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En Argentine, le chantier d’une usine de Monsanto assiégé depuis un an

09.10.14

Malvinas Argentinas (Argentine), 9 oct 2014 (AFP) – Une usine en construction du géant américain Monsanto est assiégée depuis un an dans la province de Cordoba, région agricole du centre de l’Argentine, où des militants anti-OGM dénoncent les dégâts dans un pays où la quasi-totalité des cultures de soja, coton et maïs sont transgéniques.

« Monsanto pollue. Monsanto ce sont les agrotoxiques, le glyphosate, le roundup. On ne veut pas que Monsanto s’installe pas sur cette terre. Sur ce bout de la nation, Monsanto nous n’en voulons pas« , dénonce Vera Figueroa, qui habite dans la petite ville de Malvinas Argentinas (15.000 habitants), non loin de l’usine dont la construction est paralysée depuis septembre 2013. Cette ville-dortoir proche de Cordoba, 2e ville d’Argentine, entourée de champs de maïs transgénique, est partagée entre les anti-Monsanto, des écologistes ou militants de gauche, et ceux qui espèrent bénéficier de la création d’environ 400 emplois dans l’unité de conditionnement de maïs.

Au delà des nuisances de l’usine et des craintes d’émanations de poussières toxiques, les opposants à Monsanto ont récemment dénoncé, lors d’un festival écologiste, l’agriculture tout-OGM qui domine en Argentine. Les habitants de Malvinas arboraient un T-shirt vert portant l’inscription « Non à Monsanto. Malvinas en lutte« . Car, comme dans d’autres provinces d’Argentine, les habitants vivant près de champs se plaignent de l’épandage aérien de produits chimiques. En janvier, la justice a officiellement suspendu les travaux dans l’attente d’une étude d’impact sur l’environnement. « Lorsque nous avons fait les premiers examens épidémiologiques avec l’université nationale de Cordoba, nous avons réalisé que notre quartier était l’un des plus affectés. Les maladies les plus communes selon cette étude sont: les fausses couches, les malformations congénitales, les pathologies respiratoires, et surtout les maladies cutanées« , énumère Eduardo Quispe, un habitant de Malvinas.

Monsanto est présent depuis 50 ans en Argentine où il a commencé à planter du soja OGM en 1996. L’Argentine est aujourd’hui le premier exportateur mondial de produits dérivés du soja (farine, huile).

 Soja et coton 100% transgéniques
Une étude de l’Université de Rio Cuarto (UNRC), dans la province de Cordoba, a récemment établi un lien entre « produits chimiques agricoles et des pathologies liées au modèle agricole actuel« , affirme le biologiste Fernando Manas. Pour lui, entreprises, producteurs et fonctionnaires du gouvernement « ont l’habitude d’ignorer ou de remettre en cause les investigations dont les résultats leur sont défavorables« . Pour ArgenBio, organisme défendant l’utilisation des biotechnologies dans l’agriculture, aucune étude scientifique n’a démontré la dangerosité des engrais, désherbants ou autres produits chimiques. Selon lui, seule une mauvaise utilisation des produits peut conduire à des problèmes sanitaires.
« Cela a été une vraie opportunité pour le pays, et l’Argentine est devenue rentable grâce à cette industrie« , plaide une chercheuse en biotechnologies d’Argenbio, Gabriela Levitus. « Aujourd’hui, la culture du soja occupe 20 millions d’hectares, le maïs 4 millions, et le coton 600.000 hectares. Et presque 100% de ces cultures sont transgéniques« .

Dans le pays sud-américain, précise ArgenBio, 100% des cultures de soja et de coton, ainsi que 95% des plantations de maïs, sont transgéniques. Dans les plaines fertiles de la Pampa et dans l’opinion publique argentine, les préoccupations des écologistes ne pèsent pas lourd face au lobby agricole qui fournit chaque année à la fragile économie argentine près de 10 milliards de dollars par an de recettes fiscales directes. Les opposants peinent à se faire entendre car la 3e économie d’Amérique latine dépend étroitement des revenus fiscaux directs des exportations agricoles. « Pour générer la production dont nous avons besoin afin de nourrir le monde entier« , souligne Gabriela Levitus, « c’est nécessaire d’avoir une agriculture rentable, beaucoup plus productive« .

En 2050, « 9 milliards de personnes auront besoin d’alimentation, de combustibles et de vêtements. Comment y parviendra-t-on?« , lance la multinationale de l’agrochimie sur le site internet de sa filiale argentine.

Par Rayan Hindi, Josefa SUAREZ à Buenos Aires

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