Culture food La Bnf Gourmande

Les crêpes de la Chandeleur

24.01.24

La fête de la Chandeleur, qui se déroule le 2 février, tient son nom du latin festa candelarum, ou « fête des chandelles ». Au Ve siècle, l’Eglise cherche à christianiser les nombreux cultes païens qui se déroulent en ce deuxième mois de l’année : fête de Proserpine, rites de fécondité, célébrations de la fin de l’hiver, du retour de la lumière ou de la reprise des travaux des champs.

La Chandeleur : gosses mangeant des crêpes, Agence de presse Mondial Photo-Presse, 1933.
Photographie négative sur verre ; 13 x 18 cm.
Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI-13 (2998).

Comme l’a montré Michel Pastoureau dans L’Ours, histoire d’un roi déchu (Éd. du Seuil, 2007), beaucoup de régions d’Europe font alors du 2 février la date à laquelle le plantigrade sort d’hivernation, passe une patte au dehors et détermine si la saison froide est sur le point de s’achever ou si elle se prolongera encore 40 jours – auquel cas il retourne aussitôt dans sa tanière. Les réjouissances qui célèbrent la sortie de l’ours sont souvent débridées, accompagnées de danses, de jeux, mais aussi d’enlèvements et de viols. 

Entre le Ve et le VIIe siècle, trois fêtes chrétiennes sont opportunément placées le 2 février pour évincer le culte de l’ours : la présentation de Jésus au Temple, 40 jours après sa naissance, la purification de la Vierge et la fête des chandelles. Si les processions de lumière se poursuivent, c’est dorénavant sous la bénédiction de l’Eglise. Mais dans les campagnes, on continue, jusqu’au XVIIIe siècle, à parler de « Chandelours » plutôt que de « Chandeleur ». En Amérique du Nord, le 2 février correspond au jour de la marmotte, elle aussi censée prédire de quelle manière se terminera l’hiver au cours d’une cérémonie que le film Un jour sans fin de Harold Ramis, avec Andie MacDowell et Bill Murray, a littéralement immortalisée. 

Comme le rappelle cette photographie d’enfants gourmands et de marchande affairée, il est d’usage, à la Chandeleur, de préparer et de manger des crêpes, dont la forme ronde et la couleur jaune symbolisent le soleil. Plusieurs superstitions entourent le rituel : il faut faire sauter la crêpe avec une pièce dans la main gauche pour s’assurer une année prospère. Il faut la lancer sur le dessus d’une armoire, toujours dans le même but. Ou encore : la faire tomber par terre porte malheur. 

Le cliché appartient aux collections de l’agence Mondial Photo Presse, créée en 1932 et spécialisée dans le reportage photographique. En 1937, elle s’associera avec deux agences plus anciennes, ROL et Meurisse. Couvrant tous les champs de l’actualité française et internationale des années 1904 à 1945, leurs fonds photographiques réunis forment une collection de plus de 200 000 négatifs sur verre, en cours de numérisation dans Gallica.

Une recherche avancée sur la bibliothèque numérique de la BnF permet de retrouver l’article de presse dans lequel a été publiée cette image. On la retrouve à la une de L’Ouest-Eclair, daté du 3 février 1933, aux côtés de nouvelles bien plus sombres, sur fond de crise économique et quelques jours après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler. En légende : « Hier, jour de la Chandeleur, ces jeunes parisiens n’ont pas failli à la tradition : ils ont mangé des crêpes. C’est pour eux l’assurance, paraît-il, d’avoir de l’argent toute l’année. Excellente recette par ces temps de crise. »

Isabelle Degrange, est chargée de collections en Gastronomie à la Bibliothèque nationale de France

Pour aller plus loin : 

Michel Pastoureau, L’Ours, histoire d’un roi déchu, Éd. du Seuil, 2007.

Collectif, Et vous ? Êtes-vous plutôt crêpe ou galette ?, Coop Breizh, 2020. Catalogue publié à l’occasion des cinq expositions temporaires organisées en 2020-2021 par le Musée de l’ancienne Abbaye de Landévennec, l’Écomusée des monts d’Arrée, le Musée bigouden de Pont-l’Abbé, le Musée de Dinan et le Musée départemental breton de Quimper. 

Sélections « Photographes et photographies. Accès par collections ». En ligne sur Gallica.

Sélections « Patrimoine gourmand ». En ligne sur Gallica.

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