La science se cherche Nos amies les abeilles

Des lycéens inventent une fleur connectée pour mieux connaître les abeilles

17.06.18

Une fleur aux pétales plastiques colorés qui délivre du nectar, du pollen, et informe en temps réel du passage d’une abeille… Le prototype inventé par des lycéens normands devrait permettre d’étudier le comportement des abeilles et de mieux lutter contre leur déclin.

Sous la houlette de Cyril André, leur professeur en systèmes numériques, Benjamin, Jules et Timothée, élèves de terminale au lycée Julliot de la Morandière à Granville (Manche), se sont plongés pendant un an dans la vie des abeilles pour préparer le projet qu’ils doivent présenter au bac. L’idée était de « décortiquer le terrain » pour permettre à Mathieu Lihoreau, chercheur au CNRS à Toulouse rencontré lors d’un précédent projet de ruche « connectée », de mieux comprendre le comportement des abeilles butineuses grâce à une fleur artificielle.

Élément clé de la préservation de la biodiversité et de la sécurité alimentaire grâce à son rôle de pollinisatrice, l’abeille peut butiner plusieurs centaines de fleurs et voler jusqu’à dix km par jour. Grâce à elle, 80% des espèces de plantes à fleurs et à fruits de la planète sont pollinisées, et 35% de nos ressources alimentaires dépendent, selon l’Inra, de la pollinisation par les abeilles. Mais depuis plus de 15 ans, l’hyménoptère disparaît des campagnes, fragilisé notamment par les néonicotinoïdes, ces insecticides qui s’attaquent au système nerveux et désorientent les insectes. Les apiculteurs ont alerté la semaine dernière les autorités, faisant état de taux de mortalité « d’une exceptionnelle gravité » cette année. Si les facteurs de déclin sont connus, le comportement de butinage en conditions réelles est peu documenté. « Il est peu étudié dans la nature car suivre une abeille pendant plusieurs kilomètres est très compliqué« , explique Mathieu Lihoreau.

Un QR code collé dans leur dos

« Un système de fleurs qui délivrent du nectar et du pollen en flux contrôlé et enregistrent le passage des abeilles grâce à un QR code collé dans leur dos permettrait de comprendre comment une abeille, avec un tout petit cerveau, arrive à résoudre les tâches cognitives extrêmement complexes que demande le butinage« , poursuit le chercheur. Pour concevoir leur « appât », les lycéens ont d’abord dû comprendre la morphologie des fleurs grâce à des dissections pratiquées en cours de biologie. Ils ont aussi pioché dans l’univers des cosmétiques, utilisant une poire à maquillage pour distribuer le pollen, ou dans l’univers médical, avec une pompe à nutrition qui amène, en quantité contrôlée, le nectar sur la fleur. L’opération la plus délicate fut sans doute l’étiquetage des bourdons, pollinisateurs moins agressifs et plus gros que les abeilles, sur lesquels les tests ont été pratiqués.

Chaque « QR code » a été collé à la glue sur l’animal. Quant au prototype, il arbore les pétales colorés de la fleur, mais pas la tige, un coeur en PVC rempli de nectar imprimé en 3D, et intègre une caméra pour filmer l’abeille. Il est aussi monté sur un châssis, dans lequel se trouve un mini-ordinateur qui envoie « les informations collectées dans une base de données« , explique Cyril André, qui a fait appel à la fondation Dassault Systèmes pour financer deux des machines utilisées pour éviter de « découper les pétales au cutter« . « On veut développer l’esprit créatif des élèves« , souligne le professeur, pour qui « demain, tous les métiers seront potentiellement concernés par les objets connectés et la modélisation 3D« .

La fleur artificielle a été testée avec succès sur les bourdons qui sont venus la butiner. « On aimerait que ça puisse aider les abeilles à survivre« , confie Benjamin, l’un des trois lycéens, qui était chargé de réfléchir à la distribution du nectar. Si les conditions financières sont réunies, des tests à grande échelle pourraient démarrer l’an prochain dans les quelque 50 ruches du CNRS à Toulouse. Quantité de nourriture disponible, champ avec ou sans pesticides, avec ou sans parasites, champs électromagnétiques, couleurs des fleurs, localisation, taille et parfum de la fleur… « On peut faire varier tous les paramètres et comparer les données obtenues dans des conditions environnementales différentes« , précise Mathieu Lihoreau, ajoutant que « si ça marche, on pourra s’en servir pendant les vingt prochaines années« .
Par Hélène Duvigneau pour AFP

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