Portrait Producteur

La main fouettée par les orties

20.11.15

« Le nom de la ferme signifie en occitan La main fouettée par les orties», explique Anouck, huit ans, fille d’Adeline Boudy, propriétaire des lieux. On ne voit plus d’orties autour de la ferme, mais surtout des magnifiques noyers trentenaires. La noiseraie de 40 ha se trouve sur les terres  que la famille d’Adeline possède au moins depuis 1750. Les arbres ne sont traités que dans des cas graves « car on protège nos propres abeilles ».

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Dans le pays du Cro-Magnon, les habitations troglodytes (clusot) ne sont pas rares. Et pourtant, la petite Anouck n’en revient pas de trouver sur sa propre exploitation des pièces de monnaie qui datent de 1600. Pour sa maman, Adeline Boudy, la propriétaire de la ferme de Manestrugeas, la trouvaille est moins étonnante. “C’est ma mère qui a trouvé ces pièces dans un clusot. Notre famille se transmet la ferme de génération en génération au moins depuis 1750, alors on aurait pu organiser de vraies fouilles! »

Adeline range les pièces, elle n’a pas beaucoup de temps, les portes de sa camionnette grandes ouvertes, elle charge les produits à base de noix pour partir au marché nocturne. Les tartes, les huiles, les pâtisseries, mais aussi le miel et les bonbons à la propolis, elle fait tout elle-même, à la ferme. Il y a huit ans, elle s’est mise à son compte avec son frère qui depuis est parti s’installer au Canada. Maintenant elle est à la tête d’une entreprise qui possède quand même 47 ha de noyers!

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Cela fait de 37 à 65 tonnes de noix par an, en fonction des bonnes et des mauvaises années. La transformation est très importante pour nous parce qu’elle permet d’équilibrer les récoltes. » La majorité des noix est commercialisée par le biais de la coopérative “Coop Cerno” à Cenac. Adeline récupère pour ses produits juste une tonne de cerneaux. Elle vend ses tartes sur les marchés, dans la boutique des producteurs au Bugue, et dans le centre de Périgueux, dans un magasin avec joliment nommé  “Bon poids et Cie”, un lieu renommé pour ses produits venant d’une quarantaine de producteurs locaux.

La boutique de la ferme reste pourtant le lieu de vente principal. Vieille maison aux proportions amples, perdue entre les collines périgourdines et entourée de forêts de noyers, on peut, non seulement y acheter quelques gâteaux ou bocaux de miel, mais également visiter l’exploitation et surtout s’attarder autour d’un thé avec une part de gâteau. Ça marche à tel point qu’Adeline réfléchit à ouvrir un vrai lieu de restauration.

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La noyeraie
C’est mon père qui a planté les arbres  il y a déjà 30 ans, c’était seulement 4 ha de noyers, mais tous les deux ou trois ans il rajoutait 4 ha supplémentaires, et finalement il nous en a transmis 23 ha.” La noyeraie est travaillée avec l’implémentation de biocontrôle. Adeline et son mari Eric calculent le nombre de parasites tous les mardis à l’aide d’une plaque qui, sur chaque parcelle, attire les insectes males à l’aide d’hormones des insectes femelles. Les arbres sont traités uniquement quand le nombre croit dangereusement. “Avant de décider, nous réfléchissons à ce qui est préférable entre traiter ou accepter de perdre une partie de notre récolte. Traiter, ce n’est pas dans nos intérêts, car une partie de nos ruches est disposée sous les noyers, et nous voulons protéger nos abeilles!” explique Adeline. « Quand les produits bios qui sont capables de nous aider existent sur le marché, nous les utilisons même si nous ne sommes pas labellisés AB.

D’autres ruches sont dans des forêts voisines, sur 4 communes, et le miel est récolté deux fois par an. Mais la noiseraie, elle aussi, a une vraie forêt: les arbres ont une trentaine d’années, les branches sont robustes, la cime ample et pleine de fruits. C’est une variété hybride, avec le pied “nigra” greffé par la “franquette”. “Notre coopérative nous a vivement conseillé de cultiver cette variété car la coquille de la noix est plus légère que celle des variétés anciennes” explique Adeline, « une coquille comme celle-là s’enlève plus facilement, le cerneau ne se casse presque jamais.

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Mais les cerneaux cassés ont, eux aussi, leur utilité et pas des moindres puisque Adeline a acheté la moitié du Moulin de Maneyrol, à la sortie de Terrasson, où l’on fabrique les huiles de manière artisanale et traditionnelle, objets de récompenses au Concours Général : or en 2014, argent en 2015. “On me laisse le  moulin à disposition pour que je produise ma propre huile.  »
Adeline pose encore quelques bouteilles dans la camionnette, tout est prêt pour le marché. « Mon associé reçoit les producteurs locaux qui lui apportent les cerneaux et il fait la façon, mais moi, entre mes tartes et mes pâtisseries, je n’ai plus le temps!

Adeline Boudy
Manestrugeas
24290 MONTIGNAC

Un article produit dans le cadre de l’application Adresses Gourmandes.

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