Analyse Innovation

L’innovation alimentaire et l’attitude des consommateurs au crible de plusieurs études

04.07.24

La tenue du prochain Salon International de l’Alimentation (SIAL) à Paris en octobre prochain est toujours l’occasion d’examiner où en est l’innovation. Cette année encore, dans un contexte d’inflation sans précédent et de crise environnementale, il est intéressant d’observer comment les consommateurs arbitrent leurs achats.

©Pierre Hivernat

Le cahier des tendances SIAL Insight 2024 permet, tous les deux ans, de repérer les grandes tendances qui caractérisent la structuration de l’offre et de la demande en matière d’alimentation. Il tire ses informations de trois grandes études : celle de Kantar, leader mondial de l’analyse et des données marketing ; l’étude de ProtéinesXTC, un cabinet de conseil spécialisé en stratégie, en innovation et en communication dans le domaine de l’alimentation et Circana, un cabinet de conseil qui suit le comportement des consommateurs sur le marché mondial. 

Le SIAL Insight a été publié à l’approche du SIAL Paris, qui est, pour rappel, le plus grand salon alimentaire mondial avec pas moins de 7 500 exposants attendus et 400 000 produits présentés. Il aura lieu du 9 au 23 octobre prochain à Paris Nord Villepinte et fêtera d’ailleurs ses 60 ans !

La question qui fâche : le prix

Ce qui saute aux yeux dans cette étude c’est la question centrale du prix, avec une inflation qui bat des niveaux records depuis deux ans et qui entraîne 44% des consommateurs à avoir modifié leurs achats. Pour répondre à cette contrainte, tous les consommateurs ne réagissent pas de la même manière. Si les Européens, notamment les Français, vont davantage se tourner vers les offres spéciales et les promotions, d’autres, comme les Allemands, vont plutôt choisir d’effectuer leurs courses dans des circuits de distribution moins chers. Les pays dits “du sud” vont quant à eux – au Nigéria et en Inde par exemple – choisir de réaliser des achats groupés.

Les tendances phares de 2024

SIAL Insight 2024 identifie trois tendances phares de l’année, à commencer par l’émotion. Liée aux sensations, à l’expérience globale ou encore à la fête, celle-ci est plus présente que jamais. C’est bien connu, la nourriture est réconfortante. Elle l’est encore plus chez les foyers les plus modestes et les plus fragiles, car elle apparaît comme la source de bonheur la plus accessible. La “comfort food” (chips, chocolat, smoothies…) reste, malgré la hausse des prix, un indispensable des caddies des consommateurs, et se retrouve toujours prioritaire dans les classements des innovations. Il existe d’ailleurs mille et une raison qui expliquent pourquoi l’alimentation peut se transformer en source de plaisir ultime : au restaurant dans l’assiette, un jeu de texture et de couleur qui amuse, une occasion de partager un moment festif autour d’une table…

Se nourrir est avant tout affaire de plaisir. Les autres valeurs comme la santé, la fonctionnalité, la sécurité ou encore l’écologie ne sont que des « garanties » de ce plaisir attendu et ne doivent pas apparaître comme culpabilisantes ou punitives. L’alimentation - surtout dans la période difficile que nous traversons - est souvent le seul vecteur de plaisir multi-quotidien fait d’émotions, de sensations voire de clins d’œil ludiques.

Xavier Terlet, Senior Advisor chez ProtéinesXTC

La nourriture est, par ailleurs, créatrice de liens. Pour une personne sur trois (en France et au Moyen-Orient), recevoir chez soi participe au plaisir de manger. On a vu également un mouvement de retour vers la cuisine d’antan, avec la transmission de plats traditionnels et de savoir-faire qui renforce cette convivialité autour de la cuisine. Même les restaurants s’y sont mis, comme les bistrots traditionnels français Bouillon : décors, plats traditionnels et petits prix, telle est la bonne recette.

Et puis, la nourriture est aussi une affaire d’attention, que cela concerne la santé des individus ou bien celle du vivant. 74% des consommateurs pensent que l’alimentation peut représenter un risque pour leur santé par exemple, d’où l’intérêt pour le bio qui progresse toujours mais qui se voit quand même ralenti par ses prix jugés élevés. Le même pourcentage de consommateurs déclare avoir changé ses habitudes alimentaires pour un mode de vie plus sain, montrant ainsi que, même si le plaisir est une tendance forte de cette année, la santé reste une priorité. Celle-ci passe notamment par l’achat de produits plus proches de la nature et sans ingrédients nocifs. Ainsi, pour des raisons de santé ou des raisons éthiques, les assiettes se végétalisent de plus en plus. La « success story » (racontée ici) des biscuits innovants de la marque Kignon, réalisés à partir d’invendus de pain par des travailleurs en situation de handicap, et à partir de produits bio, locaux et équitables, montre parfaitement ces diverses attentions du consommateur.

Malgré l’inflation et les circonstances difficiles, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à s’engager activement pour une meilleure alimentation et pour l’environnement… Même s’ils ne mettent pas systématiquement leurs convictions en pratique – ce qu’on appelle le « Value-action-gap », ils sont en attente d’innovation. Autant d’opportunités d’action pour les professionnels du secteur pour profiter de ces tendances porteuses et vertueuses.

Karin Perrot, Directrice Expert Food chez Kantar

Regards croisés

Sur un tout autre ton, l’étude “Transition alimentaire… Rien ne va plus !” réalisée par deux entités du Groupe Ifop, Occurrence (Institut d’études et conseil spécialisé en communication) et Sociovision (expert en tendances sociétales), raconte avec un angle différent  la consommation en France, notamment au regard de la cohérence avec la transition alimentaire. Elle montre que les messages sur la santé, l’environnement, le bien-être animal ou encore le goût, sont nettement moins bien absorbés par le consommateur que ceux qui concernent le prix. 49% des Français déclarent notamment ne pas manger comme ils le voudraient pour cause d’une alimentation devenue trop chère.
L’étude identifie cinq grandes familles de consommateurs (“les engagés”, “les traditionnels”, “les consommateurs conscients”, les pragmatiques”, “les réticents”) qui ne sont naturellement pas sensibles aux mêmes messages de communication.

L’avenir durable se jouerait donc par l’activation de certains leviers qui permettrait aux consommateurs de se réapproprier la question alimentaire, notamment des leviers de communication davantage tournés vers la traçabilité, la production locale ou encore l’accessibilité de certains produits bio. Dans cette perspective, les grandes surfaces, encore aujourd’hui les principaux lieux d’achat alimentaire, ont une immense responsabilité dans le domaine de la transition alimentaire.

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