Analyse Modes alimentaires

Les Français ont tendance à snober le rayon surgelé

05.04.17

Alors que le monde s’accélère et que le pays compte de plus en plus d’urbains pressés, la consommation de surgelés se tasse en France, avec des reculs importants dans les viandes et les poissons.

2016 a été une année « délicate » pour le rayon surgelé, a indiqué vendredi dernier dans un communiqué le syndicat des Entreprises des Glaces et Surgelés, avec « l’été médiocre 2016, qui a entraîné une baisse de la consommation des glaces et des rayons grand froid ». Hors glaces, le marché global, estimé à 9 milliards d’euros, a reculé de 0,8% en valeur en 2016 et de 1% en volume pour les produits surgelés, selon un étude de Kantar World Panel.

Le recul est surtout perceptible sur les achats à domicile, estimés à 5,4 milliards d’euros en 2016, en recul de 1,3% par rapport à 2015, et de 0,6% en volume (à 970.000 tonnes). Le surgelé résiste mieux dans la restauration ou les cantines avec un recul de seulement 0,1% en valeur (3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires) et de 1,4% en volume à 1 million de tonnes.

Les apéritifs s’envolent

Au total, les produits qui baissent le plus sont les soupes (-8,7% en volume après une hausse de 14,5% en 2015), les produits de la mer (-7,7% en volume après -0,9% en 2015), les viandes, volailles et gibier (-3% après +3,2% en 2015), ainsi que les pains et viennoiseries (-1,9% en 2016 après +2,4% en 2015). En revanche, les apéritifs surgelés montrent une poursuite de leur envolée (+7,6% en 2016 après +6,8% en 1015), ainsi que les aides culinaires sucrées (+2,1% après +3,9% en 2015), et les produits à base de pommes de terre (+1,5% après +1,7% en 2015). Les légumes continuent d’être compétitifs avec une progression de 0,6% après 2,4% en 2015. « Le grand avantage des légumes surgelés est qu’ils sont tout prêts et qu’ils permettent de réduire le gaspillage, car les consommateurs ne prennent que ce dont ils ont besoin », a souligné le président du syndicat des entreprises des glaces et surgelés Luc Darbonne.

Néanmoins, ces chiffres s’inscrivent dans une « tendance générale de recul des dépenses d’alimentation », a-t-il ajouté lors d’un entretien téléphonique avec l’AFP. Dans le cas spécifique des surgelés, ils ont aussi été affectés par la mauvaise météo durant le printemps 2016. « On ne va pas au rayon surgelé quand il fait froid », a-t-il ajouté.

« Changements majeurs » à venir

Le syndicat des entreprises des glaces et surgelés se console en soulignant que « le panier moyen (surgelés) des ménages (soit 98,6% des foyers acheteurs) est de 223 euros par famille en 2016 et constitue le deuxième budget après la crémerie » dans les produits frais en libre-service. Selon M. Darbonne, qui vient de prendre ses fonctions, un « chantier d’envergure doit être entrepris avec l’ensemble des parties prenantes pour préserver le marché des produits surgelés ».

De fait, les scandales alimentaires autour de la viande de cheval dans les lasagnes et les différentes enquêtes télévisées choc sur les poissons pollués aux métaux lourds, ou sur les débordements de l’industrie de l’aquaculture mondialisée peuvent aussi avoir pesé, admet-il. « Il nous faut donner plus de sécurité et des garanties pour suivre les souhaits des consommateurs », a-t-il dit, en pointant l’extraordinaire complexité technique pour donner les origines sur un plat préparé comportant une dizaine d’ingrédients différents.

Sur les tendances plus lointaines, il discerne des « changements majeurs » d’ici à 20 ans, lorsque les « Millenials », la génération qui a grandi avec internet, auront grandi. « Il y a des changements très nets dans la consommation, les gens prennent moins d’entrées, se concentrent autour d’un plat principal et d’un dessert. L’entrée est remplacée par l’apéritif ».

Par Isabel MALSANG

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