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Au Brésil, l’agriculture seule rescapée du désastre économique

Si la crise sanitaire a ravagé l’industrie et les services au Brésil, l’agriculture devrait permettre d’atténuer la récession cette année, à la faveur de vigoureuses exportations de soja et de viande, notamment vers la Chine.

« Si tout s’arrêtait, on pourrait encore vivre, mais si les fermiers arrêtaient de produire, nous péririons« , a affirmé lundi le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro, ardent promoteur d’une expansion agricole vers l’Amazonie et le « Cerrado », la savane brésilienne, quitte à accélérer la déforestation. Le PIB brésilien a reculé de 1,5% au premier trimestre 2020 par rapport aux trois derniers mois de 2019, mais les activités agricoles ont enregistré une hausse de 0,6%. Pour 2020, l’Institut de recherche économique appliquée (Ipea) prévoit une contraction du PIB de 6%, mais table sur une croissance de 2% du secteur agricole.

Les exportations de soja affichent des performances historiques

L’agro-négoce est soutenu par une croissance de près de 8% de ses exportations sur les cinq premiers mois de l’année, aidées par une dépréciation de près de 30% du réal par rapport au dollar. Il représente désormais près de la moitié de la valeur des exportations brésiliennes, contre 42,7% l’an dernier. « A part quelques problèmes de logistique, le fonctionnement du secteur a été préservé depuis le début de la pandémie et le taux de change a renforcé notre compétitivité« , explique à l’AFP Eduardo Sampaio, secrétaire de politique agricole du ministère de l’Agriculture. Les exportations de soja et ses dérivés affichent des performances historiques (+25,8% par rapport à la période janvier-mai 2019), dynamisées par la demande croissante de la Chine, principal partenaire commercial du Brésil.

Appétit de la Chine

« La Chine a acheté plus de soja que d’habitude : elle augmente probablement ses stocks, car elle se prépare à une éventuelle deuxième phase de la guerre commerciale avec les États-Unis« , souligne Luiz Fernando Gutierrez, analyste chez Safras e Mercado. Les exportations de viande ont aussi augmenté (+13%), en raison de la fermeture de nombreux abattoirs aux États-Unis et de la pénurie de porc en Chine, des suites de la peste porcine, mais aussi grâce à de nouveaux partenariats commerciaux. Tout cela a permis « d’écouler la production, dans un contexte de réduction de la demande intérieure« , souligne Renato Conchon, coordinateur économique de la Confédération nationale agricole (CNA).

Le café et le sucre affichent aussi de bons résultats. Coup dur au contraire pour les cultures maraîchères: face à une demande intérieure en berne, les fermiers se sont trouvés contraints de vendre « à des prix inférieurs aux coûts de production« , précise M. Conchon. Les fermes pratiquant l’agriculture familiale (80% des exploitations brésiliennes) sont particulièrement touchées, en raison de la fermeture des marchés et des restaurants. Pour tenir le coup, elles demandent un renforcement du programme public d’acquisition d’aliments (PAA), qui absorbe une part significative de la production.

Rien n’est  fait pour décourager l’exploitation de la forêt amazonienne

Mais les 500 millions de reais [86 millions d’euros] qui leur ont été accordés en urgence ne représentent « que la moitié » de la somme attendue, précise Antonio Rovaris, secrétaire de la Confédération nationale des travailleurs ruraux (Contag). Jair Bolsonaro, sceptique face au consensus scientifique sur le changement climatique, n’a rien fait pour décourager l’exploitation de la forêt amazonienne au profit de l’agriculture ou des mines, bien au contraire. Il entend ouvrir les vastes aires protégées et les terres indigènes du Brésil aux activités agricoles et minières. Ce qui, selon les ONG, explique la reprise d’une déforestation forcenée, pouvant atteindre un nouveau record cette année.

Par Morgann Jezequel pour AFP

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