Chronique Cerise sur le gâteau

Cause animale, cause du capital

08.09.19

Savez-vous quel est le nouveau mot « clef » des chefs d’entreprise qui va remplacer l’oxymore « élevage industriel »? C’est « clean meat », la viande propre. Jocelyne Porcher ouvre de grandes pistes de réflexion sur nos devenirs de mangeurs de viande dans son livre « Cause Animale, Cause Du Capital ».

Un élevage de porcs dans une porcherie industrielle à La Portella, près de Lleida, dans le nord-est de l'Espagne (19 janvier 2016).• Crédits : JOSEP LAGO - AFP

Aujourd’hui, je vais vous parler de ce petit livre qui vous prendra moins de deux heures de lecture et qui ouvre de grandes pistes de réflexion sur nos devenirs de mangeurs de viande, ce qui concerne, rappelons-le quand même, plus de 95% de la population française. D’ailleurs d’emblée, amis végétariens et végans, si vous pensez trouver chez Jocelyne Porcher quelques arguments pour dégommer la barbaque et tous ses effets néfastes, oubliez, vous êtes déjà en retard d’un combat ! Ce livre démontre que la disparition à plus ou moins long terme de la production de viande telle qu’on la connaît est un fait déjà largement anticipé par les plus grandes forces capitalistiques de la planète.

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, Jocelyne Porcher remet avec grande intelligence quelques pendules sémantiques à l’heure. À commencer par cette expression qu’elle qualifie, je cite : « d’oxymore dépourvu de sens » et que l’on emploie, il faut bien le dire, à tour de bras : élevage industriel. C’est vrai qu’on sent bien qu’élever un animal c’est, ad minima, le respecter, le voir grandir, garantir sa saine nourriture et son bien-être. Et que faire passer cette d’activité en phase industrielle, c’est fatalement contraire à son objet originel.

Alors sur cette bonne base, Jocelyne Porcher nous livre un scénario qui n’est pas une fiction.

Acte 1 : nous voilà tous à plus ou moins long terme fort dégoutés de la production industrielle de viande. Au menu des forces en présence : les lanceurs d’alerte type L214 qui balancent leurs vidéos cachées d’abattoirs, les images de volailles en batterie bourrées d’antibiotiques et leurs œufs sans goût, le gavage des oies en direct et quelques pestes porcines en prévision, pour faire bonne mesure.

Acte 2 : les industriels comprennent que leur modèle prend l’eau et se disent que ce ne sont pas quelques vrais éleveurs écolos qui nourriront à bas prix une planète où la demande de produits animaux augmente, notamment en Chine. Ils mettent en place de puissants Départements de Recherche et Développement pour inventer les produits de demain qui rapporteront autant et si possible plus que les produits d’hier.

Acte 3 : quand on est industriel de la viande, on travaille sur des modèles économiques de masse et on dispose aujourd’hui de deux pistes aux potentiels énormes : la viande cellulaire cultivée à partir de cellules animales et la fausse viande fabriquée à partir de composants végétaux. Avantage majeur des deux : exit l’élevage.

Résumé par le PDG du groupe Suisse Bell Food, producteur et distributeur de viande qui emploie 12 000 personnes, et cité par Jocelyne Porcher, ça donne : « La demande de viande continue d’augmenter et l’élevage traditionnel est incapable d’y répondre. Nous croyons que cette technologie peut être une véritable alternative pour les consommateurs soucieux de l’environnement. »

Acte 4 : donc, entendez que le consommateur est désormais forcément soucieux de l’environnement et que l’on saura faire grandir sa culpabilité. Et la boucle est bouclée.

La grande force de Jocelyne Porcher c’est d’avoir recensé de manière quasi exhaustive les entreprises du monde entier qui préparent notre avenir néo-carnivore dans un long chapitre intitulé « Des start-up, des milliardaires et des multinationales ». C’est vertigineux et l’on sait désormais que le nouveau mot clef des chefs d’entreprise qui va remplacer l’oxymore « élevage industriel », c’est « clean meat », la viande propre.

Liens :

« Cause Animale, Cause Du Capital » de Jocelyne Porcher (Le bord de L’eau éditions, septembre 2019)

Les Bonnes Choses du 09/09/2019 – Mangeons des pommes !

Il en existerait près de 6000 variétés dans le monde, une cinquantaine serait commercialisée en France, mais on en mange essentiellement quatre: la Golden, la Gala, la Granny Smith et la Pink Lady. C’est LE produit symbole par excellence, ambivalent par nature, à la fois fruit de la connaissance et fruit défendu, célébré en son temps par un futur homme d’Etat qui vantait ses vertus et en avait même fait l’emblème de sa campagne électorale. Mais aujourd’hui, au grand dam des pomiculteurs, ce fruit souvent qualifié de sucré ou acidulé, ferme et croquant, est devenu synonyme d’une agriculture toxique, du fait des pesticides et autres produits chimiques dont on le recouvre pour satisfaire aux exigences de la consommation. Qu’en est-il réellement ?

Avec
Martine Laffon, philosophe, autrice de La Pomme (TohuBohu éditions, 2019) et Sylvie Brunel, géographe, qui a publié Croquer la pomme (JC Lattès, 2016).

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