Culture food Québec, la Saison des sucres

La Commanderie de l’Érable

20.03.24

À une petite cinquantaine de kilomètres de Montréal, au cœur du Parc Régional Bois de Belle-Rivière, on trouve quelques passionnés d’un arbre réellement unique, d’où sort une eau toute aussi magique. Par la perpétuation d’un savoir-faire ancestral d’une précision d’horloge, ils poussent leur science du sirop d’érable dans des zones proches de l’œnologie.

Le plus gros érable du Parc Bois de Belle-Rivière ©Élisabeth Martin

La saison des sucres ne dure pas très longtemps. Tous les québécois vous expliqueront que le critère principal est ce moment de l’année où la température est négative la nuit et positive le jour. Dans le sud du Québec, cette période s’échelonne en règle générale de la mi-février à la mi-mars, alors que plus au nord, elle s’étend de la mi-mars jusqu’en mai, sauf réchauffement climatique. Et cette année, tous les québécois vous le disent aussi : « on n’a jamais vu ça ! ». Entendez par-là que, normalement, tout le paysage est blanc. En ce mois de mars 2024, si le critère températures jour/nuit est à peu près respecté, le paysage, lui, reste définitivement gris. Situation, disons esthétique, pour nos passionnés d’érables, qui, tant que celui-ci « coule bien » garde un enthousiasme chevillé au corps, le regard malin et les gestes énergiques. La saison des sucres est une tannée pour les corps qui y travaillent, mais une joie à nulle autre comparable de travailler avec et au milieu d’arbres vivants, très vivants.

Parmi les ambassadeurs, que dis-je, ministre plénipotentiaire de l’érable, Stéphane Michaud n’est pas celui qui a l’oeil le moins pétillant quand il s’agit de parler de son parc situé sur la Commune de Mirabel que nombre de voyageurs ont plutôt connu comme nom d’aéroport pendant de nombreuses années. « La Ville avait vu grand pour construire ce grand aéroport international en expropriant beaucoup de monde. » Et  par la même occasion nombres de forêts d’érables furent concernées par les développement de l’aviation. Et puis, retournement de situation, le grand aéroport international de passagers n’accueille désormais que des avions cargo et voilà maintenant 30 ans que l’on rendait pas mal de terres à une association pour les préserver. C’est ainsi que Stéphane se trouva nommé à la tête de cette association à arpenter ces terres à l’abandon avec pour mission d’en faire un parc public exemplaire.

Stéphane Michaud ©Élisabeth Martin

De ces 176 hectares totalement fermés au public pendant de nombreuses années, il va passer à 160.000 visiteurs par an, sans compter les 800 enfants accueillis chaque année en camp d’été et les 5 refuges que l’on peut louer pour une douzaine de personnes pour une somme dérisoire et où des familles ou amis se succèdent toute l’année pour vivre au moins 24 heures parmi les érables. « Quand je suis arrivé là, tout était à l’abandon mais subsistait quand même les ruines de trois cabanes à sucre. » Et la vraie passion de Stéphane, c’était bien là qu’elle se trouvait, dans ces petites cabanes où tout se passe, où tous les gestes comptent. Il va remettre en route les productions. « L’ironie du sort est que certains acériculteurs se trouvent être les petits-enfants de ceux qui ont été expropriés et payent donc un loyer pour des terres qui, dans leur esprit,  leur appartiennent ! »

 

"C'est un projet identitaire. Le Québec produit 72% du sirop d'érable dans le monde, ça vous donne des responsabilités."

Stéphane Michaud

La formation et le rôle de Stéphane sont ceux d’un opérateur de terrain de la préservation d’un patrimoine naturel et de l’éducation à l’écologie. Mais voici qu’en 2010 sa passion pour l’érable est confortée avec la fondation de la Commanderie de l’Érable qui se donne comme objectif de  » placer l’engagement, le soutien et la passion de ses membres ainsi que la confiance de ses partenaires au cœur de sa volonté de s’établir comme modèle de qualité et d’innovation en matière de production et de transformation de la sève d’érable dans un objectif de développement durable. »

Quatorze années plus tard et un concours annuel du meilleur sirop d’érable qui rassemble plus de 170 participants, Stéphane constate que l’avenir du précieux breuvage passe désormais par la mise en place de critères qui doivent aller bien au-delà de la simple qualité basique de fabrication. Le parallèle avec la vigne est tentant. Tous les érables ne sont pas identiques et la notion de terroir, appuyée sur une « roue des flaveurs » dont se servent les membres du jury du concours, est désormais à l’ordre du jour. Le climat aussi semble avoir son rôle à jouer dans les qualités organoleptiques de ce que les Québécois n’hésitent pas à appeler « l’or blond « , lequel a de toute façon l’éternité devant lui pour continuer à exprimer tout sa complexité.

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