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Le label Agri-Éthique, le commerce équitable à la française

12.04.24

Agri-Éthique met en exergue l’idée reçue selon laquelle le commerce équitable ne concernerait que les producteurs du Sud et les riches consommateurs du Nord. Ce label affirme justement s’être établi en France depuis dix ans, où il se positionne comme le premier label de commerce équitable français. Mais comment fonctionne cette labellisation ? Une bénédiction pour les agriculteurs français ?

©Giulia Cappello

Au départ, le commerce équitable est surtout pensé comme un moyen d’équilibrer les relations entre producteurs des pays du Sud et consommateurs des pays du Nord. Ainsi, le producteur est sûr de percevoir une juste rémunération et le consommateur a la garantie que ce dernier travaille dans des conditions sociales et environnementales respectueuses. Les produits issus du commerce équitable sont signalés par des labels qui garantissent le respect d’un cahier des charges bien précis, fidèle aux valeurs du projet. En France, une loi de 2014 ouvre le commerce équitable aux producteurs du Nord, et donc à l’émergence d’un label comme Agri-Éthique.

©Commerce Équitable France

Le collectif Commerce Équitable France décline huit labels majeurs sur le marché français. Si le label SPP – Symbole des producteurs paysans, ne fonctionne qu’entre les filières Nord-Sud, d’autres comme Agri-Éthique et Bio Équitable en France s’appliquent seulement entre producteurs et consommateurs français. Certains font le choix de la liberté en s’élargissant à tous les produits qu’elle que soit leur géographie d’origine (Fairtrade/Max Havelaar, WFTO, Tourisme Équitable…) 

Aujourd’hui, Agri-Éthique c’est 43 marques labellisées, 48 filières certifiées et 597 références de produits du quotidien, allant du pain aux légumes secs en passant par la viande et les produits laitiers. Agri-Éthique s’est construit avec les valeurs du milieu coopératif – partage et solidarité, étant lui-même une filiale indépendante de Cavac, un groupe coopératif agricole. En ce début d’année 2024, le label a par exemple été attribué au chipsier français Bret’s qui œuvre à la valorisation de la filière pomme de terre.

Les trois piliers du cahier des charges

Le label répond à un cahier des charges qui s’organise autour d’un volet économique, un volet environnemental et sociétal, et enfin un volet sensibilisation. Chaque année, tous les partenaires du label sont contrôlés par CERTIPAQ (un certificateur indépendant) pour s’assurer de la conformité des produits aux piliers du commerce équitable. Le volet économique se décline sous forme de contrat sur trois ans minimum, établissant un volume et un prix fixe entre tous les acteurs de la filière (agriculteurs, organisations de producteurs, transformateurs, commerçants), s’affranchissant ainsi de la volatilité des prix sur le marché. Le prix est déterminé à partir du coût de production de la matière première, en prenant en compte d’autres variables comme la qualité ou encore le contexte économique. Une cotisation est ensuite ajoutée au prix de la matière première, et dépend de la fragilité de la filière. Le label met aussi en place un fonds collectif pour développer les projets des agriculteurs, notamment sur les questions environnementales, sociales et de bien-être animal. Le respect de l’environnement, au coeur du projet, est également encouragé par Agri-Éthique tout au long de la filière, en poussant les partenaires à opérer des actions durables : approvisionnement local et durable, lutte contre le gaspillage alimentaire, gestion des déchets… 

©Agri-Éthique
Le frein du prix

Cette manière de commercer est peut-être celle qui représente la meilleure garantie pour les agriculteurs, et donc l’un des moyens de rendre plus stable ce métier en grandes difficultés qui regroupe par ailleurs des situations économiques très hétérogènes, à l’heure où les départs à la retraite sont nombreux et les successeurs aux abonnés absents. C’est aussi un commerce plus juste pour le consommateur qui accède à un produit plus transparent et de meilleure qualité. En revanche, pour ce dernier, le frein du prix peut constituer une réticence à l’achat.  Le commerce équitable est aussi parfois jugé trop opaque sur son fonctionnement et ses finalités. Si la question du prix semble difficilement solvable – correspondant plutôt au “juste de prix” de la matière première – celle de l’opacité du label pourrait être davantage éclaircie, démocratisant ainsi tout le processus. C’est d’ailleurs ce que le label Agri-Éthique tente d’impulser à travers son volet transmission des valeurs, qui œuvre pour une communication plus claire et transparente des produits labellisés, et donc plus lisible. Concernant le prix, le label assure garantir la protection du pouvoir d’achat des consommateurs en proposant des prix déconnectés qui les protègent, eux aussi, des aléas du marché. Affaire à suivre…

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