portrait Hommage

Christophe Collini s’en est allé, ses petites graines sont toujours là

Christophe Collini, c’était un sourire franc sous un chapeau d’aventurier. Aussi à l’aise dans les travées du Carreau du temple que sous ses serres de Saint-Péver. La première fois que j’ai rencontré Christophe, c’était justement sous les voûtes de verre et d’acier du Carreau. Lors de la première édition de Sortons l’agriculture du salon. Tout de suite, ça a collé. Tutoiement et belles formules au bout des lèvres.

Christophe défendait les semences, ces mères nourricières, matrices indispensables à la vie sur terre, comme un poète ses vers. « Le goût est une nourriture, m’avait-il lancé, malicieux. Comme la musique est une nourriture, comme l’amour est une nourriture. »

On ne pouvait en rester-là. Alors, avec la petite équipe d’Alimentation générale, on a décidé de tirer le portrait de celui qui masquait sa délicatesse, toujours sous ce drôle de chapeau en cuir tanné. Direction les Côtes-d’Armor, au volant d’un vieux Ford qui ne faillit jamais nous amener jusqu’à sa tanière. Le radiateur criait misère. Nous rigolions de cette improbable excursion en terre costarmoricaine. Chemise à carreaux de bûcheron, Christophe nous accueilli, à la bonne franquette, un bon plat de pattes-parmesan posé sur une table de jardin, protégée des frimas du printemps breton par la robustesse du « L » inversé formé par sa belle maison et ses dépendances fermières.

Le capot soulevé, le ventre et l’esprit rassasiés, c’est avec entrain, comme un gamin, qu’il nous amena au première étage de sa bâtisse, dans une pièce inondée de soleil, dans laquelle se faisait oublier une armoire, bordé d’un vieux canapé, face à une tout aussi antique cheminée. Pour les raisons du tournage, par deux fois, Christophe a ouvert les vieilles portes en bois. Par deux fois, il s’en émerveilla. Comme s’il découvrait ce que l’antre y recelait.

Des cartons. Des merveilles. Près de trois mille variétés de semences, venues du monde entier. Un trésor dérisoire dans un univers où certains enfants imaginent encore les poissons carrés et les vaches violettes. Une immense richesse en résistance à toutes ces semences hybrides qui inondent quotidiennement les étals des supermarchés. « Une épuration génétique non pas au service du goût mais bien au service du marché », avait-il asséné lors du premier SAS.

Le sens de la formule, toujours. Le goût du risque, aussi. Jusqu’à descendre dans l’arène, en septembre dernier, pour prendre la défense du géant Carrefour et de sa campagne en faveur des semences paysannes. Voilà ce que Christophe m’avait répondu quand je le titillais sur cette opération qui sentait le greenwashing à plein nez : « Oui, avec ce buzz, Carrefour en profite pour se faire un bon coup de pub sur le dos du bio. Oui, avec la signature de ce partenariat, cela va peut-être nous permettre d’avancer concrètement sur la question de la sauvegarde et de la commercialisation de nos semences. » Un pied dans le Réseau semences paysannes, un pied dans la grande distribution, Christophe avait, en fait, les deux pieds sur terre. Cette terre qu’il aimait tant, à en garder des traces ancrées à jamais au creux de ses mains. Cette terre et ses habitants qu’il défendait, cœur et âme, en répétant : « Il faut savoir désobéir pour défendre d’autres goûts. « 

Celui qui avait le goût de la vie et d’autres, s’en est allé. Trop tôt, à regret. Nous laissant dans une immense tristesse. Mais, avec l’espoir de savoir que ses petites graines sont déjà reprises par ses héritiers. Brandissant, comme un étendard, cette phrase qu’il aimait tant à partager : « Dans certains cas, il faut savoir être hors-la-loi. » Pour cela et pour tout le reste, je te dis merci Christophe.

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