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Aliments ultratransformés et santé : pas de liens de cause à effet prouvés

11.02.19

Des chercheurs français ont publié lundi une grande étude sur le lien entre aliments ultratransformés et santé et préviennent d’emblée: elle ne prouve pas de lien de cause à effet.

Leur étude, portant sur des dizaines de milliers de Français suivis de 2009 à 2017, a observé un lien modeste entre la consommation d’aliments ultratransformés et le risque de décès pendant la période. Les résultats ont été publiés dans la revue de l’Association médicale américaine (Jama Internal Medicine). « Il ne faut pas être alarmiste pour le public et dire qu’en mangeant un plat préparé on a un risque supplémentaire de 15% de mourir« , dit à l’AFP Mathilde Touvier, directrice de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle à l’université Paris 13, qui gère la grande étude NutriNet-Santé avec des chercheurs de trois autres institutions (Inserm, Inra et CNAM). « C’est une nouvelle pierre à l’édifice dans les recherches sur les liens entre aliments ultratransformés et la santé« , dit-elle.

Étudier le lien entre l’alimentation et des maladies est extrêmement complexe, et les résultats sont souvent mal interprétés. La même équipe française a publié l’an dernier une étude sur la nourriture bio et le risque de cancer. Un plus grand nombre de cancers avait été observé chez les personnes mangeant moins de bio, mais là encore, la méthodologie ne permettait pas de conclure de lien de causalité… Ce qui n’avait pas empêché de nombreux médias de titrer sans précaution sur les bienfaits du bio contre le cancer. 45.000 Français de plus de 45 ans, en majorité des femmes, ont participé à la nouvelle étude. Tous les six mois, ils devaient enregistrer sur un questionnaire en ligne tout ce qu’ils avaient mangé et bu pendant trois périodes de 24 heures.

Au bout de sept ans, environ 600 personnes étaient décédées. Les chercheurs ont ensuite décortiqué les données et se sont aperçus qu’une augmentation de 10% de la proportion d’aliments ultratransformés dans l’alimentation correspondait à une augmentation de 15% de la mortalité. Mais Mathilde Touvier avertit qu’il ne faut pas se focaliser sur le chiffre, ce qui compte est l’existence d’un lien statistiquement significatif. Et l’étude doit être interprétée dans un ensemble de travaux.

Des hypothèses

L’an dernier, les chercheurs français avaient publié des résultats, toujours tirés de l’étude NutriNet-Santé, observant un plus grand nombre de cancers chez les gros consommateurs de ces aliments. Comme il n’est pas possible, pour des raisons éthiques, de faire une expérience où on ferait manger ces aliments à une partie de la population mais pas à une autre, les études « observationnelles » sont la seule solution. Il y a forcément des défauts: les gens sont plus ou moins précis dans le questionnaire auto-administré; et de nombreux autres facteurs « invisibles » peuvent ne pas être pris en compte, même si les résultats sont ajustés par plusieurs critères socio-démographiques et la qualité générale de l’alimentation.

Reste à répondre à la question fondamentale: pourquoi? Parmi les hypothèses énumérées par les chercheurs: les additifs. Leur effet est étudié en laboratoire, sur des cellules et sur des rats, notamment dans un laboratoire de l’Institut national de la recherche agronomique. L’étude de lundi est « un apport important à la littérature », dit à l’AFP Casey Rebholz, professeure d’épidémiologie à l’université américaine Johns Hopkins, qui note que la méthodologie est de bonne qualité, malgré les limites inhérentes aux études de ce type.

D’autres experts insistaient au contraire sur ces limites. Le professeur Julian Cooper, de l’Institute of Food Science and Technology, critique le regroupement de nombreux aliments sous un terme « très imprécis et source de confusion ». Il souligne aussi l’importance d’additifs comme les conservateurs, qui « permettent de garder les aliments dans de bonnes conditions, ce qui réduit le gaspillage tout en conservant la qualité nutritionnelle ».
Par Ivan Couronne pour AFP

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