Chronique Tribune

Les végétivores sont-ils cruels envers les carnivores?

25.10.18

La cruauté pose problème à chaque fois que l’on s’y intéresse de près. Qu’il s’agisse de la maltraitance des personnes, des animaux, des insectes, des arbres, des objets, des œuvres d’art, etc., dès que l’on décide d’y réfléchir un tant soit peu, on réalise rapidement qu’il serait probablement souhaitable de réformer nos codes de bonne conduite pour éviter des exactions en pagaille.

L’histoire de l’humanité regorge de prises de conscience de cette nature et c’est à partir de celles-ci que nous adoptons ou critiquons nos us et coutumes depuis la nuit des temps. Il s’agit d’un phénomène fondamentalement humain en définitive puisque à bien y regarder il n’est pas de comportement nous concernant qui ne soit subjectivement et néanmoins assez logiquement critiquable, voire condamnable. C’est même l’objet d’une fable de Jean de la Fontaine, « Le meunier, son fils et l’âne » qui nous montre combien il est impossible de vouloir contenter tout le monde. Nous sommes toujours fautifs pour quelque raison que ce soit et le mieux intentionné de nos amis se trouve le plus souvent décrié par les plus fins esprits qui ne manquent pas de blâmer sa naïveté ou pire encore sa perversité supposée.

Êtes-vous non-fumeur ? Mais alors que faites-vous donc des libertés individuelles. Vous abstenez-vous de boire de l’alcool ? Et pourquoi donc seriez-vous plus sage que nos plus anciens philosophes qui en leur temps chantaient les louanges de la vigne dionysiaque et libératrice ? Et cela vaut aussi pour les jouisseurs invétérés. Parcourez-vous le monde autant qu’il vous est possible pour y admirer les richesses en perdition ? Mais alors, que faites-vous de la pollution et de cet air vicié qui bientôt ne sera plus respirable où que l’on puisse se trouver ? Aimez-vous la bonne viande, goûtez-vous le beurre frais et le lait bien crémeux ? C’est que vous n’entendez rien aux crimes contre l’animalité et que pour votre esprit c’est l’ambiance de la table qui compte et non celle de l’étable. Bref, à bien y regarder et sans chercher à en faire le catalogue, nul n’échappe au regard critique de son prochain en quelque affaire que ce soit. C’est pourquoi nous ne pouvons blâmer les végétivores d’en vouloir aux assassins et aux exterminateurs du règne animal, puisque c’est dans la nature de l’homme que de stigmatiser l’attitude de l’autre pour mieux se rassurer quant à ses choix personnels.

Dans l’affaire qui nous occupe, on place la cruauté envers les animaux au centre d’un débat radicalement éthique et susceptible de nous aider à faire le tri entre les humains véritables et respectueux des autres espèces vivantes et ceux moins regardants qui persistent à vouloir les exploiter tant et plus pour mieux croitre et multiplier jusqu’à la fin des temps. D’un côté donc, les idéologues qui voudraient changer le monde actuel et abolir l’absurde légitimité carnivore et de l’autre les traditionalistes irréfléchis qui s’entêtent à vivre comme des seigneurs et à se servir copieusement dans les réserves nourricières.

Autant dire que la controverse est indémêlable par manque de nuances. Il serait vain de chercher à purifier nos actions en poursuivant le rêve d’une humanité vierge de toute cruauté, pour ne pas dire de toute méchanceté. Car nous aimons la vie de telle sorte qu’il nous est impossible de distinguer strictement le bien du mal, le doux du brutal, le prévenant du soudain. Nous aimons à partir de nos corps sanguins, de nos pulsions, de nos émotions, de nos montées d’adrénalines que nous tentons avec plus ou moins de subtilités de doser à partir de nos connaissances et de nos influences. Bien que très culturels, nous sommes des êtres pulsionnels et désirants qui agissent comme ils le peuvent et tentent de s’améliorer avec le temps en profitant de leurs expériences et de celles des autres.

Tout ceci est d’une grande « complexité frictionnante » et déborde de loin les problématiques sévèrement imposées par L214 et autres mini gouvernements de la contre-terreur qui s’arcboutent sur les barricades médiatiques de leurs scandaleuses dénonciations. Pour y voir clair, il conviendrait de résister à la tentation moralisante de ces pourfendeurs du mal-vivre pour imaginer collectivement et sans plus de barricades une forme de gourmandise existentielle durable et incitative pour toutes les générations à venir.

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