chronique Carnet de route

La ferme du Mazeau : permaculture en action

17.10.14

Après une première approche de la permaculture avec Julien à Bordeaux, on voulait en savoir un peu plus. Nous avons donc décidé de découvrir la ferme du Mazeau, une ferme biologique en Corrèze qui expérimente la permaculture sur une partie de ses terres. Ici, sur les 10 hectares de terre, dans le jardin, la serre et sur les buttes, les fruits et les légumes poussent un peu partout, au gré de leur envie.

Un état des lieux pas très glorieux
On a tenté de rejoindre Lavialle à pied mais Axel Lorioux est arrivé en C15. Une porte s’est ouverte, il a demandé « Arthur ? » et il nous a emmené chez lui à la ferme du Mazeau. Il nous a fait un état des lieux du monde pas vraiment glorieux. « L’industrie agro-alimentaire laisse des produits chimiques dans tout ce qu’on consomme. Que ce soit les produits que l’on met dans les champs ou bien tout ce qui touche à la pétrochimie. En gros, ça touche tout ce qui est fabriqué en plus de la matière première. »

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Pousses de betteraves

Il s’est emparé d’un pot de crème fraiche et nous l’a montré : « Déjà, il y a l’emballage, et puis ferment lactique inscrit dessus. Un ferment lactique c’est un produit chimique. Ce n’est génial ni pour la santé, ni la planète. Mais en plus, dans l’agro-alimentaire, on produit plus que ce qu’on consomme. En France, environ 6,5 millions de tonnes de produits alimentaires par an sont jetés par les foyers. En Espagne, dans les usines à tomates par exemple, on jette pas mal aussi. Certains pays comme le Mexique n’en peuvent plus du maïs OGM. 80% des OGM sont gérés et générés par Monsanto, soi-disant pour nourrir les populations pauvres… Les géants de l’agro-alimentaire se battent entre eux pour qu’on consomme. C’est un énorme marché. »

Agriculture alternative
D’après Axel, il existe des agricultures alternatives. L’agroforesterie (planter des légumes au pied des arbres), la Biodynamie (prendre en compte les énergies), la permaculture (mise en pratique de connaissances et de techniques suivant des éthiques, une philosophie, indissociables l’une de l’autre) ou la sylviculture (l’exploitation du bois des forêts). Comme lui avait de l’eau et des terrains de moyenne montagne, il s’était lancé dans la permaculture avec l’idée de réintroduire de la biodiversité dans les bois et les champs. « On ne tue pas les milieux comme dans l’agriculture conventionnelle mais on les enrichit. Dans un bon tas de fumier, tu as au minimum quatre millions d’insectes » déclare Axel.

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Les buttes

Il nous explique ensuite qu’il faut laisser les plantes en autonomie avec les animaux. Il faut juste respecter les cycles naturels. Ils n’en étaient pas encore là, mais à long terme, ils visent l’autonomie alimentaire ; un circuit fermé où tout a une utilité et une ou plusieurs fonctions. « Si on peut produire pour les autres aussi, pourquoi pas ? » ajoute-t-il. La solution selon lui serait de revenir à des actions plus locales en développant les marchés mais aussi des structures de type hypermarchés approvisionnés par quatre ou cinq fermes. C’est ce qu’ils tentent de mettre en place à la ferme du Mazeau.

Le jardin
Le lendemain, il pleuvait. Lors d’une éclaircie, Axel nous a invité à le suivre pour nourrir les poules. Le jardin était bien fourni. Il y avait un peu de tout, et des plantes poussaient partout. C’est le principe de la permaculture de laisser pousser comme ça vient. Il avait installé un poulailler dans le fond et donnait aux poules les déchets des légumes qu’ils ne mangeaient pas à la ferme : bout de courgettes, épluchures et des graines. Elles donnaient des œufs et créaient du fumier. « Le fumier animal on en a besoin pour enrichir le sol, au moins le maintenir. Une ferme autonome ne peut pas se passer d’animaux. » nous explique-t-il. Dans le poulailler, étrangement, poussait un kiwi. « En été normalement il peut faire dans les 40-42 degré et ici y a de l’eau partout, du coup, le kiwi ça pousse ! » dit-il en s’amusant. Ça faisait dix ans que celui-ci avait été planté par sa mère.

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Potiron du jardin

Citadins, ses parents faisaient partie de cette génération qui a découvert les idées de 68 alors qu’ils avaient 18 ans. Ils sont donc venus s’installer à Lavialle, à la campagne, pour vivre simplement, malgré les propriétaires qui avaient des idées reçues et ne voulaient pas louer à des « hippies ». Dans sa famille, son père a des origines paysannes mais c’était un musicien. Depuis des années, ses parents sont impliqués dans le milieu alternatif et politique, lui a donc baigné dedans étant petit. Pour sa mère, il dit que le statut de femme agricultrice n’est pas évident.

