chronique Exposition

Capital agricole, l’exposition qui cultive la ville

L’exposition Capital agricole – Chantiers pour une ville cultivée retrace l’histoire agricole de la capitale, et scrute les efforts à faire pour voir renaître une agriculture urbaine adaptée au monde d’aujourd’hui. À voir absolument.

Dessin de Yann Kebbi

Il est des expositions qui sont des sommes, des catalogues raisonnés, même s’il ne s’agit pas ici de la  monographie d’un artiste mais de l’obsession d’un Commissaire à vouloir comprendre comment chaque mettre carré de l’Ile-de-France s’est recomposé sans cesse de 1870 à nos jours. L’obsédé s’appelle Augustin Rosenstiehl, architecte d’un troisième type, qui tente de répondre à des questions aussi fondatrices que « Qu’est-ce que cette Nature à laquelle il serait soudainement si crucial de faire place parmi nos constructions pour enrayer la chute massive du vivant?« .

Disons le tout de suite, n’allez pas voir cette exposition en dilettante et mode loisir. Le catalogue aligne ses 480 pages et Augustin Rosenstiehl et son équipe de l’agence d’architecture SOA sont des perfectionnistes qui se sont attachés à ne laisser de côté aucun détails. Et quand les données permettant de (re)constituer des cartes, comme par exemple celles de l’évolution de l’emprise de la nature, qui n’existaient pas ou plus, et bien, ils se sont transformés en fourmis du mettre carré manquant. Deux ans de travail pour un résultat qui aurait pu être parfaitement indigeste pour des non-spécialistes si ce n’était une scénographie et un accrochage développant une pédagogie de l’histoire de la terre francilienne devenant parfaitement limpide avec moult conclusions assez déstabilisantes et contre intuitives.

Bousculés par la crise environnementale et préoccupés par leur alimentation et leur santé, les habitants de la métropole parisienne considèrent à nouveau l’agriculture. Mais la vision idéale, voire nostalgique, qu’ils en ont gardée est difficile à projeter face à l’organisation et les pratiques de la ville contemporaine.

Dans la toute première partie de l’exposition, une série de cartes postales montre la mise en valeur et la fierté des protagonistes de cette large ceinture nourricière qui entourait autrefois la capitale avec ses métiers, ses bâtiments, ses outils, ses usages. On trouvait là fruits, légumes, champignons, vaches, chèvres, moutons…  Mais l’urbanisme engagé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, hiérarchisant les rapports entre l’Urbain, la Nature et l’Agriculture, a conduit à l’impasse environnementale actuelle. Il a aussi anéanti l’exceptionnel patrimoine agricole francilien de la fin du XIXème mené par des cultivateurs « spécialistes » inventant d’autres cultures pour nourrir Paris, tout en préservant la faune et la flore. C’est sur cette agriculture urbaine oubliée et réhabilitée dans l’exposition, que se fondent aujourd’hui les architectes, urbanistes, agriculteurs, écologues, ingénieurs, entrepreneurs, historiens, géographes, sociologues…, réunis autour de SOA et d’Augustin Rosenstiehl pour envisager de nouveaux modèles hybrides.

 

© Sylvain Gouraud
© Sylvain Gouraud

Demain, l’urbanisme agricole

Car, et c’est la grande force de cette exposition, une fois les constats mis sur la table et l’histoire bien apprise, nous reste-t-il encore des possibles et des lendemains où l’on peut, comme le dit Augustin Rosenstiehl « dépasser les fondements de l’urbanisme moderne« ? La dernière salle de l’exposition est ainsi entièrement tournée vers des possibles. On y découvre que certains pionniers investissent déjà les toits des quartiers ou les sous-sols des immeubles, traversent le territoire en transhumance ou animent des fermes périurbaines, alors que d’autres envisagent pour demain de cultiver les zones d’activités, d’investir le potentiel agronomique des grands ensembles, de fourrager les parcs et même les abords d’autoroutes.

Au cœur de cette reconquête agricole la ferme se réinvente comme le point d’ancrage et d’échange entre le paysan et le citadin. L’ensemble des actions propose une vision collective cohérente et invente une forme urbaine qui interpelle simultanément les terres et les lieux, les métiers et les outils, l’humain et le vivant.

Dans un cheminement à la fois chronologique et thématique, l’exposition «Capital agricole» ne sombre jamais dans un discours nostalgique ou fataliste face à la crise écologique.  Elle guide le visiteur à la découverte de l’histoire mais surtout d’un futur agricole francilien. Aux cartes postales, photographies d’époques et archives vidéos des architectes qui ont pensé les grandes utopies d’aménagement répondent une cartographie inédite de la métropole, mais aussi les magnifiques dessins originaux de Yann Kebbi sur l’évolution des outils et habitats du monde paysan, et les portraits – à voir et à écouter – de l’artiste Sylvain Gouraud de sept pionniers de l’agriculture métropolitaines et de 26 chantiers pour une ville cultivée, qui proposent un panorama des réponses possibles.

Changer la règle

Prospective et engagée, la manifestation Capital agricole révèle les liens premiers entre ville, nature et agriculture car au delà de leurs oppositions se trouvent visiblement les clés d’un nouvel Urbanisme Agricole car comme le souligne Augustin Rosenstiehl « Le capital régional commun de demain sera largement agricole. » et de nouvelles règles sont à inventer …


A faire : Marché Bio Métropolitain
Samedi 10 novembre 2018 I entrée libre
Vente et dégustation de 11h à 17h
Visites guidées gratuites de l’exposition « Capital agricole » à 15h et 17h
Ateliers pédagogiques (7-14 ans) à 14h30 et 16h30

Jusqu’au 27 janvier 2019 au Pavillon de l’Arsenal
Centre d’urbanisme et d’architecture de Paris et de la métropole parisienne
21, boulevard Morland – 75004 Paris
Entrée libre du mardi au samedi de 11h à 19h

Catalogue aux Éditions du Pavillon de l’Arsenal 43€
L’exposition est accompagnée d’un passionnant catalogue aussi complet que volumineux, à consulter sans modération!

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