Consommation

Les consommateurs pensent commerce équitable, mais pas leur porte-monnaie

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Devant le linéaire de tablettes de chocolat ou de dosettes d’espresso, quel consommateur se demande qui est le producteur qui a récolté la fève de cacao ou le grain de café ? Très peu de gens en réalité.

Le commerce équitable, qui garantit une juste rémunération aux producteurs face aux dégâts de la mondialisation et de la guerre des prix des grandes enseignes, ne cesse d’augmenter ses ventes en France. Mais plus en raison de sa présence croissante dans les grandes surfaces que par une demande du consommateur lui-même, révèle un sondage Opinion Way, réalisé pour le label Max Havelaar à l’occasion de la 17e quinzaine du commerce équitable du 13 au 27 mai.

La sensibilisation a pourtant fait de nets progrès : 77% des sondés affirment qu’ils aimeraient être assurés que les aliments et les boissons qu’ils consomment ne sont pas produits dans des conditions d’exploitation. Et 68% se disent même prêts à payer « légèrement plus cher pour un produit qui garantit des conditions de travail et une rémunération justes pour les producteurs ».

Mais, au moment décisif de l’achat, seulement 35% des gens se demandent qui est la personne qui a produit les aliments, et 26% comment sont rémunérés les producteurs. Le réflexe d’achat est déclenché par trois questions : 73% des consommateurs se demandent si le goût va plaire à la famille, 72% s’inquiètent de savoir si l’aliment est « bon pour la santé », et 62% cherchent à savoir où il a été produit, selon ce sondage.

22 grammes par an

« Les consommateurs sont sensibilisés à ce qu’est le commerce équitable, et à la situation des producteurs, mais lorsqu’ils sont dans le magasin, il ne pensent pas à ça » résume Emilie Sarrazin, présidente du label Max Havelaar de commerce équitable, implanté en France depuis 1992. « A l’occasion de la quinzaine du commerce équitable, nous souhaitons interpeller les magasins et les marques pour qu’ils répondent à ces besoins », ajoute-t-elle. Il reste du travail : Si chaque français consomme 7 kilos de chocolat par an, seulement 22 grammes sont équitables, selon Max Havelaar.

Les organisations de commerce équitable, qui travaillent surtout avec les pays du sud, et des produits comme le café, le cacao ou les bananes ont quelques chances de faire progresser leur cause grâce à un surprenant allié : la crise de l’agriculture française. Le succès de la marque « C’est qui le patron? », lancée récemment pour assurer un revenu à des producteurs laitiers français en difficulté, a montré que les consommateurs étaient prêts à se laisser convaincre : 10 millions de litres ont été vendus en quelques mois.

Le prix a été défini après avoir interrogé les clients pour savoir s’ils acceptaient de payer un peu plus cher pour que le producteur puisse vivre de sa production ou prendre des vacances. Autre initiative, les petits producteurs de tomates de la marque Rougeline dans le sud-ouest de la France affichent leur photo en noir et blanc et leur nom sur la barquette pour renforcer la proximité avec le consommateur.

14 euros par an et par personne

« Pour le cacao qui vient d’une coopérative de plusieurs milliers de producteurs, il est plus difficile de singulariser un seul producteur » admet Mme Sarrazin. En France en 2016, la croissance du commerce équitable a été « exceptionnelle » selon la plate-forme qui synthétise les chiffres : +42,8% par rapport à 2015, à 948 millions d’euros en 2016, surtout tirée par la hausse des filières françaises (+155%). Les ventes de produits de pays en voie de développement ont augmenté de 21%. Mais même si elle a triplé en cinq ans, cela reste une toute petite dépense de 14,15 euros par an et par habitant.

L’une des croissances les plus fortes vient de la banane (+33%), « incontournable » grâce à l’engagement de « Carrefour, Auchan, Intermarché et Biocoop entre autres », salue Max Havelaar. La rose labellisée équitable a aussi vu ses ventes tripler, grâce aux engagements de chaînes comme Aquarelle.com et Système U, note l’organisme. Le sondage Opinion Way a été réalisé auprès de 1.051 personnes selon la méthode des quotas les 5 et 6 avril, sur la base d’un questionnaire auto-administré en ligne. La marge d’incertitude va de 1,5 à 3 points.