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La sécheresse tire les cours du blé à des niveaux record

Les cours mondiaux du blé et d’autres céréales ont continué de s’envoler mardi à des niveaux record en raison de la sécheresse, qui réduit les prévisions de volumes de récoltes en Europe, mais aussi en Australie.

Sur le marché à terme européen des matières premières Euronext, la tonne de blé a dépassé les 218 euros en cours de séance mardi, un niveau jamais atteint depuis le printemps 2013. Lundi, à Chicago, le cours avait bondi de 3,3%, emportant le maïs au passage. Dans l’attente d’un rapport mensuel crucial vendredi du ministère américain de l’Agriculture (USDA) sur l’offre et la demande de produits agricoles dans le monde, « le marché change vraiment de dimension« , estime Sébastien Poncelet, spécialiste des blés et grains chez Agritel à Paris.

Selon cet analyste, « le plafond de verre des cours du blé, en vigueur depuis cinq ans autour du seuil de 200-210 euros la tonne, a explosé la semaine dernière: on retrouve désormais l’univers des années tendues 2007, 2010 et 2012« . Pour le cabinet ODA, la hausse des prix est d’abord encouragée par les inquiétudes sur les capacités d’exportation des pays européens, où beaucoup de champs ont grillé cet été, et sur celles des pays de la mer Noire. Au total, Agritel estime ainsi que l’Union Européenne produira cette année 15 millions de tonnes de blé en moins qu’en 2017, et le bloc Russie-Ukraine-Mer Noire 18 millions de tonnes en moins. « Le marché est toujours en train de digérer cela, c’est un choc, après cinq ans d’abondance mondiale qui avaient endormi les opérateurs. De plus, la hausse s’auto-alimente entre les vendeurs qui sont incités à faire de la rétention, et les acheteurs qui paniquent et achètent au jour le jour« , ajoute M. Poncelet.

De nombreux épis grillent sur pied

Trois autres nouveaux points d’inquiétude focalisent l’attention des opérateurs: la récolte en Australie elle aussi menacée par la sécheresse, la moisson de blé au Canada à partir de septembre, et celle de maïs aux États-Unis et en Europe. « L’hiver australien est le plus chaud et le plus sec depuis plus d’un siècle« , ont rappelé les analystes de Commerzbank dans une note. En maïs, les inquiétudes pour une baisse de production sont grandes en France et en Allemagne, où de nombreux épis grillent sur pied. Pour la France, Agreste, l’organisme statistique du ministère de l’Agriculture, a abaissé mardi ses prévisions pour la campagne 2018. A deux mois du début de la récolte de maïs, il estime ainsi que la France ne moissonnera que 13,1 millions de tonnes de maïs-grain cette année, soit une chute de près de 10% sur l’année, et de 11,2% par rapport à la moyenne 2013-2017.

Pour le blé tendre, celui qui sert à faire le pain, le ministère n’attend plus que 35,1 millions de tonnes produites cette année en France contre 36,1 millions de tonnes attendues le 10 juillet dernier. Un recul de 4% par rapport à l’an passé. Sur les marchés, même le colza bénéficie de l’effet aspirateur du blé, alors que d’ordinaire il est plutôt influencé par les cours du pétrole ou de l’huile de palme. « C’est inhabituel, les cours du colza sont connectés à ceux du blé en ce moment, car les deux productions sont en compétition pour les surfaces qui vont être semées pour l’an prochain » et qui sont en cours de préparation dans les champs, explique M. Poncelet. De plus, les opérateurs s’inquiètent des récoltes au Canada et en Australie, ces deux pays étant les premiers exportateurs mondiaux de la graine (Canola au Canada).
Par Isabel Malsang pour AFP

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