Tribune

Exception agricole, alimentaire et écologique

L’exception agricole selon Michel Serres

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Il est aujourd’hui indispensable de produire et manger en respectant la nature nourricière. Michel Serres pose ainsi très simplement les termes d’un débat sur l’exception agricole.

Aux paysans, agriculteurs et mangeurs de tous les pays : le retour du citoyen

« Sans se nourrir, nul vivant ne survivrait. Manger est notre besoin biologique premier. Opposant des obèses à des nouveau-nés mourant de faim, le monde souffre, aujourd’hui, d’une injustice majeure concernant la nourriture. Manger est le premier acte vital, certes, mais, en raison de cette iniquité, un acte social, politique, juridique, moral et, sans doute aussi, sacré, puisque presque toutes les religions en font un rite.

Or, depuis que des ancêtres de génie domestiquèrent certaines espèces de faune et de flore, nous dépendons des agriculteurs pour manger. Sans paysans, aucun humain ne survivrait. Le paysan est le père nourricier de l’humanité. Il occupe, en cela, une position exceptionnelle dans la condition humaine. Aucun professionnel ne lui est comparable. Or, une autre injustice, la même sans doute, accule aujourd’hui la paysannerie à la ruine, alors que nul ne pourrait se passer d’elle.

Il est donc de nécessité vitale, de justice politique et morale, mais aussi d’urgence historique d’établir une exception agricole comparable à l’exception culturelle qui n’en est, finalement, que la copie, puisque la culture agraire elle seule nous permet de survivre. »

De nombreuses initiatives

Cette notion d’exception agricole est partagée par d’autres collectifs, citoyens ou même politiques comme en témoignent la tribune sur l’exception agriculturelle publiée par Daniel Perron et un collectif de parents, Le plaidoyer de Fermes d’avenir porté par Maxime de Rostollan ou encore la charte sur l’exception agricole de Benoît Lutgen, le président du parti cdH en Belgique. De façon plus globale, l’Institut Michel Serre propose d’ailleurs un recensement des diverses initiatives françaises ou internationales sur cette question.

Une journée de réflexion sur l’exception agricole

Chacune de ces initiatives -qui seront présentées lors d’une journée de réflexion commune le 25 février prochain- montrent à quel point il devient aujourd’hui nécessaire de repenser l’exception agricole en lui assignant de nouvelles fonctions telles qu’assurer la sécurité alimentaire dans les pays qui sont actuellement en état d’insécurité plus ou moins chronique, préserver la nature pour garantir les besoins fondamentaux des générations futures, améliorer la santé globale des écosystèmes, des sociétés, des communautés et des personnes.

Des fonctions dont nous avons cruellement besoin de même que les générations futures et à venir.