Analyse Bien-être animal

Le bien-être animal, argument-clé des éleveurs face aux consommateurs

20.02.19

Au-delà de la qualité de leur viande de porc ou de boeuf, les éleveurs doivent maintenant garantir que ces animaux n’ont pas souffert, un argument de plus en plus déterminant pour les citoyens-consommateurs.

« Dans notre dernière enquête sur les profils de consommateurs de produits bio, nous avons été étonnés de voir que chez les très jeunes consommateurs de la tranche d’âge 18-24 ans, c’est la question du bien-être animal qui ressort en numéro un (à 37%) pour expliquer les motivations d’achat de produits bio« , explique Florent Guhl, directeur de l’Agence bio. Alors que le salon de l’Agriculture, vitrine de la profession, va s’ouvrir à Paris, les éleveurs, qui ont toujours veillé à la santé de leurs bêtes pour que le produit soit le meilleur possible, ont compris l’importance d’aller plus loin et d’assurer leur bien-être: des animaux d’élevage qui ne souffrent pas, ne sont pas stressés et expriment les comportements normaux de leur espèce. Mais rapidement se pose la question: d’où part-on et comment s’améliorer?

Beaucoup s’adressent aux associations spécialisées pour obtenir de l’aide, mais aussi pour pouvoir garantir aux yeux du consommateur la légitimité de la démarche. « Au début, notre positionnement, c’était plutôt le démarchage« , raconte Lucile Bellegarde de l’association CIWF. Aujourd’hui c’est le monde agricole qui vient les démarcher « et notre positionnement c’est de répondre aux sollicitations« . « C’est une très bonne chose car cela veut dire que les acteurs de l’amont ont la volonté de s’emparer de la problématique« , indique-t-elle.

Audits et référentiels

Les interprofessions ou les coopératives, qui regroupent de nombreux éleveurs, interviennent aussi pour aider leurs éleveurs à savoir où ils en sont en créant des référentiels et des moyens d’auditer les exploitations. « C’est une fusée à plusieurs étages« , explique à l’AFP Thierry du Teilleul, le responsable marketing de la coopérative bretonne Cooperl, spécialisée dans le porc, en parlant du travail entrepris sur le bien-être animal avec les adhérents. En haut de la fusée, il y a l’exploitation expérimentale du président de la Coopérative, Patrice Drillet, à Goudelin près de Lamballe: deux fois plus de surface par porc, une loge pour le repos avec de la paille pour fouir, une autre pour manger et jouer, avec de grandes ouvertures pour bénéficier du soleil de Bretagne. « Mes cochons ont l’air de s’adapter et de s’y plaire. Une fois qu’on aura fait toutes les mesures d’impact sur la santé, on pourra dire si c’est une bonne solution ou pas« , explique M. Drillet, qui reconnaît que pour se lancer dans ces travaux, « il faut avoir des moyens financiers suffisants (…) et ce n’est pas facile pour tout le monde après les années de crise qu’on a connu« .

« Autre étage de la fusée« , le référentiel, avec 130 critères pour déterminer le bien-être animal et le développement durable dans les élevages mis en place par la Cooperl. Cet audit est mené chez les 138 éleveurs qui fournissent la marque Brocéliande et travaillent déjà sans antibiotiques dès la naissance et sans OGM, pour qu’ils se mesurent par rapport à leurs collègues et voient quelles sont les voies d’amélioration.

Des applications pour des informations en temps réel

Mais ce n’est qu’une première étape. « Ce groupe là sert d’entraîneur pour faire progresser tout le monde« , selon M. de Teilleul, car « cette évaluation va être élargie aux 2.700 élevages porcins de la coopérative, d’ici fin 2020« . Pour les volailles et les lapins, l’institut technique Itavi a pour sa part travaillé pendant trois ans pour « construire une application qui permet à l’éleveur de juger si le comportement de ses animaux est conforme aux critères de bien-être animal définis avec les associations Welfarm et CIWF« , indique Anne Richard, directrice de l’interprofession de la volaille de chair, Anvol.

L’application Ebene est disponible sur Android et donne des indications à l’éleveur qui veut savoir comment se sentent ses poules ou ses lapins et cherche d’éventuelles voies de progrès. « L’application tire un diagnostic et propose des solutions: pour calmer l’agressivité des oiseaux, il faut peut-être changer l’alimentation, il fait peut-être trop chaud ou trop froid dans l’élevage« , raconte Mme Richard. Ebene a été lancée à l’automne et « des leaders sont en train d’émerger, notamment parmi les plus jeunes éleveurs« , mais pour elle, « l’objectif c’est que les éleveurs s’en emparent et que ça devienne leur outil« .
Par Emmanuelle Trecolle pour AFP

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