Cinéma

Petit paysan, grosses frayeurs

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C’est un premier film. Parfois c’est un élément que l’on peut passer sous silence. Pour Hubert Charuel non. Ce fils d’agriculteur qui a connu la ferme sous la terreur de la vache folle est revenu sur les lieux du crime pour tourner Petit paysan, un film où il met ses tripes sur la table, au risque d’en oublier parfois les subtilités qu’offre l’art cinématographique.

On ne peut pas vraiment lui en vouloir. Hubert Charuel vit la ferme sans aucun filtre et vous la donne à voir de la manière la plus hyper réaliste qui soit. Et ça fait du bien d’appréhender cette réalité là, à laquelle il ne manque ici que les odeurs. Et oui le vêlage n’est pas une promenade de santé pour le paysan sage-femme, et oui le réveil sonne très tôt sept jours sur sept parce que la traite n’attend pas, sans parler des relations sociales avec ceux qui ne font pas le même métier que vous et qui ne comprennent pas forcément vos contraintes. On voit tout ça dans Petit paysan sans que le réalisateur ne vous épargne les images crues ni le son des vaches qui ne correspond  pas toujours au Meuhh bucolique des prés. Nous frôlons là le documentaire, mais le film est une fiction.

Pour bien nous faire comprendre l’extrême du métier, Hubert Charuel a inventé la FHD, fièvre hémorragique dorsale. Un truc qui n’existe pas mais dont l’effet est le même que la bien réelle vache folle. Si jamais l’une de vos bêtes vient à l’attraper, c’est l’abattage de tout le troupeau. C’est au fond là que réside tout le scénario, sur ce ressort dramatique exceptionnel. Le petit paysan Pierre, brillamment interprété par le comédien Swann Arlaud et sa soeur vétérinaire (Sara Giraudeau) vont donc gérer la parano qui va plomber désormais l’ambiance générale de la ferme. Ça n’obligeait pas forcément le réalisateur à produire quelques scènes fort stéréotypées qui caricaturent par trop son propos. Certaines parties du scénario sont ainsi un peu écrites à la hache, comme une urgence de hurler sur la folie paroxystique à laquelle peut mener ce métier. C’est l’envie irrépressible d’un fils d’agriculteur amoureux de ses vaches qui l’emporte ici sur le cinéaste, lequel réunit par ailleurs toutes les qualités en termes de cadrages, de direction d’acteurs et de rythme, le tout avec de formidables interprètes. Déjà beaucoup pour un premier film.