Français (42% « tout à fait » et 40% « plutôt ») se disent favorables à « une réorientation des subventions vers une agriculture biologique et paysanne ».

Seulement, pour atteindre ce degré de sécurité et de souveraineté alimentaires, il faut se replacer dans le contexte européen. Et négocier, soit dans le cadre d’un plan A (une sortie concertée des traités européens, accompagnée de la négociation d’autres règles, Ndlr), où ces propositions seraient portées au niveau de l’UE, avec pour cadre la PAC 2020. Soit dans celui d’un plan B (une sortie unilatérale par la France des traités européens, pour proposer d’autres coopérations, Ndlr), où ces huit engagements agricoles seraient mis en œuvre à un niveau national ou plurinational redéfini. Plan A ou plan B, « certaines de ces mesures constitueront des lignes rouges et seront appliquées quoi qu’il en soit, prévient Jean-Luc Mélenchon s’il est élu au soir du 7 mai. Comme celles relatives à la question d’un prix minimum versé à certaines productions, à l’instauration de taxes à l’importation ainsi qu’à la révision du droit à la concurrence… Des mesures qui toutes, aujourd’hui, sont incompatibles avec les accords de libre-échange ».

C’est le huitième et dernier point du livret « Pour une agriculture écologique et paysanne ». Intitulé « Assurer la sécurité alimentaire au niveau international et organiser la transition écologique des agriculteurs », il pose les bases d’un protectionnisme solidaire. A mille lieux du mécanisme économique défendu par François Fillon. « Ce sont généralement les plus gros et les plus solides des producteurs qui défendent la logique de compétitivité sur le marché mondial, expliquait l’agroéconomiste Laurent Levard, dans les colonnes de L’Humanité, le 3 mars dernier. Si certains veulent tenter d’aller concurrencer les exportations de céréales de l’Ukraine ou celles de poudre de lait de la Nouvelle-Zélande, qu’ils le fassent. Mais sans aides publiques. La collectivité n’a pas à financer une démarche qui n’est pas d’intérêt général. »

Création de 300 000 emplois agricoles, arrêt des « fermes usines », alimentation 100% bio et locale dans la restauration collective

Pour amortir « ces priorités nationales en matière d’agriculture et d’alimentation », Jean-Luc Mélenchon prévoit ainsi de combiner la « constitution d’un pôle public bancaire » à la « construction d’une alliance stratégique » passant par « la promotion d’accords de solidarité et de coopération respectueux du droit à la souveraineté alimentaire et à l’agriculture paysanne ». Et revoilà notre fameux taboulé au quinoa. Plante traditionnelle, cultivée depuis plus de 5000 ans sur les hauts plateaux d’Amérique du Sud, elle remporte un véritable succès auprès de nombreux consommateurs européens et étasuniens. Or, qui dit demande dit offre et donc… explosion des prix de vente. « Si cela profiterait aux paysans qui le cultive, écrit toujours Jean-Luc Mélenchon, dans son billet de blog du 6 septembre 2016, cela mettra le quinoa hors de portée des paysans qui le mangent sur place. »

Pour éviter de créer « des distorsions de concurrence entre les produits français et les produits importés de pays où les niveaux de rémunération du travail seraient inférieurs aux nôtres », ce protectionnisme solidaire favoriserait « la mise en place de coefficients multiplicateurs, en vue de garantir une juste rémunération des producteurs. Limitant ainsi les phénomènes de captation de la valeur ajoutée des intermédiaires et de la grande distribution ».

Un principe de souveraineté alimentaire des paysans, des États, des régions et des consommateurs qu’a une nouvelle fois défendu le candidat de la France insoumise, le lundi 27 février dernier, dans une exploitation bio de l’Oise. À la journaliste du Monde qui lui demandait pourquoi il avait préféré zapper l’étape dite incontournable du Salon international de l’agriculture de Paris, Jean-Luc Mélenchon a répondu : « Ma présence ici ne vaut pas distanciation. Mais on montre, on illustre différemment un programme qui fait la promotion d’une agriculture paysanne garantissant la création de 300 000 emplois agricoles à l’horizon 2027, promettant la fermeture de « fermes usines » comme celle de 1000 vaches, développant l’agriculture biologique, interdisant les pesticides ou encore faisant le pari d’une alimentation 100% bio et locale dans la restauration collective… »