Analyse Filière

Des vers de farine pour nourrir les animaux autrement et changer la donne environnementale

04.06.20

De la larve à la croquette pour chiens: une filière d’élevage de vers destinés à la nourriture pour animaux a vu le jour en Auvergne, permettant à quelques agriculteurs de bénéficier d’un complément de revenus bienvenu.

Posé au beau milieu des champs de céréales de la Limagne, à Saint-Ignat (Puy-de-Dôme), le bâtiment-pilote de la société Invers, à la façade en bois, ressemble à un immense hangar pourvu de trois silos. A l’intérieur, l’ambiance est tropicale: dans des casiers gris empilés les uns sur les autres, formant des allées rectilignes, grouillent des vers de ténébrions meuniers, un coléoptère amateur de farine. Nourris au son de blé et aux graines de légumineuses, soixante millions de vers sont élevés à une température de 26°C et un taux d’humidité de 65%, puis « récoltés », avant d’être déshydratés dans un micro-onde géant.

Poules, chiens, chats, poissons et volailles

Une partie est vendue sous cette forme pour nourrir les poules des particuliers, une autre est transformée en croquettes pour chiens et chats par l’intermédiaire d’une entreprise locale. L’objectif est de fournir à terme les éleveurs de poissons et de volailles de la région, avec une production de 15 tonnes de vers par an. « L’idée c’est d’avoir une filière de production de protéines durables, afin de proposer aux filières régionales de pisciculture et d’aviculture des solutions respectueuses de l’environnement pour leurs élevages », souligne Sébastien Crépieux, l’un des trois fondateurs de la société, aux côtés de Stéphanie Cailloux et David Quittard. C’est en 2016, après la lecture d’un article consacré à la pêche minotière – pourvoyeuse de farine de poisson pour l’aquaculture et décriée en raison de son impact environnemental – que cet ingénieur agronome a eu l’idée de développer son élevage de vers.

Indépendance des cours mondiaux

Le nom de la société reflète sa volonté « d’inverser le cours des choses, aussi bien au niveau des écosystèmes que pour les agriculteurs, placés au centre du projet« , dit-il. « Mon chien raffole des croquettes à base de vers, à tel point qu’il boude les autres! » affirme Rémy Petoton, l’un des deux agriculteurs qui ont pour l’heure accepté de s’engager aux côtés d’Invers. A 27 ans, il s’apprête à se lancer dans ce nouveau mode d’élevage, en complément de sa production de blé et de maïs. Invers fournit les larves, à lui de les faire grossir, de les récolter avant leur transformation et leur commercialisation, assurées par la société. « Mon père va prendre sa retraite et je me posais des questions sur l’évolution de l’agriculture et la pérennité de notre exploitation« , témoigne le jeune homme, qui possède également quelques vaches allaitantes.

« L’agriculteur est dépendant des cours mondiaux, des aléas climatiques, de tout finalement. Avec l’élevage de vers, on maîtrise tout de A à Z« , explique-t-il. A l’automne, il prévoit de construire son propre bâtiment de 850 mètres carrés pour une première « récolte » envisagée au mois de juin. Coût de l’investissement: 650.000 euros. Mais pour lui, c’est la garantie d’avoir « un revenu fixe par mois – l’équivalent d’un Smic (environ 1.200 euros) – qui sécurise la vie professionnelle et privée« . « Ecologiquement, cela va dans le sens de la nouvelle agriculture où on nous demande d’être plus vert et d’améliorer nos pratiques« , assure-t-il. Car l’élevage de vers suppose la réintroduction de légumineuses qui fixent l’azote et bénéficient aux sols. Quant aux déjections des insectes, elles sont utilisées en compost, permettant de réduire le recours aux engrais chimiques. « On inverse le cours des choses. Il n’y a pas de fatalité en agriculture« , veut croire Sébastien Crépieux.

Par Céline Castella pour AFP

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