Chronique Peste porcine

L’armée à la frontière belge pour combattre la peste porcine

07.02.19

Arrivée hier en Russie via des saucisses importées de Mongolie, le 25 janvier le Ministre de l’agriculture Didier Guillaume annonçait l’envoi de l’armée à la frontière belge pour combattre un redoutable ennemi : la peste porcine.

Loin de mi l’idée de vous entretenir en mode anxiogène sur de complexes problématiques d’épizootie, mais ce nouvel épisode me paraît pourtant hautement symbolique, et montre à quel point nos systèmes alimentaires sont devenus extrêmement fragiles. Et c’est cette fragilité participe très largement à cette peur croissante des consommateurs de ne pas savoir exactement si ce qu’ils ont dans leur assiette est bon pour leur santé.

Tout le monde se souvient de la crise de la vache folle dans les années 90 et plus récemment de la grippe aviaire qui a décimé nombre de nos canards. Et même si aucune statistique fiable ne prouve une augmentation ou une diminution de ce type de crises sanitaires en Europe, force est de constater qu’elles perdurent.

C’est ainsi que le 9 janvier dernier, deux nouveaux cas de peste porcine ont été identifiés sur des sangliers en Belgique, à près d’un kilomètre de la frontière française. Le 11, le Ministre français de l’Agriculture Didier Guillaume s’est déplacé fissa sur site afin de mettre en place ce qu’il a appelé une « zone blanche », d’un rayon de quelques kilomètres et au sein de laquelle, a-t-il précisé, « tous les sangliers devront être abattus ». Il a aussi installé une cellule de crise, montrant que l’affaire n’était pas de celles qui pouvaient attendre. Si l’on en croit les fédérations de chasseurs et les agriculteurs locaux, le nombre de sangliers dans la zone est estimé à plusieurs milliers, autant dire une armée. Et c’est donc une armée, celle des patrouilles des fonctionnaires de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage qui veille désormais à ce que toutes les activités forestières soient suspendues et qu’une fois tués, les sangliers soient incinérés sur place ou à proximité, pour éviter la propagation du virus.

Pas suffisant encore, le 25 janvier, le Ministre annonce donc l’arrivée de l’armée, celle de la Défense nationale cette fois-ci et la construction de 78 kilomètres de clôture.

Un échec aux conséquences dramatiques

Les conséquences d’un échec seraient tout à fait proportionnelles à l’échelle de la mobilisation, c’est à dire dramatiques. La toute première serait à très court terme économique. Un seul cas de peste porcine avéré dans un élevage et c’en est fini des autorisations d’exportation, ce qui serait fatal à bon nombre des 14.000 élevages porcins français, déjà fragilisés, et qui viennent tout juste de retrouver un peu d’air avec le marché chinois. Rappelons que la France est le troisième producteur de porcs en Europe et la deuxième industrie de transformation de ces viandes derrière l’Allemagne, on parle ici de 130.000 emplois.

Mais la conséquence à plus long terme me semble plus grave. C’est que de crises en crises, les consommateurs ont cette sale impression que la machine productiviste s’emballe et que les dispositifs de protection semblent de moins en moins efficaces pour ne pas dire de plus en plus chaotiques dans leur mise en œuvre, visiblement opérée avec une anticipation aléatoire.

Enfin, et ce n’est pas le moindre des effets, ce n’est pas parce que les scientifiques peuvent prouver par  A + B que ces virus ne se transmettent pas à l’homme, que l’irrationnel, largement porté par le mot « peste », ne prend pas le dessus et, qu’au fond, c’est tout le système d’élevage que les citoyens finissent par questionner.

Peu de chances, dans ces conditions, que la courbe de la consommation de viande, structurellement en baisse depuis dix ans, ne vienne à s’inverser.

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