Culture food Photographies

Les nourritures modestes de Suzanne Hetzel

26.10.18

Suzanne Hetzel est née à Siegen Allemagne, mais elle vit aujourd’hui entre Marseille et Arles, une région où la cuisine est souvent une cuisine de peu, centrée sur le produit. Son travail tout en délicatesse est constitué de photographies, de vidéos et d’objets dans lesquels le rapport à la nourriture est récurrent. Assiettes, légumes, fruits y sont présentés sans artifices et de façon modeste, dans l’apparat de la simplicité.

Alimentation Générale – On trouve de nombreuses traces de l’alimentation dans votre travail, est-ce un rapport au quotidien ?

Suzanne Hetzel – Mes recherches artistiques explorent notre façon d’habiter un lieu ou un territoire et les marques que celui-ci laisse en nous. Ces marques se manifestent autant dans les objets qui nous entourent dans nos espaces d’habitation que dans le langage que nous employons pour le décrire. Les aliments participent pleinement à cette construction du sentiment d’appartenance à un territoire. Par eux, nous établissons une relation avec ceux qui cultivent la terre la plus proche, et la vivre au quotidien par notre corps : choisir, préparer, cuisiner, manger. Et pour moi, photographier.

AG – Une partie de ces photographies ont été présentées par Captures dans une exposition au Centre d’art de de Royan, appelée Haiku3 / Kaiseki / Le restaurant de l’amour retrouvé, inspirée du roman d’Ito Ogawa. Quel lien y a t’il entre vos photographies et le restaurant ?

SH – Dans le roman d’Ito Ogawa, la salle de restaurant doit ouvrir une porte sur nos souvenirs, éveiller et enrichir notre palette gustative et nous mettre en paix avec nos convives. Idéalement, un repas soigneusement préparé a le pouvoir de faire naître un sentiment d’amour envers notre partenaire de table. Pour investir cette salle qui joue un rôle clef du roman, j’ai conçu une composition murale et un ensemble de projections sur tables. Au mur sont associés des objets et des images liés aux souvenirs personnels, mais aussi des images et des choses trouvées et gardées pour la beauté de leur forme ou l’étrangeté de leur aspect. L’étrange et le familier sont réunis dans un même mouvement de lecture. Pour les projections – en guise de nappe de table – j’ai sélectionné des photographies de gestes d’offrande ou de présentation, gestes qui m’ont semblé à la base de « l’amour retrouvé ».

AG – Vous photographiez souvent des mains. Pourquoi ?

SH – J’attribue un certain pouvoir à la main : un geste de don et d’accueil à la fois. Elle est pour moi le mouvement d’un passage. Je photographie un geste d’hospitalité – entre un objet, de la nourriture et l’homme. Mon travail ne célèbre pas la nourriture elle-même, mais met en forme notre respect et notre tendresse envers elle.

AG – Les aliments que vous photographiez sont beaux. Quel est votre rapport à la nourriture aujourd’hui ?

La beauté d’un aliment vient en premier de l’attention qu’il a reçue, c’est-à-dire la qualité qu’un cultivateur offre à la terre, et de son accompagnement jusqu’à la récolte. Puis vient la reconnaissance de cette attention et ma photographie se situe sur cette lisière entre l’accueil et le don. Suivent toute une série d’actes de célébration qui se déroulent dans la cuisine et à table avec des convives de préférence. Mes mises en scène placent la main au centre de l’image et symbolisent le mouvement entre choisir ou cueillir et ensuite préparer.

Pour découvrir le travail de Suzanne Hetzel
En cours : Du jour au lendemain – exposition collective
Galerie Quatre
, 67 rue du 4 Septembre, Arles.

À venir : Du 14 au 16 décembre 2018
Supervue 019
, Hôtel Burrhus, Vaison-la-Romaine

Plus d'informations sur Suzanne Hetzel

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