reportage Producteur

Couveuse maraîchère pour jeunes pousses

En 2014, on ne naît plus paysan, on choisit de le devenir. Pour être sûr de se plaire en bottes, les espaces test agricoles offrent des terres d’expérimentation aux agriculteurs-aspirants le temps de plusieurs récoltes. Découverte au Germoir d’Ambricourt, la première couveuse du réseau.

Amélie, agricultrice en herbe, se lance dans la culture des fraises.

Amélie, agricultrice en herbe, se lance dans la culture des fraises.

Amélie est arrivée à Ambricourt l’an dernier, là où Thomas pendant trois ans avait fait pousser ses salades, ses carottes et ses radis. Depuis, le jeune maraîcher est allé semer ailleurs, comme un grand, dans une commune voisine du Pas-de-Calais. Amélie a récupéré ses planches de culture pour y faire pousser des fraises cigaline, cijosée, mara des bois ou cléry. « C’est une culture plus féminine, plus accessible aussi », confie la trentenaire qui a plaqué son job d’éducatrice spécialisée pour se tourner vers la terre. Le lien entre les deux métiers ? Peut-être la même envie de faire pousser, le bonheur de voir grandir. Et surtout une bonne dose de patience et d’humilité. « Seule, ça aurait été trop dur. Au Germoir, on peut échanger, se concerter et trouver des solutions. On partage nos joies et nos angoisses. »

Au Germoir, l'erreur fait partie du projet. Ici, on peut se tester et finalement renoncer.

Au Germoir, l’erreur fait partie du projet. Ici, on peut se tester et finalement renoncer.

Tous les mardis, Pierre-Henri Roussel, le coordinateur de l’espace test du Germoir à l’accent francomtois inimitable, convoque les quatre agriculteurs à l’essai pour une demi-heure d’échanges. « Je commence toujours par leur demander comment ils vont, c’est important le moral dans ce genre d’expérience. Ensuite, on parle de ce qui tourne ou ne tourne pas dans les champs et on conclut par les besoins spécifiques en matériel. »

Le reste de la semaine, Phil, maraîcher bio expérimenté accompagne les apprentis-maraîchers sur le terrain et les conseille au quotidien. « La première année, on laisse vraiment les agriculteurs se tester à leur rythme, explique Pierre-Henri. La suivante, on leur demande de passer à la vitesse supérieure pour que leur activité devienne rentable. » « Mon objectif n’est pas de devenir millionnaire mais de pouvoir vivre de cette reconversion décemment, confie Amélie maman de deux petites filles. Ce n’est pas une activité folklorique. Je suis consciente des enjeux économiques. »

Le troc, une des trucs du Germoir. On se prête du matériel, on échange de la main d'oeuvre.

Le troc, un des trucs du Germoir. On se prête du matériel, on échange de la main d’oeuvre.

Faciliter l’accès au foncier

Le Germoir fait partie des fermes dégotées par l’association Terre de liens. «  En région Nord-Pas de Calais, 80% des agriculteurs sont locataires de leurs terres, explique l’association. Dans ce contexte, il est très difficile d’avoir accès aux opportunités foncières locatives. Lorsque les terres sont en vente, l’association peut intervenir grâce à la Foncière Terre de liens. »

C’est ainsi qu’elle a acquis le Germoir à la fin des années 2000 composé d’un ancien corps de ferme de 600 m2, adossé à 4 hectares de terres bio. Aujourd’hui, chacun des maraîchers dispose environ d’un demi-hectare et d’un tunnel de 250 m2 pour 120 euros par mois, de quoi se tester sans prendre de risques. La prestation Germoir comprend aussi une cuisine collective, l’accès au café, à Internet et à des formations sur tout ce que requiert le métier de maraîcher bio. Enfin, les porteurs de projet bénéficient d’un contrat Cape (contrat d’appui au projet d’entreprise), comme leurs homologues qui fréquentent les couveuses d’activités classiques.

Chacun dispose d'un demi-hectare de terres pour se lancer.

Chacun dispose d’un demi-hectare de terres pour se lancer. Globalement le coût de fonctionnement des espaces test revient à 8000 euros par porteur de projet.

Jeunes pousses

Ailleurs en France, les espaces test agricoles connaissent également un beau développement. Au 1er mai 2014, 22 espaces sont en fonctionnement, 34 en projet. Le Champ des possibles en Ile-de-France, initié par le réseau des Amap, les Compagnons de la terre dans la Drôme, les Semeurs du possible en Bourgogne, les Prés d’Amont à Blois… : certains sont portés par des collectivités, d’autres structurés sous forme coopérative. « L’objectif numéro 1 des espaces test agricoles est de favoriser l’installation de ceux qui se lancent hors cadre familial, explique Jean-Baptiste Cavalier, animateur-coordinateur du réseau national  Reneta. Mais selon les projets il peut aussi s’agir de redynamiser un territoire, de garder une ceinture agricole, de fournir la restauration collective localement…»

Et ça marche ?  « Le test est une réussite si la décision, quelle qu’elle soit (installation ou non), est prise en connaissance de cause. Ce que l’on veut éviter, ce sont les installations ratées.» Globalement, les tests sont plutôt concluants :  2/3 des maraîchers à l’essai finissent par se lancer. « Je suis plutôt confiant sur l’avenir, les retours sont très positifs. Nous recevons de nombreuses demandes d’informations, de France comme de l’étrangerIl faut juste faire attention à ne pas dévoyer le concept.»

Terres et tunnels sont partagés. Une seule contrainte : produire sans produit chimique. Le Germoir ne promeut que l'agriculture biologique.

Terres et tunnels sont partagés. Une seule contrainte : produire sans produit chimique. Le Germoir ne promeut que l’agriculture biologique.

A Ambricourt depuis 2006, une douzaine de personnes sont passées par les terres partagées, 7 ou 8 se sont installées comme Thomas qui parade en cultirateau, un n’a malheureusement pas pu trouver de terres. D’autres ont préféré ne pas se lancer. C’est le cas de Christophe allergique aux graminées ou d’un professeur des écoles qui finalement s’est rendu compte qu’il préférait parler aux marmots qu’aux poireaux.

« Le droit à l’erreur fait partie du projet », concède Pierre-Henri. Amélie, elle, démarre son deuxième printemps et est à la fois inquiète et confiante. « Je n’ai aucune idée du rendement de mes fraises, je me pose encore des questions sur les meilleures façons de les acheminer aux consommateurs mais j’espère bien réussir. » En plus d’être aussi pétillante qu’une fraise des bois, la jeune femme possède un atout de taille, c’est une petite fille du pays. Une chance de se voir, à terme, transmettre des terres par les anciens du coin ?

http://youtu.be/pYdHHjlcQuY

Article écrit par Hélène Binet (La Ruche qui dit Oui) / Photographies La Ruche qui dit Oui.
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