Hospitalité Carnet de route

Madeleines, céréales et mirabelle !

29.08.14

Dans le magasin de La cloche lorraine, on a découvert des boites de madeleines à ne plus savoir quoi en faire, jusqu’au plafond. La dame qui tenait le magasin nous a dit qu’ils étaient les seuls à subsister sur la ville depuis 1928. Elle nous a offert des madeleines, une chacun, puis on a traversé la ville pour rejoindre nos hôtes pour la nuit. Un nuage noir version Seigneur des Anneaux menaçait et nous sommes arrivés sous la flotte.

Sélène et Jean nous ont accueillis, un peu étonnés de nous voir là, Commercy n’étant pas une destination de rêve pour vacanciers. Elle, était en formation de naturopathie et lui, « paysan », comme il se présente lui-même. Mais lorsqu’il parle de « L’amour est dans le pré », il ne peut pas s’empêcher de rire : « Ceux-là, je sais pas où ils les trouvent ! ». Loin du cliché, Jean a la répartie cinglante et la tête sur les épaules. Autour d’un barbecue, on a évidemment discuté des spécialités lorraines, de la potée lorraine et de ces magnifiques mirabelles tachetées dont on a pu goûter la version liquide. La distillation de mirabelles est strictement réglementée mais avant tout le monde le faisait. A la fin du repas, on a ouvert une bouteille, pour tester. Et pour être sûr, on a re-testé. Elle était bonne mais dans le doute…

Le réveil a été complexe et tardif. On n’était pas tous frais avec un peu cette impression de cheveux qui poussent à l’intérieur! Siméa a chopé des croissants. Les oiseaux chantaient dans cette belle journée de dimanche ! Après un café, Jean nous a amené voir son exploitation. On s’est dirigé vers la Meuse profonde. « Même le GPS a du mal à trouver » balance Jean avec un sourire. On a traversé Commercy, pris les petites routes, sous un grand soleil. C’était très joli. Après avoir passé une forêt, on a débouché sur des collines, l’endroit était vallonné et champêtre. « Avec la grisaille du mois de novembre, c’est moins funky » nous précise Jean. Au détour d’un virage, on est tombé sur un château, entouré de champs, qui tombait en ruine. Rachat d’un belge, qui n’est jamais là ! Un des champs de la propriété fait 130 hectares. De la voiture, Jean nous désigne les champs qu’il cultive tout en nous expliquant qu’il reprend bientôt la ferme familiale avec son cousin. On traverse des petits villages, on emprunte des petits chemins. Le soleil caresse les champs. C’est calme et définitivement beau.

On arrive devant un grand hangar, propriété de la ferme. Le grain qui sera vendu plus tard y est stocké. « D’autres paysans, qui n’ont pas la capacité de stockage, viennent décharger leurs récoltes aussi. C’est un service qui leur est facturé. Lorsque les bennes arrivent, un extrait des grains est testé par une machine sur place pour connaitre le taux d’humidité, de protéine et le calibrage. On compte en milliers de tonnes. » nous explique Jean. En gros, Jean et son cousin vendent à un négociant, environ  3500 tonnes. Ce négociant revend à un autre négociant et ainsi de suite, on peut arriver au million de tonnes à vendre, parfois à un pays. Le prix du blé fluctue tous les jours. Le marché est soumis aux aléas climatiques et aux guerres. Si la récolte est bonne partout dans le monde, comme aujourd’hui, les prix sont bas. Plus y a de grains, moins c’est cher. Si ça merde quelque part, les prix peuvent grimper. Lorsque ça a pété en Ukraine, la tonne de blé a pris 10€, malheureusement ça n’a pas suivi… En règle générale, ce sont les USA et l’Australie qui ont un fort poids sur le cours du marché. Le grain va d’ici à Metz ou Nancy dans un silo portuaire, puis le transport se fait par péniche. La plupart de la production du Nord-Est de la France part en Allemagne. L’orge de brasserie par exemple part entièrement en Allemagne.

Jean nous montre les tas gigantesques de grains. Du blé. Du colza, avec quoi on fait de l’huile ou du carburant. De l’orge, pour la bière. Sa ferme est composée de 700 hectares dont ils sont propriétaires et 700 autres qu’ils travaillent. Ils facturent des prestations à des clients comme le belge, pour qui ils font tout, du semis à la récolte. « Le principal problème de l’agriculture aujourd’hui, nous dit-il, c’est la terre. Il n’y en a plus. » L’agriculture est une affaire de famille et les terres se transmettent de génération en génération. Jean pense qu’il est impossible pour un jeune aujourd’hui de se lancer dans l’agriculture à partir de rien. « Un hectare en Meuse coûte environ 5 000 € et pour pouvoir vivre, il faut dans les 200 hectares. Je vous laisse faire le calcul. Et vous pouvez toujours aller voir une banque avec un business plan bien ficelé, les prêts ne se font pas comme ça. C’est plus rentable de faire payer 20€ d’agio sur un découvert à 3 millions de particuliers que de prendre un risque avec un jeune qui veut faire de l’agriculture. »

Jean et son cousin sont endettés pour quinze ans minimum. Ils ont dû acheter du matériel et refaire des structures. L’Union Européenne fournit des aides, qui sont pour beaucoup de fermiers le seul moyen de revenus. Mais ces aides vont disparaitre, elles baissent de 5% cette année, puis 30% dans cinq ans et à long terme disparaîtront. De plus, il faut respecter certaines normes pour l’UE, ce qui complique encore plus le boulot au niveau administratif. Ces normes concernent surtout la traçabilité du grain et les produits utilisés dans les champs. Ils ne sont pas bio sur l’exploitation, car selon Jean ce n’est pas assez développé dans la région, mais ils réduisent fortement les doses pour limiter le coût et l’impact sur l’environnement. Ils se dirigent vers une agriculture plus raisonnée. En même temps, Jean nous explique la rotation effectuée sur les terres. Si on laisse une seule sorte de plante sur un champ, la terre s’appauvrit, le sol s’épuise. Il faut donc faire une rotation sur trois, quatre ans ; colza – blé – orge – maïs. Le colza et le maïs sont les têtes de rotation.

Une année d’un agriculteur ? En aout on sème le colza, en septembre c’est l’orge d’hiver et le blé. En octobre, on récolte le maïs, ce qui dure un mois et demi, deux mois. Décembre et janvier sont destinés à l’entretien du matériel, du silo, des tracteurs. En février, on sème l’orge de printemps. De février à avril, c’est le traitement des cultures, l’application des produits phyto. En avril, on sème le maïs. Juillet et aout, ce sont les récoltes. Et, on recommence. Lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi ce métier, Jean souri. Il a baigné dedans depuis qu’il est tout petit. Gamin, il montait sur les tracteurs … C’est comme ça. Il ne s’est pas trop posé la question et les terres étaient là. Elles ne bougent pas. Il les tient de son grand-père qui s’est installé là dans les années 50 et, au moins, il est son propre patron, ce qui est un luxe aujourd’hui. On reprend la voiture, il nous montre la ferme familiale pas loin du hangar. Sous un beau soleil, les bâtiments sont là, avec quelques machines. « Le paradis en été, sous le soleil, mais en hiver, c’est une autre paire de manches » conclut Jean avant de reprendre la route pour Commercy.

Madeleines de Commercy
A la cloche Lorraine
8, place Charles de Gaulle
55200 Commercy

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