Chronique Cerise sur le gâteau #41

Qui a tué Félix Potin ?

02.11.19

Et bien cette semaine, je voulais profiter de la sortie d’un livre intitulé « Qui a tué Félix Potin ? » pour vous parler d’épiceries et d’épiciers.

L'épicerie Félix Potin en 1917. Photo couleur (Autochrome Lumière) prise à Reims (Marne, France)• Crédits : Fernand Cuville (1887-1927) / Galerie Bilderwelt - Getty

Alors d’abord, comme cet ouvrage vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, sachez, jeunes auditeurs, que Félix Potin n’est pas un personnage de dessin animé que vos grand-mères kiffaient, mais tout simplement l’inventeur de l’épicerie moderne, celle qui a finit par s’écraser sur le mur géant des hypermarchés de banlieue, et que ce personnage hors norme avait compris avant tout le monde quelle était la meilleure manière de nourrir des urbains, dont le nombre n’a jamais cessé d’augmenter.

Comme nous y invitent Mathieu Mercuriali et Giulio Zucchini, les auteurs de cet ouvrage, commençons par le commencement, à savoir Vasco de Gama, Marco Polo ou Christophe Colomb, dont il faut rappeler que l’objectif premier était de trouver la meilleure route pour le trafic des épices, faisant ainsi de l’épicier un trafiquant par capillarité, un type dont la réputation côté transparence des prix n’avait rien à envier au très populaire marchand de tapis.

L’épicerie du XIXème siècle inventée par Félix Potin ne propose plus seulement des épices, mais ambitionne de vendre, en plus de la trilogie de première nécessité : pain sucre et lait, de la viande, du poisson frais et des légumes en circuits courts. Et oui, quand Félix ouvre en 1844 à Paris sa première épicerie, le Marché de gros de Rungis n’existe pas et le circuit court n’est pas une tendance, mais relève du simple bon sens. Le deuxième coup de génie du bonhomme, c’est justement son attention aux prix avec sa devise, je cite : « Des affaires avant tout, le bénéfice viendra ensuite. » Cette idée du juste prix pour le consommateur valait pour lui fidélisation de la clientèle peu encline à faire commerce avec des trafiquants.

Des affaires avant tout, le bénéfice viendra ensuite.

Félix Potin

Bref, Félix Potin s’était disséminé judicieusement dans tout Paris et avait donné ses lettres de noblesse à l’épicerie de quartier, équivalente au fond, pour le monde rural, de l’épicerie du village. Et puis patatras, tout ce beau modèle a volé en éclats avec l’arrivée des mammouths de l’alimentation, écrasant non seulement les prix, mais aussi toute forme de convivialité sur leur passage.

Et pendant quelques décennies, dans de nombreuses grandes villes françaises, notre Félix a été remplacé par « l’arabe du coin », dont l’un des premiers avantages était ses horaires d’ouverture extensibles et sa capacité à vous vendre d’urgence tout aussi bien un tube de dentifrice qu’un paquet de yaourts et une bouteille de vin. Pas pour rien qu’au Québec, on les appelle les dépanneurs. Mais ils étaient aussi nos référents, nos contacts quasi quotidiens avec le Maghreb qui ne passaient pas le filtre de l’actualité et de la presse. Et puis voilà qu’eux-aussi, par un mauvais tour de l’histoire, ont subi le double effet de l’envol des prix de l’immobilier et de la crise de l’hypermarché annonçant leur remplacement par des supermarchés sans âme, succursales de ceux qui ont détruit un réseau social pas virtuel du tout. Heureusement, il y en a encore qui tiennent la boutique, à l’instar de Mustapha El Khouchali, dit Momo, qui à 33 ans et un diplôme d’école de commerce en poche, a relooké savamment son « arabe du coin » de la rue de Lourmel à Paris et l’a baptisé « Momo Prix » !

Et savez-vous quelle était le slogan publicitaire de Félix Potin ? Félix Potin, on y revient !

« Qui a tué Félix Potin ? » de Mathieu Mercuriali et Giulio Zucchini, aux Éditions de l’épure / 20€

Les Bonnes Choses du 03/11/2019 – Le boucher et le comédien : Hugo Desnoyer et Jacques Weber

Pour notre Plat du jour, nous avons convié deux carnassiers invétérés, deux fortes personnalités faites pour tailler ensemble la bavette. Ça tombe bien puisque l’un est boucher, souvent présenté comme LE boucher star qui fournit le Palais de l’Elysée et les plus grands restaurants et que l’autre est comédien, souvent présenté comme un amoureux des mots, à l’instar de Cyrano de Bergerac qu’il a joué un certain nombre de fois et qui fit sa renommée. Il y a quelques mois, le second a fait une lecture de textes sur la viande dans la boutique du premier : un baisser de rideau de fer a remplacé le lever de rideau théâtral, et la petite boucherie de quartier s’est transformée quelques heures durant en une salle de spectacle d’un genre inédit et parfaitement convivial. Sauf que l’événement était en petit comité, pour quelques chanceux privilégiés, d’où notre envie de les réunir dans Les Bonnes choses. Les deux ont accepté en toute sincérité de venir raconter cette expérience, de partager avec nous leur amitié, et de nous parler de viande…

Chroniques

La madeleine de … Pierre Arditi : « Du blanc mémé, du blanc »

Et La Cerise sur le gâteau de Pierre Hivernat : Qui a tué Félix Potin ?

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