Analyse Grande distribution

Casino cède Leader Price à Aldi pour 735 millions d’euros

20.03.20

Le géant de la distribution Casino a annoncé avoir cédé pour 735 millions d’euros son enseigne discount Leader Price à Aldi, six mois après être entré en discussions avec le groupe allemand, un pas de plus vers son désendettement au moment où il va annoncer ses résultats annuels 2019.

Dans un communiqué, le distributeur stéphanois a indiqué avoir signé avec Aldi France « une promesse unilatérale d’achat en vue de la cession de trois entrepôts et de 567 magasins du périmètre Leader Price en France métropolitaine », où ils se développeront sous l’enseigne Aldi. En revanche, le groupe restera propriétaire de la marque Leader Price « pour continuer à l’exploiter selon certaines conditions convenues avec Aldi, en France et à l’international ». Née en 1989, Leader Price disposait début 2020 de quelque 650 magasins en France. Les magasins, ainsi que les entrepôts cédés, représentent environ 5.500 salariés, a précisé le groupe Casino. En Outre-mer et en Italie, où Leader Price est également présent, l’enseigne conservera son nom. Quant aux 70 magasins environ que le groupe Casino continuera d’exploiter en France, ils ne devraient rester sous enseigne Leader Price que parce qu’ils se trouvent dans des zones éloignés de magasins Aldi, à moins que leurs propriétaires, s’ils sont franchisés, n’optent pour changer de franchiseur, a expliqué le distributeur.

Vers une part de marché de 4,5%

Peu avant midi à la Bourse de Paris, l’action Casino prenait 3,80% à 35 euros, dans un marché en hausse de 6,02%. Selon Yves Marin, expert du secteur de la distribution au sein du cabinet Bartle, cette cession s’avère très intéressante pour Aldi car, en ajoutant ses magasins à ceux de Leader Price, il comptera « environ 1.500 points de vente en France », un niveau suffisant pour lui permettre de concurrencer Lidl, en progression depuis plusieurs mois, avec « une part de marché globale de 4,5% », soit « une taille critique significative ». D’autant que « le discount reste un secteur qui obtient les faveurs du public, tant dans le non-alimentaire que l’alimentaire », ajoute l’expert. Casino, pressé de réduire sa dette par ses investisseurs et ses actionnaires, était entré le 19 septembre en « négociations exclusives » avec Aldi, après avoir lancé le 20 août une nouvelle phase de cession d’actifs pour un montant de 2 milliards d’euros. Mi-janvier, le groupe a annoncé un chiffre d’affaires 2019 en repli de 5,46% à 34,6 milliards d’euros, du fait de la sortie des comptes de Leader Price. Il avait alors fait savoir qu’il révisait à la baisse, de 10% à 5%, sa prévision d’estimation de la croissance du résultat opérationnel courant (ROC), l’indicateur phare dans la distribution. Casino était également revenu sur ses programmes de restructuration et de diminution de sa dette, confirmant notamment ses objectifs de plans de cessions en France de 2,5 milliards d’euros à fin mars 2020 et 4,5 milliards d’ici à fin mars 2021.

Gagnant gagnant

Cette cession de Leader Price à Aldi constitue un marché « gagnant gagnant » pour les deux parties: Casino « était obligé de réduire sa dette » et le groupe allemand, déjà leader en Grande-Bretagne dans son secteur, « ne pouvait pas louper ce coup-là » dans une optique de concurrence accrue avec son rival et compatriote Lidl, « d’où des négociations ardues car les enjeux étaient trop importants des deux côtés », affirme Yves Marin à l’AFP. Pour Casino, ajoute-t-il, « cette cession va forcément réduire sa complexité de gestion et lui permettre de concentrer ses ressources sur d’autres leviers », même si « bien malin qui saura dire quelles seront ses prochaines orientations stratégiques » en 2020, notamment dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Le groupe, dirigé par Jean-Charles Naouri et dont la maison-mère, Rallye, vient de se voir valider son plan de sauvegarde par la justice, doit publier ses résultats annuels jeudi prochain, avant l’ouverture de la Bourse. En 2018, le groupe avait enregistré une perte nette de 54 millions d’euros, en raison de charges fiscales exceptionnelles. Hors ces éléments, le bénéfice net normalisé s’était établi à 318 millions d’euros. Les analystes compilés par Factset s’attendent à un bénéfice net ajusté 2019 en baisse, à 269 millions d’euros.
Par Laure Brumont pour AFP

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