Analyse Politique

Ce conflit agricole qui dissimule mal les conflits d’intérêts de Xavier Beulin

03.09.15

Ce qui peut paraître comme une démonstration de force sonne en réalité comme une faiblesse grandissante. Voire une réelle trouille. Malgré les 1 500 tracteurs mandatés sur Paris ce jeudi par le tout-puissant patron de la FNSEA, l’agriculture industrialisée prônée par cet agrobusiness-man vit sûrement ses derniers instants. Bien sûr l’agonie sera longue, surtout pour les agriculteurs, mais d’autres prennent le relais d’un modèle qui, déjà, a fait ses preuves.

Ils sont étranglés par les dettes. Il pèse 7 milliards d’euros. Ils triment toute la journée en bottes sur leurs tracteurs. Il porte beau le costume-cravate et se pavane sous les ors de la République, Breitling au poignet. Tout sépare les agriculteurs français du président de la toute puissante FNSEA. Nabab de l’agrobusiness, premier gros céréalier à présider le syndicat agricole n°1 français, Xavier Beulin ne vit pas dans le même monde que les agriculteurs qu’il est censé représenter. Un choc des cultures révélé à la face des Français en pleine crise agricole estivale quand, en ce jeudi 2 juillet, un jeune éleveur de Saint-Brieuc, le lui hurle devant les caméras. Deux mois après ce crime de lèse majesté, le roi Beulin tente de reprendre la main. Car, malgré sa toute-puissance et cette capacité hors-norme qu’il a de murmurer à l’oreille de Le Foll et de l’Elysée, sans base, Xavier Beulin n’est rien. Alors, celui qui est souvent présenté comme « le véritable ministre de l’Agriculture » a décidé de montrer qui est le vrai patron. Cela, en faisant monter ses fantassins à l’assaut de cette capitale qui, décidément, ne comprendrait rien à la crise actuelle qui traverse l’agriculture hexagonale.

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Armé de 1 500 tracteurs, venus défiler ce jour à Paris, celui que Le Point avait surnommé, en décembre 2012, « Le Bernard Tapie de l’agriculture » est en passe de réussir sa démonstration de force. Un bras de fer en légitimité dont le but premier, selon l’intéressé, serait avant tout d’offrir 3 milliards d’euros supplémentaires à un modèle à l’agonie. Un cathéter en or massif qui ne résoudra pourtant en rien cette énième crise agricole. Sous perfusion depuis que la Politique agricole commune existe, en quête permanente et effrénée de subventions venant de tous horizons, le modèle prôné par la FNSEA appartient déjà au passé. Parce qu’il va à l’encontre des capacités de cette terre nourricière plus qu’essorée. Parce qu’il va à l’encontre du bien-être et de la santé des agriculteurs. Parce qu’il va à l’encontre des aspirations grandissantes de bon nombre de consommateurs. En faisant monter ses fantassins à l’assaut de la capitale, « le céréale-killer de la FNSEA », comme le baptise ce jeudi 3 septembre Libé, joue le dernier va-tout « d’un monde fini », dépassé.

Des agriculteurs à la fois victimes, coupables et résistants
En réalité, cette réponse à un conflit agricole lancinant ne vise qu’à dissimuler les propres conflits d’intérêts de Xavier Beulin. Quand il vante, à qui veut bien l’écouter, une agriculture française forcément exportatrice, jouant son rôle premier de nourricier de l’Europe, voire du monde tout entier, le président de la FNSEA parle en fait au nom de son groupe. Sofiprotéol (rebaptisé depuis Avril) qui détient, entre autres, les marques Lesieur, Puget ou encore les œufs Matines. Société financière des protéagineux et oléagineux, Sofiprotéol souhaite réorienter ses exportations à l’international ? Qu’il en soit ainsi. Les milliards de bénéfices n’attendant pas, Xavier Beulin mélange les genres et fait de la revendication de cette multinationale une politique agricole revendiquée par la FNSEA. Un inacceptable mélange des genres que ce propriétaire d’une ferme familiale de 500 hectares du Loiret demande à « ses gars » de justifier auprès d’une opinion publique de moins en moins dupe.

Des agriculteurs, tout à la fois victimes et coupables, qui, au final, pourraient rapidement changer leur fusil d’épaules. Car, le mérite de cette crise – si l’on peut parler de mérite quand des centaines, des milliers de famille sont touchées – est de montrer que d’autres de ces agriculteurs ont décidé, sans faire de bruit, d’abandonner ce « monde fini » pour donner vie au « monde d’après ». Des résistants porteurs d’un modèle fait de respect envers cette terre nourricière, envers leur bien-être et leur santé, envers les aspirations grandissantes de bon nombre de consommateurs. Un « monde d’après » qui, déjà, se vit depuis des décennies un peu partout sur le territoire. Repris depuis peu, avec force et conviction, par de jeunes exploitants qui y croient plus que jamais. Comme ces treize portraits, lauréats du concours « Fermes d’avenir », que vous retrouverez dans les jours qui viennent, publiés conjointement sur les sites de La Ruche qui dit oui et d’Alimentation Générale. Pour le coup, une réelle réponse politique et humaine à la crise.

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