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Grippe aviaire

Transports et mesures d’hygiènes mal appliquées

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Les transports de canards dans le sud-ouest de la France et des mesures d’hygiène et de précaution encore mal appliquées font partie des vecteurs de la contamination rapide de la grippe aviaire H5N8, transmise par les oiseaux migrateurs.

Pourquoi le virus prospère-t-il dans le Sud-Ouest?
Située sur une route de migration des oiseaux sauvages, la Gascogne concentre l’essentiel de la production de canards gras en France. Quelque 3.000 élevages sont situés dans le sud-ouest de l’Hexagone, selon le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG), qui représente les éleveurs et les industriels de la filière foie gras. Sur 29 millions d’animaux élevés en 2016, 40% venaient des Landes et 15% du Gers, précise sa déléguée générale, Marie-Pierre Pé. Avant le retour de l’influenza aviaire, la production nationale a culminé en 2015 à 37,3 millions de canards gras dans l’Hexagone, selon FranceAgriMer. La zone où se concentrent actuellement les foyers infectieux, aux confins du Gers et des Landes, se caractérise par son humidité, qui favorise la propagation de l’épizootie. L’abattage préventif d’au moins 800.000 palmipèdes, imposé dans un territoire comprenant 150 communes, a pour but de « casser le cycle du virus »: sans oiseaux dans son entourage, il ne pourra plus se multiplier et finira par disparaître.

Les méthodes d’élevage favorisent-elles l’épizootie?
L’élevage de canards dans le Sud-Ouest est organisé autour de filières intégrées. Par exemple, la coopérative Maïsadour assure sa production d’un bout à l’autre, des fermes de reproduction jusqu’aux boîtes de conserve de foie gras, en passant par les couvoirs, les élevages de poussins, les éleveurs en parcours extérieur, les éleveurs-gaveurs, les abattoirs et la transformation. Mais chaque opération se fait sur des sites différents, obligeant à transporter les animaux à chaque étape, d’un département à l’autre parfois. « Il faut voir les routes du Sud-Ouest, pleines de camions de canards qui circulent dans tous les sens« , raconte un agriculteur. Pour la Confédération paysanne (classée à gauche), c’est « l’industrialisation de la production » qui « provoque et amplifie les crises sanitaires« , à cause de ces « filières ultrasegmentées où se multiplient les énormes structures qui usent et abusent des transports sur des centaines, voire des milliers de kilomètres« . Le président de la Coordination rurale (classée à droite), Bernard Lannes, estime aussi que « la filière industrielle fait progresser le risque« . Mais il juge que le risque vient d’abord des oiseaux migrateurs. Une thèse partagée par Xavier Beulin, patron de la FNSEA (syndicat majoritaire), qui affirme que « l’origine du virus est portée par la faune sauvage et les oiseaux migrateurs ».

Les mesures d’hygiène ont-elles été mal appliquées?
Le retour de la grippe aviaire en France fin 2015 a poussé les pouvoirs publics à durcir les règles d’hygiène dans les élevages. Beaucoup d’investissements ont été réalisés, mais ce n’est pas suffisant. « Un certain nombre de foyers auraient pu être évités si les pratiques avaient été appliquées complètement« , a expliqué à l’AFP le ministère de l’Agriculture. Or, les premières enquêtes épidémiologiques, réalisées depuis décembre dernier, ont indiqué que « les règles de biosécurité n’étaient pas effectives partout« . Pour M. Beulin, la méthode mise en place en 2016 a été « très efficace » pour réagir rapidement, mais « il va falloir la revisiter sur le volet prévention des risques« . Le CIFOG, qui juge que « cela a bien fonctionné« , en tient « pour preuve » qu’aucune des analyses réalisées depuis le début de la nouvelle épizootie n’a retrouvé la souche H5N1 qui a sévi l’an dernier. Hélas le virus H5N8 est encore plus redoutable, avec des taux de mortalité de 20 à 30% dans certains élevages de canards, décimés par des symptômes nerveux très importants et des myocardies, inflammations du coeur visibles à l’autopsie. Tous ceux qui s’approchent d’un animal infecté peuvent emporter et disséminer le virus. Chauffeurs de camions, ramasseurs de volaille, vétérinaires, il suffit d’une plume ou d’une fiente, sur une blouse, une chaussure ou une roue. Au ministère de l’Agriculture, on cite l’exemple d’un éleveur du Sud-Ouest qui a découvert beaucoup de canards morts dans son élevage en décembre et qui a fait venir un membre de sa famille, lui-même éleveur, pour constater les dégâts. Une semaine plus tard, les canards de ce deuxième éleveur étaient morts.
Par Isabel MALSANG et Gabriel BOUROVITCH pour AFP