Consommation

Salon International de l'Alimentation

De l’innovation comme religion

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Comme toutes les religions, l’innovation a un côté mauvaise foi qui tend à vous faire prendre un gadget pour une lanterne qui va éclairer intelligemment vos achats alimentaires. À quelques jours de l’ouverture de l’un des plus grands Salons du monde consacré aux produits alimentaires, trions.

Avec une économie qui pèse plus de 1.500 milliards de dollars sur la planète et une croissance à deux chiffres attendue pour cette année, il n’est guère question d’opposer ce Goliath là aux David(s) protagonistes du film « Demain » qui militent pour que la planète puisse se nourrir différemment que ce qu’on lui impose. Et dans un Salon où la seule règle qui vaille est la loi de l’offre et la demande, il serait tentant d’en rester à cette controverse sans issue et attendre que David sorte un jour sa fronde pour abattre les géants de l’agroalimentaire.

3 nouveaux produits sur 4 ne parviennent pas à rester en rayon au-delà de la première année

Pour commencer, rappelons quand même que selon une étude d’envergure publiée par Nielsen en 2014 (Nielsen Breakthrough Innovation Report), qui  s’appuyait sur l’analyse des lancements de 12.000 produits de grande consommation en Europe de l’Ouest depuis 2011, 2 nouveaux produits sur 3 n’atteignent jamais le seuil de 10 000 unités vendues, et 3 sur 4 ne parviennent pas à rester en rayon au-delà de la première année. Le tout a évidemment un coût énorme pour les entreprises gentiment répercuté aux gentils consommateurs.

Mesuré à cette aune là, on est donc en droit de s’interroger sur les grands prix SIAL innovation 2016, ultra sélectionnés, mais dont certains sentent déjà le placard aux souvenirs. Franchement, une boisson alcoolisée (20°) à la carotte, vous y croyez vraiment? Et au chapitre des grandes tendances : le premier cappuccino au lait de chamelle prêt à boire, produit en Autriche avec du lait de chamelle en poudre provenant de Dubaï, ça vous paraît relever du développement durable?

Et la liste est immense de tous ces produits pour consommateurs décérébrés qui sont plus tentés par la forme que par le fond et pour qui le modernisme passe par les tendances plus que par les nutriments et la santé. L’étude XTC World Innovation et TNS Sofres pour le SIAL 2016 est d’ailleurs édifiante par les seules typologies qu’elle propose : « La nostalgie revisitée » ou « petits luxes autorisés » présentant des produits qui ont la couleur de l’authentique, l’esthétique « vintage » pour la première catégorie et la dorure sur tranche pour la seconde. Exit l’humain, le tartare de mémé Henriette est ici présenté comme le « tartare de mémé # Henriette »! et évidemment, tout est dans le hashtag, mémé Henriette ne risque pas de se retourner dans sa tombe, elle est virtuelle et le consommateur va l’acheter non pas pour l’aspect gustatif mais en raison d’une promesse de Tweet.

Les raisons de croire au consomm’acteur

Alors, des raisons d’espérer en la clairvoyance du consom’acteur? Et bien oui, car on trouve dans la même étude un certain nombre de tendances lourdes qui ne sont déjà plus totalement négligées par les industriels de l’agroalimentaire. D’abord les consommateurs sont de plus en plus persuadés que l’alimentation peut engendrer des risques pour leur santé, on vient encore de le voir aujourd’hui. Tous pays confondus, 66% des consommateurs jugent probables le risque que les aliments nuisent à leur santé contre 53% en 2012.

En pleine controverse sur l’étiquetage alimentaire, il ne paraît plus possible de produire et de distribuer en ignorant cette préoccupation des deux tiers des consommateurs. Et comme l’un ne va pas sans l’autre, on note également que 53% d’entre-nous essayons de consommer de plus en plus de produits issus de l’agriculture biologique contre 48% en 2012. Enfin, si on ajoute une attention croissante portée au développement durable et le fait que 81% des consommateurs jugent important d’acheter des produits plus respectueux de l’environnement, peut-être que mémé # Henriette va peut être un jour s’intéresser à la permaculture et figurer dans la Saison 2 de « Demain ».

SIAL Du 16 au 20 octobre / Paris Nord Villepinte