Analyse Chine

Après l’élection de Qu Dongyu à la FAO, le modèle agricole et alimentaire chinois en question

01.07.19

L’accession d’un Chinois à la tête de l’agence de l’ONU pour l’alimentation (FAO) permet à la Chine de promouvoir son modèle agricole productiviste, mais met en lumière ses dégâts environnementaux et son appétit pour les acquisitions agroalimentaires, notamment en Afrique.

Conseillé par l’économiste américain Jeffrey Sachs, de l’Université Columbia, spécialiste de la lutte contre la pauvreté, le vice-ministre chinois de l’Agriculture Qu Dongyu a, dès sa lettre de candidature en janvier, cité la Chine en modèle pour avoir réussi à couvrir les besoins alimentaires de base de sa population de 1,4 milliard d’habitants. La FAO est la principale organisation internationale chargée de lutter contre la faim dans le monde. Avec des regroupements massifs d’exploitations agricoles et une mécanisation accrue de la production, de 2006 à 2015, la croissance de la production agricole en Chine s’est établie « en moyenne à 3,1% », soit « environ un tiers au-dessus de la moyenne mondiale », confirme l’OCDE dans un rapport sur l’agriculture mondiale publié lundi. Et celle de sa productivité agricole s’est élevée à 3,4% par an, soit plus du double de la moyenne mondiale.

Toutefois, alors que la Chine reste un importateur net de produits alimentaires, la croissance « rapide et soutenue » de sa propre agriculture exerce des « pressions de plus en plus fortes sur les ressources naturelles, notamment sur les terres et l’eau », avertit l’OCDE. L’agriculture est le secteur qui utilise le plus d’eau en Chine: 62% de la consommation totale, contre une moyenne de 42% en moyenne dans le reste des pays de l’OCDE. L’indicateur de « stress hydrique », c’est-à-dire de sécheresse, y est deux fois supérieur à celui de la moyenne des pays OCDE. Le pays a commencé à réagir en cherchant à exploiter des terres arables hors de Chine, notamment en Afrique, et en encadrant rigoureusement les projets de conversion des terres agricoles à d’autres usages. Les surfaces agricoles chinoises ne pourront ainsi pas descendre sous une « ligne rouge » officielle fixée à 124,3 millions d’hectares, rappelle l’OCDE.

« Échec total » face à la peste porcine

La planification et l’organisation du secteur agricole chinois, sous la houlette de M. Qu notamment, n’ont néanmoins pas suffi à endiguer l’énorme épidémie de fièvre porcine africaine qui décime depuis l’an dernier les élevages de porc en Chine. Avec des millions de porcs abattus, le traitement par Pékin de cette épizootie qui bouscule les marchés mondiaux des produits agricoles est « un échec total« , lâche à l’AFP une source diplomatique européenne.

En Afrique, la Chine, qui a longtemps cru pouvoir exploiter impunément les immenses terres disponibles pour réexporter chez elle les récoltes de céréales de base, a été contrainte de revoir sa stratégie sous la pression locale. « À partir de 2006« , la Chine a « encouragé » ses sociétés à investir dans le domaine agricole en Afrique, expliquait à l’AFP en janvier Guo Pei, économiste et rédacteur en chef de la China agricultural economic review, lors de la présentation du projet Routes de la soie à Paris.

« À ce moment-là, des sociétés chinoises ont loué des terres aux propriétaires locaux pour cultiver du riz et du maïs, mais cela a créé des problèmes: d’abord ces mêmes pays africains n’ont pas suffisamment de maïs et de riz pour eux. Et lorsque les récoltes étaient faites, dans certains cas, il n’a pas été possible de les acheminer en Chine« , a-t-il admis. En conséquence, les compagnies agroalimentaires chinoises investissent désormais dans des cultures à plus haute valeur ajoutée en Afrique comme « le manioc, le sésame ou les fruits« : « Cela, on le leur laisse exporter« , car ils ont créé des usines de transformation qui emploient des salariés locaux, explique M. Guo.

Les ambitions agricoles de la Chine en Afrique ne s’arrêtent pas là: « pour améliorer la qualité des semences, nous sommes à la recherche de partenariats avec des instituts agricoles locaux. En Tanzanie, l’université de Pékin a déjà établi un centre de recherche conjoint« , a ajouté le chercheur.
Par Isabel Malsang pour AFP

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