chronique La Cerise sur le gâteau

Brexit, quel accès à l'alimentation pour les britanniques ?

02.12.18

Nous connaissons les effets de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne (le 29 mars 2019), sur l’économie, l’import-export en général…mais on oublie souvent la toute première conséquence, celle qui va toucher chaque britannique au quotidien : l’accès à l’alimentation. Et c’est vertigineux!

Un groupe de chercheurs de renom se sont penchés sur ce brulant sujet et ont publié l’été dernier un rapport édifiant intitulé Feeding Britain: Food Security after Brexit, en français : nourrir la Grande-Bretagne : la sécurité alimentaire après le Brexit. Et pour bien comprendre la catastrophe qu’ils annoncent, il faut revenir un tout petit peu en arrière sur l’histoire de l’économie agricole d’une île, et pas n’importe qu’elle île, celle d’un Empire. Un empire qui, dès la fin de XVIIIème siècle, a d’abord importé de la nourriture de ses nombreuses colonies et des États-Unis, puis des pays du Commonwealth. Une île dont les gouvernants, Conservateurs comme Travaillistes, ont toujours considéré qu’il valait mieux faire fructifier son industrie et que la City produirait toujours assez de valeurs boursières pour pouvoir acheter la nourriture ailleurs, généralement là où elle est la moins chère.

Résultat des courses : 51% de ce que consomment les anglais vient aujourd’hui de l’étranger dont 30% de l’Union Européenne. Le système s’est tellement emballé que les importations fonctionnent à flux tendu et qu’un arrêt soudain du ballet continu de camions et de containers débarquant quotidiennement en Grande-Bretagne, aboutirait au bout de trois à cinq jours, à une pénurie majeure de nourriture sur l’ensemble du pays. Et les chercheurs de calculer que le passage de la douane à Calais ou à Douvre prenant deux ou trois heures par camion venant de l’Union au lieu des deux ou trois minutes actuelles vont engendrer des embouteillages ingérables dissuadant les exportateurs.

Les tenants du Brexit ont objecté que ses conséquences représenteraient justement de fantastiques opportunités pour renverser la vapeur en revivifiant les productions locales et en passant des accords bilatéraux hors Union Européenne, notamment avec les États-Unis?

C’est exact. Mais comme le référendum sur le Brexit a fait circuler de nombreuses informations fondées sur la mauvaise foi de ses partisans, on découvre aujourd’hui les dimensions temporalité et sociologie du consommateur. Temporalité car, comme le soulignent tous les syndicats agricoles britanniques, le temps nécessaire pour modifier un système qui profite aux industries agroalimentaires et pas aux paysans – ça nous rappelle quelque chose – est un temps long. Tout autant que le temps nécessaire à mettre en place une politique qui intégrerait la dimension transition écologique et développement durable. Quant à échanger l’importation de fruits et légumes d’Espagne, contre de la viande de bœuf d’Amérique du Nord traitée aux hormones ou du poulet brésilien passé au chlore, toutes pratiques interdites dans l’Union, il est fort douteux que le consommateur britannique de 2019 s’y résolve avec appétit et enthousiasme.

Les Bonnes Choses du 02/12/2018 – Le chef Jean Sulpice :  » J’ai, depuis toujours, été passionné par la nature ».

Invité

Jean Sulpice est un chef doublement étoilé qui nous apporte à la fois l’air frais des alpages puisqu’il a longtemps œuvré dans les montagnes de Val Thorens et la tranquillité des lacs, lui qui arrive tout droit de Talloires, en haute Savoie. Il s’est installé depuis un an et demi sur les bords du lac d’Annecy, après avoir repris un haut lieu de la gastronomie française, une maison mythique : « L’Auberge du père Bise ».

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Et La Cerise sur le gâteau de Pierre Hivernat sur le Brexit.

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