La science se cherche Nos amies les abeilles

Malgré l’effet de mode, l’abeille des villes ne remplacera pas celle des champs

22.07.16

Sur les toits de lycées à Montpellier, de l’Opéra de Paris ou même sur ceux de l’AFP, les ruches s’intègrent certes depuis quelques années au paysage citadin, mais l’apiculture urbaine a ses limites et l’abeille des villes ne remplacera jamais celle des champs.

A Lille, par exemple, un rucher-école municipal, implanté derrière la gare et destiné aux particuliers, connaît un indéniable succès, avec deux ans de liste d’attente, pour une dizaine de ruches. En adhérant dès 2007 au programme national « Abeille, sentinelle de l’environnement », la capitale nordiste était l’une des pionnières, avec Montpellier, à vouloir défendre farouchement l’insecte pollinisateur et son espace naturel: la ville a ainsi éradiqué les traitements chimiques au profit de produits naturels et cultive ses propres variétés de plantes. Un an plus tard, elle créera même le premier poste de conseiller municipal délégué à l’apiculture urbaine de France. Depuis, 80 espèces d’apidés sauvages qui avaient disparu du territoire lillois ont été à nouveau repérées. « En termes de diversité, 2015 est une bonne année avec la découverte de trois nouvelles espèces d’abeilles sauvages patrimoniales dont l’Andrène vague« , se félicite Lise Daleux, déléguée écologiste à la nature en ville.

La ville n’abrite que 1% des abeilles

Les ruchers en campagne subissent en effet une importante surmortalité: « alors qu’on comptait 5% de pertes dans les années 1990, ce nombre grimpe jusqu’à 35% aujourd’hui« , s’alarme Dominique Céna, l’un des porte-paroles de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf). Cette chute coïncide avec « l’utilisation massive de néonicotinoïdes » (insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes), qui ne seront interdits – partiellement – par la loi biodiversité qu’à partir de septembre 2018, poursuit-il. Dans ces conditions, les villes, à l’environnement pourtant souvent pollué, peuvent devenir un refuge pour les pollinisateurs qui s’adaptent au bruit ambiant. « Leur mortalité y est moindre et leur productivité meilleure d’un tiers !« , se réjouit M. Céna. Malgré tous ces efforts, la ville abriterait aujourd’hui seulement 1% des abeilles: « c’est une belle vitrine qui permet de sensibiliser le grand public, mais cet effet de mode ne résoudra pas le problème« , tempère ainsi Jean-Marc Bonmatin, spécialiste des neurotoxiques et chargé de recherche au CNRS. « Que représentent dix ruches sur le toit d’un bâtiment public face aux 3.000 d’un apiculteur professionnel du sud-est dans un champ ?« , avance-t-il. D’autant que l’environnement urbain n’offre qu’un espace restreint pour accueillir des ruches et la règlementation y reste stricte: un mur de 2m de haut doit protéger les voisins mitoyens et la ruche doit se situer de 3 à 50m d’une habitation ou d’une voie publique.

La France continue à importer massivement

Sur les 17.000 tonnes de miel produites en 2015 dans l’hexagone, la part « urbaine » reste donc anecdotique, selon l’Unaf. Avec une consommation moyenne annuelle de 40.000 tonnes, la France continue à en importer massivement. « Dans les années 1990, la France était pratiquement autonome ! Les abeilles ont été décimées avec l’utilisation massive et systématique des pesticides, employés avant-même que la plante ne pousse. C’est catastrophique!« , peste M. Bonmatin. Mais l’essor même spectaculaire de l’apiculture urbaine ne saurait répondre à la menace d’un effondrement de tout l’écosystème lié à l’usage des pesticides, selon cet expert. Quelque 40% des pollinisateurs, dont l’abeille, cheville ouvrière de la biodiversité, seraient ainsi menacés de disparition. « Ces insectes, base de toute vie, sont les garants de la diversité environnementale par leur rôle de pollinisateurs sur lequel repose la production agricole, mais aussi des animaux qui s’en nourrissent et qui seraient impactés en cascade« , explique-t-il. Ce recours systématique aux pesticides, dont la France est la plus grosse consommatrice en volume en Europe, « favorise la résistance des ravageurs, impliquant l’épandage encore plus massif de produits chimiques« , selon le chercheur. « Je ne suis pas contre l’usage des pesticides, mais avec parcimonie. Or les intérêts industriels des multinationales priment aujourd’hui« .

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