Edito

Les promotions à perte, une affaire privée

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Le Directeur d’Intermarché a été « convoqué » mercredi dernier par le Ministre de l’Économie. « Je lui ai dit que ça ne pouvait pas se renouveler, on ne peut pas avoir des scènes comme cela tous les quatre matins en France » a-t-il précisé au micro de RTL. On imagine la scène dans le bureau de Bruno Le Maire entre droit public et droit privé.

« - Bonjour, vous allez bien ?
- Oui pas mal Monsieur le Ministre, à part toute cette casse dans nos magasins, qui n’est pas prise en charge par les assurances…
- Certes, mais vous savez quand même que ces promos sur le Nutella pour les pauvres, c’est pas très responsable comme attitude ?
- Oui, oui, j’en ai bien conscience…
- … et vous pensez faire quoi ?
- la prochaine promo on va faire attention à avoir un stock plus important…
- oui, ce serait mieux… et de toutes façons, avec Stéphane, on va vous coller une loi… »

Fiction? À peine. Parce qu’après l’affaire Lactalis certains découvrent naïvement que la France reste un pays où la liberté du commerce est une affaire privée, sauf si des troubles à l’ordre public viennent poser un éclairage nouveau sur cette liberté. Les armes du pouvoir? En l’état, dérisoires, surtout quand il lui faut agir après la bataille. On « convoque » à Bercy ou on « rappelle avec force les acteurs à leurs responsabilités et au respect des engagements pris lors des États généraux de l’alimentation » comme le souligne un communiqué commun des Ministres de l’Agriculture et des Finances du 2 février sur les négociations commerciales en cours.

Pour les acteurs de la grande distribution, la responsabilité est une notion inexistante, comme le précise très bien Thierry Cotillard, le Président d’Intermarché, dans son interview d’aujourd’hui au JDD : « Nous ne saurions être tenus pour responsables de ce qui est un symptôme ». Entendez par là que ce n’est pas sa faute s’il y a des pauvres mal éduqués et qu’il n’avait « pas imaginé une telle effervescence«   précise-t- il dans la même interview en ajoutant à propos de la future loi que « La compétitivité des prix reste un impératif… », privé.

Olivier Mével, dans l’interview qu’il nous a accordé au début de l’année démontrait que les États généraux étaient « une prime à la violence commerciale », il ne croyait pas si ben dire.