Une liane tropicale était son ancêtre. Même domestiquée, cette légumineuse n’a cessé de croître dans un entrelacs obscur où se sont multipliés les erreurs géographiques, les confusions botaniques et les déplacements sémantiques. Pour y voir clair, c’est à coups de machette qu’il faut défricher l’origine de son nom : haricot.

Haricot © Bruno Vacaro

Question logique, ça commence mal.
Quand le mot haricot surgit dans la France médiévale, c’est en effet pour désigner un ragoût, un sens qui subsiste aujourd’hui dans l’expression « haricot de mouton ». Pire, ce plat ne comporte alors pas une once du légume en question, mais seulement des fèves et des navets en accompagnement des viandes. C’est que son nom vient en droite ligne du verbe harigoter, qui signifiait couper en morceaux… Rien à voir, donc, avec la légumineuse, qui apparaît bien plus tard. De fait, elle est découverte en Amérique centrale et méridionale par les conquistadors. Ses graines, introduites en Italie à l’aube du XVIe siècle, ne tardent pas à y être cultivées. Reste à les nommer… Fort classiques, nos Italiens se tournent vers le nom latin d’un genre de plante qu’ils connaissent depuis l’Antiquité, phaseolus, dont ils tirent fagivolo, et dont nous ferons à notre tour, plus tard, les flageolets et les fayots. Le hic, c’est que ce nom désigne une autre famille botanique (vigna unguiculata), aujourd’hui cultivée dans les savanes tropicales d’Afrique sous le nom de niébé. Mais passons.

Notre exotique américaine arrive en France à l’occasion du mariage de Catherine de Médicis, sous le nom de phaseoles, ou phasols. Certes, on observe un éphémère effort de créativité au XVIIe siècle, où ces nouveaux légumes sont baptisés calicots, en référence au nom ancien de… Calcutta, que les Français de l’époque, mélangeant les cartes et les Indes, prenaient pour leur patrie d’origine.

Malgré tout, le chemin s’éclaircit peu à peu. Qu’ils soient phaseoles ou calicots, leurs gros grains secs ne tardent pas à remplacer avantageusement les navets et fèves composant les ragoûts, qui, souvenez-vous, s’appelaient haricots… Vous suivez ? D’où les premières mentions, toujours au XVIIe, de febves d’aricot. Ajoutez-y un effet métonymique, et le contenant devenant le contenu, le haricot n’est plus ragoût mais légume. Simple, non ? Evidemment, quelques fins lettrés cherchèrent encore à nous embrouiller l’esprit. Prenez le poète José Maria de Heredia. Découvrant le terme aztèque ayacotl, il en déduisit que le haricot en était une ancienne adaptation. Pure fadaise, selon les spécialistes1, mais qui n’en reste pas moins encore largement véhiculée.

Difficile de terminer ce débroussaillage sans éclairer également deux ou trois expressions liées à la plante du jour. Ainsi, ne manquant pas de relever la forme oblongue des graines de haricots blancs, les gouailleurs de tout poil surnommèrent « haricots » les doigts de pieds, pour les moins imaginatifs, et les testicules pour les plus hardis. D’où ce « courir sur le haricot » qui, en version soft, nous casse… les pieds. N’allez toutefois pas imaginer, du coup, que la « fin des haricots » évoquait une quelconque amputation du gros orteil, voire une cruelle émasculation. Non. Sachant que les haricots secs servaient de mise fictive lors des jeux d’argent, être démuni au point de ne plus même disposer de ce pâle ersatz équivalait réellement à la dèche la plus totale.

Article paru lors de la sortie du magazine Alimentation Générale n°1 en collaboration avec Agrobiosciences.

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