chronique Carnet de route

Quand passent les cigognes

09.09.14

Rien de dramatique ni de soviétique là-dedans, rassurez-vous ! Dans le car qui nous amenait à Munster, destination aussi aléatoire qu’hasardeuse, Siméa a vu sa première cigogne qui ressemblait beaucoup à une galinette cendrée… On est entré dans l’Alsace montagneuse sous un beau soleil.

 Munster nous a tout de suite plu. C’était de belles maisons alsaciennes qui s’étendaient dans la grande vallée entre les montagnes dans une atmosphère tranquille. On avait tout le temps devant nous. On devait rejoindre Stosswhir vers 21h où les gens qui nous accueillaient tenaient un resto. On a demandé la direction à un jeune homme devant un bar. « Pas très loin » nous dit-il. On a donc décidé de prendre un verre sur la terrasse avec lui. Il avait un fort accent alsacien et nous, un fort accent de parigots. A notre fameuse question sur « ce qu’il y avait à voir dans le coin », il nous a répondu qu’on ne devrait pas louper le menu marcaire, spécialité alsacienne des montagnes. Un menu qui semblait copieux à l’énoncé, mais dont on n’a pas réussi à comprendre ce qu’il était exactement. Il se trouve dans les fermes auberges dont la région raffole. La meilleure, selon lui, était celle du lac du Forlet, ou lac des truites. Il faut passer par le col du Tanet, puis rejoindre le lac vert pour arriver au lac du Forlet. On n’y accède qu’à pied ou avec un bon 4X4. Très bien ! On a rejoint nos hôtes, julien et Sabrina, à la Flam’s Gourmande, leur restaurant. On y a dégusté les fameuses tartes flambées ou flammekueche, spécialités de la maison.

C’est avec enthousiasme le lendemain qu’on est parti dans le massif des Vosges, en direction du lac du Forlet. On avait tout ce qu’il fallait : la tente, les sacs de couchage, de l’eau… On a gravit la montagne, hardis marcheurs, passé la ferme aux rennes, admiré le lac vert, puis, sur une impulsion de Siméa, on s’est dirigé vers la crête. Il faisait beau et nous étions ravis.  A un « panorama », on s’est assis avec vue sur la vallée et myrtilles à portée de main. Le soleil inondait de ses rayons cette belle nature, l’air était bercé du son des cloches des vaches. Après avoir poussé sur la crête, le paysage s’est dévoilé entre différentes vallées verdoyantes. Un lac s’est dessiné en contre-bas. C’était le lac des truites, notre destination. Plus de rush à avoir, il était encore tôt, on avait tout notre temps. On en a pris plein les yeux. Le lac était enclavé dans un grand cirque qui tombait à pic juste dessus, de l’autre côté il s’ouvrait sur la vallée. Le sentier passait sur la crête du cirque. On a pris notre temps, on est descendu jusqu’au lac où pour nous remettre de cette marche, on a piqué une petite tête.

17 lac du forlet plongée
Le lac est en contre-bas enclavé dans un grand cirque.
17 Lac du forlet
Le lac est idéal pour une petite baignade.

On s’est dirigé vers la ferme auberge. Les vaches rentraient pour la traite et nous nous sommes  installés sur la terrasse afin de goûter ce fameux menu marcaire qui comprenait : en entrée, une soupe de légumes, puis une part de tourte à la viande, ensuite des pommes de terre aux oignons accompagnées de tranches de lard et enfin un dessert, traditionnellement un fromage blanc genre petit lait au kirsch ou une tarte aux myrtilles si on s’appelle Siméa. On a planté la tente au bord du lac, on a fait un feu. On s’est allongés pour regarder les étoiles en pensant qu’on pourrait sans doute les renommer. Le plan était de se réveiller pour voir le lever du soleil qui devrait être sans doute en face de nous, sur le lac. Lorsqu’on s’est couché, le ciel était parsemé d’étoiles et augurait d’une superbe journée le lendemain.

17 Soupe
En entrée, une soupe de légumes.
17 Fromage blanc au kirsch
Fromage blanc, petit lait au kirsch

Il a plu quasiment toute la nuit. Et pas de la pluie de feignant, de la grosse bien grasse et bien lourde. Ça tambourinait sur la toile de tente qu’on s’entendait plus penser là-dedans. Ça s’est terminé en orage cette histoire. On avait l’air fin sous notre tente mais elle n’a pas pris l’eau. On n’a pas vraiment dormi. Au réveil, difficile, on est allé chercher refuge dans la ferme auberge à peine ouverte. Ils se sont bien marrés, en nous voyant débarquer. On a pris un café. Dehors, il pleuvait encore, d’une petite pluie fine et dégueulasse. Les gens de la ferme s’affairaient en parlant alsacien. On a pris la route, ou plutôt le sentier. On suivait des triangles rouges qui balisaient notre chemin. Et le nom Soultzeren. On a mis deux bonnes heures pour descendre, à travers la forêt sous la pluie d’abord, puis au sec sur la route de Soultzeren à Stosswihr. A midi, on était à la Flam’s gourmande, un peu fatigués mais contents.

Julien nous a expliqué comment on fait la flammekueche. La tarte flambée vient traditionnellement du Bas-Rhin, c’est une recette paysanne. Il s’affairait devant son four, enfournant les tartes nous expliquant que son père et le petit frère de Julien avaient ouvert cette affaire il y a six ans maintenant : « Ils ont fait le tour des fermes auberges du coin pour trouver des recettes originales. Mais mon frère s’est rendu compte que ça ne lui plaisait pas du tout et il a arrêté. » Son père cherchait une solution lorsque Julien a décidé de reprendre le tout avec Sabrina sa compagne. A Munster, la situation n’est pas forcément facile et les commerces ferment un par un mais le cadre est agréable et pour élever des enfants c’est mieux que la ville. Ils ont décidé de faire de la tarte flambée leur dada. Pour diversifier la gamme, ils proposent aussi des pizzas. A la campagne, le dimanche ils avaient l’habitude de mélanger un peu de tous les restes qu’ils avaient pour faire à manger. Une pâte à pain fine, de la crème et du fromage blanc des vaches de l’étable, du lard. Julien sort les tartes flambées et les sert sur des planches de bois. La salle intérieure est chaleureuse, décorée d’une luge ou d’un coq en l’air, avec beaucoup de bois, on y trouve un dicton placardé sur un mur ; « On voit toujours quand j’ai bu, jamais quand j’ai soif. ». Le restaurant est en bord de route, une grande terrasse se trouve sur le côté. On y a vu pas mal de motards s’arrêter et Julien et Sabrina affirment avoir une clientèle locale très fidèle. On les a laissé, ils étaient bien occupés, on les a remercié de leur accueil chaleureux et on a repris la route vers l’infini et au-delà !

Ferme auberge du Lac du Forlet
30a chemin du Mageisberg
68140 Soultzeren
tél : 03 89 77 49 22

Flam’ Gourmandes
61 Route de la Schlucht, 68140 Stosswihr
tél : 03 89 30 47 32
fermeture le lundi et jeudi (uniquement le lundi en été)

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