La ferme, un projet social
Axel a eu l’idée de la ferme, il y a deux ans. Il en avait ras le bol de bosser pour d’autres alors qu’il avait les capacités de développer un lieu en autonomie. Flo est arrivé en février de cette année, et Axel s’est dit que plutôt que de faire un lieu pour une seule personne, pourquoi ne pas le faire pour plusieurs. Il possède dix hectares. Il ne se voyait pas vivre tout seul dans cette grande maison qui pouvait servir à d’autres personnes. Dans le futur, il aimerait que sa ferme devienne un projet social. Depuis 25 ans, tout le monde s’en va dans le coin, explique-t-il, les jeunes vont chercher du boulot à la ville. Il faut donner du travail aux jeunes, redynamiser le secteur par le biais d’actions sociales. La Corrèze est l’un des départements les plus aidés, mais selon Axel, on ne s’occupe pas de tout le monde.

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La butte des haricots avec soucis, blé, bleuet et lin

La ferme est un lieu ouvert où il accueille tout le monde, pour s’installer ou nomade, peu importe. Il propose un tremplin à ceux qui veulent découvrir l’agriculture et un lieu d’éducation, de vie. La ferme collective c’est, face aux multiples tâches que demande une ferme, mettre en commun ses compétences pour que chacun puisse vivre sa vie, tout en atteignant le but qu’il s’est fixé. Dans la région, d’autres choses se font également comme les zones natura 2000, zones protégées ayant une activité agricole.

Une vie en famille
La ferme du Mazeau est une belle bâtisse, occupée par les parents d’Axel. Ils sont encore très présents pour lui qui leur en est très reconnaissant. Grâce à eux, il peut avoir une vie à côté de son travail ! Devant la maison s’étale un jardin luxuriant développé en permaculture où les courgettes poussent dans des dînettes pour enfant. Axel nous a montré la cave de la ferme où il conserve ses légumes. « Dans la pièce la plus froide, il fait entre 5 et 6 degrés et 15-16 maximum lors des grosses chaleurs. Pour conserver des courges, c’est entre 10 et 15 degrés, des patates environ 10 degrés et les courgettes entre 6 et 10. » Il fait ses récoltes, les transporte là et ensuite il passe à la vente directe. « Pour les salades de supermarché par exemple elles ont en moyenne deux transports et trois manipulations. Ici, on simplifie, on passe à un circuit plus court et direct. »

26-Cueillette de courges
Cueillette de courges

A l’intérieur, sa mère avait le nez dans des dossiers. Elle se battait avec la MSA et sa paperasse. On a récupéré des livres : L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices, alimentaires et médicinales, Gérard Ducerf, édition homo-nature, en deux volumes. On est allé voir les terrains dont Axel était propriétaire. Je suis retourné dans le coffre de la C15, balloté par les virages, les montées, les descentes, avec Flo et le chien comme compagnons. Il fallait accéder aux terrains par une petite route, puis un chemin que la voiture empruntait avec des cahots qui se sentaient bien à l’arrière et ensuite on arrivait dans le champ, on traversait à moitié en voiture et on l’arrêtait bien avant les plantations. On est descendus du coffre, le temps était affreux.

La serre
Dans la plantation, on trouvait un peu de tout. Une grande serre avait été installée sur un bord. A côté et en face se trouvaient d’autres plantations : courgettes, céréales, blé, salades, chou, haricots, potirons, on savait plus trop où donner de la tête. Dans la serre, il y avait des tomates, melons, aubergines, poivrons… Ici, ils mettaient en pratique leurs idées : revenir à une agriculture BIO raisonnable. Les mélanges floraux maintenaient la diversité et la serre, la chaleur. Tout n’était pas encore en permaculture qui demande du temps. Il avait donc commencé de façon un peu conventionnelle. D’après Axel, quatre hectares suffisaient à un maraîcher pour s’installer. Il nous a montré le coin, un peu en contrebas, où ils avaient réussi le plus à développer la permaculture.

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Flo dans la serre

Nous avons traversé les légumes, sommes descendu un peu et on est tombé sur un terrain de 900m². Il y avait tout ce qu’il fallait en légumes pour une famille pour une année. Les légumes courraient sur des buttes qui formaient une sorte de labyrinthe. Les buttes sont apparemment importantes dans la permaculture, car elles permettent de suivre la course du soleil et créent des micro-climats. Ils disposaient de la paille sur certains légumes, pour maintenir l’humidité, éloigner les mauvaises herbes et protéger le sol. Sur cette partie là, ils ne se servaient quasiment plus d’outils. Les insectes se chargeaient du boulot et apportaient la vivacité du sol. Il ne restait plus qu’à planter. « Dans le futur, l’idée est que les plantes déjà présentes grainent et se reproduisent d’elles même. Cela nécessitera de la surveillance mais assez peu. Pour certains légumes, il faudra repiquer sans doute. Pour les semences, nous avons eu recours à des semenciers mais maintenant, on peut s’en sortir sans.» nous dit-il. Flo et lui ont ramassé quelques légumes, pour manger. Il commençait à faire faim avec tout ça.

La ferme du Mazeau
Le Mazeau
19390 Chaumeil

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