Arash Derambarsh, de « la rage » et du buzz contre le gâchis alimentaire

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« J’ai fait le job ». Survolté et culotté, Arash Derambarsh, simple conseiller municipal de Courbevoie (Hauts-de-Seine) a lancé cet hiver un « putsch médiatique » pour « dynamiter l’absurdité » du gâchis alimentaire, quitte à agacer par son activisme.

L’élu inconnu du grand public est en passe aujourd’hui de gagner son pari: un amendement inspiré de son action et déposé par la sénatrice UDI Nathalie Goulet doit être examiné vendredi au Sénat dans le cadre du projet de loi Macron. « Ce que je fais, c’est pour les pauvres. L’élu de proximité doit agir pour servir la population, là on touche à la faim!« , dit l’élu de 35 ans, débit de voix mitraillette et yeux pétillants rivés sur son smartphone. C’était cet hiver: trois fois par semaine, deux mois durant, l’élu divers droite, épaulé par des volontaires, a récupéré le soir jusqu’à 70 kg d’invendus d’un supermarché de Courbevoie pour les distribuer aux riverains, à même le trottoir. Sans cadre légal. Tant pis si ses méthodes et son omniprésence médiatique font grincer des dents dans certains milieux politiques et associatifs…

« J’ai fait mon job, j’ai créé un laboratoire et j’ai transmis un dossier au législateur », rétorque l’élu. Ce proche du député UMP Thierry Solère veut une loi pour éviter que du consommable finisse aux ordures. Fort de son initiative locale, l’élu aux lunettes tendances et aux 101.000 abonnés sur Twitter organise alors un véritable « plan médias »: la toile s’emballe et dans la foulée, c’est la valse des émissions TV et radios. Sa pétition lancée en janvier avec son « ami » réalisateur Mathieu Kassovitz sur Change.org et signée par plus de 177.000 personnes a reçu le soutien de politiques de tous bords et d’un impressionnant parterre de personnalités, de Johnny Hallyday à Omar Sy. Récemment, c’est ONE-France, l’ONG cofondée par Bono, chanteur de U2, qui a rallié la cause. Directeur depuis 2007 du département politiques et personnalités politiques au Cherche-Midi, l’éditeur entre autres de Roland Dumas a vu défiler du beau monde depuis ses débuts. Résultat: « j’ai un grand carnet d’adresses« .

La faim, ‘du vécu’
« C’est un communicant hors-pair« , reconnaît le député PS Alexis Bachelay, qui le soutient. « Arash est un phénomène, il a tous les culots« , « un mélange de sincérité et d’habilité« , affirme Pierre Drachline, éditeur au Cherche-Midi. Un défaut? « Il n’a pas de ligne rouge permanente. Celle qu’on ne dépasse pas« . Pas « hyperactif« , « hypermotivé« , abonde la sénatrice Nathalie Goulet. L’élu souhaite instaurer un droit opposable permettant à un citoyen de créer une association pour récupérer les invendus d’un supermarché et les distribuer le jour-même, en lien avec les structures spécialisées dans l’aide alimentaire. « L’amendement Arash » devance la remise la semaine prochaine au gouvernement du rapport du député PS Guillaume Garot sur le gaspillage alimentaire. En ligne de mire: une proposition de loi globale ne visant pas seulement les supermarchés, mais aussi les cantines, l’agriculture, les consommateurs eux-mêmes. « Les gens qui ont faim ne peuvent pas attendre », dit l’élu, qui veut aller vite.

Trop vite? Les associations historiques de l’aide alimentaire ne partagent pas les solutions qu’il propose et ont mis en garde contre le don obligatoire des invendus, invoquant des contraintes, notamment logistiques. « Il a fait du bruit avec son action mais sur la méthode il n’est pas dans les clous, sur l’accompagnement des personnes, le respect de la chaîne du froid« , observe Patrice Dallem, directeur national des urgences et du secourisme de la Croix-Rouge. « Je veux dynamiter une absurdité, un système verrouillé, on fait avec les moyens du bord« , plaide M. Derambarsh. Car pour ce fils d’un réalisateur et d’une photographe qui ont fui la révolution iranienne, la faim, « c’est du vécu« . A 19 ans, il cumule job et études et se débrouille avec « 500 euros par mois« . Le souvenir de cette faim « qui vous empêche de réviser » est resté tenace. Preuve de sa sincérité selon lui: il ne s’est pas présenté aux cantonales. Sa prochaine campagne: la mairie de Courbevoie en 2020.