Santé

Au Vietnam, les kumquats du nouvel an victimes des pesticides

Par & -


Quand arrive le nouvel an lunaire, les familles vietnamiennes achètent un arbre à kumquat car cet arbuste donnant de petits agrumes est un symbole de prospérité. Mais la traditionnelle fabrication de kumquats confits se perd, par peur des empoisonnements aux pesticides.

Au Vietnam, les scandales de sécurité alimentaire ne font pas comme en Chine voisine les titres des journaux internationaux mais le pays est confronté à des problèmes similaires – et la plupart des pesticides viennent de Chine. « Chaque plante est couverte de pesticides aujourd’hui. Même les légumes que j’achète sur le marché tous les jours« , déplore Mac Thi Hoa, enseignante à la retraite. Pour les fêtes du Têt, le nouvel an lunaire, Hoa a toujours acheté un arbre à kumquats et, il y a peu, elle faisait cuire les petits fruits orange avec du sucre. Mais aujourd’hui ce plaisir lui est interdit, elle craint trop les répercussions sur la santé. « Même si les vendeurs affirment qu’ils n’utilisent pas de produits chimiques sur l’arbre, je ne les crois pas« , reconnaît cette femme de 65 ans, ajoutant qu’elle utilise maintenant l’arbre fruitier seulement pour la décoration.

Ne pas manger les fruits sur l’arbre
Les producteurs de kumquat expliquent qu’ils doivent vendre des arbres sans imperfection et s’assurer que la totalité de leur verger soit mûr juste avant le Têt pour répondre à une énorme demande. Un défi difficile à réaliser sans l’utilisation d’insecticides et d’engrais, d’après eux. « Les kumquats ne seraient pas beaux » sans tous les produits chimiques, affirme Nguyen Thi Hang à l’AFP, reconnaissant que malheureusement cela rend les fruits toxiques. Si vous mangez les fruits cueillis sur l’arbre « ce n’est pas bon pour votre santé« , ajoute-t-elle, précisant que les consommateurs doivent attendre plusieurs semaines et laver les fruits avec soin pour essayer de supprimer les résidus chimiques avant de les consommer.

Le fait que même les kumquats soient devenus un risque pour la santé illustre l’ampleur de la contamination chimique au Vietnam, d’après les experts. Un problème pour ce pays, déjà grand exportateur de riz, de café et fruits de mer, mais qui veut stimuler ses exportations de fruits et légumes. Celles-ci ont augmenté de 36% en 2014, d’après les chiffres officiels. Du coup, les produits exportés sont surveillés de près. D’autant plus que l’exportation de fruits a déjà été frappée d’interdiction sur des marchés clés comme le Japon. Le pays est en effet régulièrement secoué par des scandales de sécurité alimentaire avec des produits qui dépassent le niveau maximum autorisé de résidus de pesticides, et les journaux font souvent état de conservateurs interdits retrouvés dans des produits chinois importés. Et les cultivateurs vietnamiens eux-mêmes ne sont pas en reste puisque l’an passé, le Vietnam a dépensé plus de 770 millions de dollars pour importer des pesticides, d’après les chiffres officiels.

Intoxication chimique
Mais les experts estiment que beaucoup plus encore est importé illégalement depuis la Chine. Et d’après le ministère de l’Agriculture, au moins un tiers des agriculteurs vietnamiens n’utilise pas correctement les pesticides. « Tout insecticide est dangereux », confirme Vu Huu Nhung, agriculteur dans la commune de Dang Xa à la périphérie de Hanoï, pendant la pulvérisation de produits chimiques sur ses champs de choux. « Mais je pense que si vous suivez strictement les instructions, c’est assez sûr« , assure-t-il, tout en admettant qu’il a acheté ces produits fabriqués en Chine sans savoir exactement ce qu’ils contiennent. Selon Nguyen Van Touat, directeur adjoint de l’Institut des sciences de l’agriculture du Vietnam, la sur-utilisation de pesticides a déjà un « impact négatif » et les choses vont rapidement s’aggraver.

« Certains agriculteurs augmentent la quantité de produits chimiques qu’ils utilisent« , explique-t-il, exposant agriculteurs et consommateurs au risque d’intoxication. « Ces pesticides peuvent aussi éliminer des insectes utiles, ce qui pourrait déclencher diverses épidémies végétales« , estime-t-il. Aujourd’hui, les consommateurs « hésitent ». « Ils ne savent pas où et comment acheter des produits sûrs, ils ont perdu leur confiance dans la qualité des produits« , explique-t-il. Toutes ces questions de sécurité alimentaire sont particulièrement sensibles au Vietnam, où l’alimentation traditionnelle comprend de grandes quantités de légumes crus ou légèrement cuits et des herbes. Quelques entreprises locales cherchent à produire plus de produits biologiques mais le Vietnam n’a pas de processus rigoureux de certification, et beaucoup peinent à trouver des engrais bio. « Bon à consommer ou pas, nous devons manger des fruits et des légumes tous les jours« , constate Hoa. « Tout le monde meurt à la fin, nous préférons mourir avec un estomac plein qu’avec un estomac vide… »

Par Tran Thi Minh Ha

Photo : An eye on Vietnam