chronique Culture Food

Bouche à bouche avec l’École nationale supérieure des Arts décoratifs

10.12.18

L’invitation était sobre et laconique : « Les étudiants de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs vous invitent à une expérience gustative et collaborative. Dans une scénographie insolite, éveillant la vue, le toucher, le goût et les arômes, ils vous proposeront les 3 et 4 décembre 2018 de partager leurs créations, dans le restaurant Oratoire des Grands Voisins à l’occasion d’un dîner Bouche à bouche ». Tout un programme …

Sur place, le bouche à bouche annoncé, s’avère plutôt être un face à face avec un inconnu … Un préambule qui pose le cadre : les codes du repas seront un peu chahutés par les dix-sept élèves participants à ce module « création et recherche en design culinaire », ce qui semble plutôt dans la logique du projet.

Certains viennent de la section design d’objet, d’autres sont en section scénographie, ou encore design textile, photo ou de l’une des 10 autres sections des Arts déco ; mais aucun ne cuisine vraiment. Pourtant c’est autour de la cuisine qu’ils vont se retrouver « la cuisine est un espace où toutes ces disciplines peuvent converger. C’est ludique, et cela rassemble. » explique Timothée Collignon, professeur de design graphique à l’Ensad et chef d’orchestre de ce repas performatif auquel participait aussi Brice Leboucq (professeur de scénographie) ainsi que la cheffe Virginie Galan, la designer culinaire Céline Pelcé et l’éditrice Catherine Flohic.

Sur la table, des verres – sans pieds- sont alignés et numérotés de 1 à 5 sur la table afin que l’on puisse faire soi-même son accord mets et vins. En fond, une contrebasse joue, doucement, et souligne l’arrivée des plats. Elle ne se calme qu’une fois les plats dégustés, pour laisser la parole aux étudiants qui expliquent, plutôt déclament, la composition de leurs plats. Dans l’assiette, les étudiants se jouent des couleurs, des formes et s’attachent à la poésie des mots. « Je me rappelle le goût du soleil » est un dégradé de glaces d’agrumes colorées accompagné d’un ceviche de cabillaud. « Marée noire » est un assaisonnement de whisky tourbé et encre de seiche qui ruisselle sur un carpaccio de bœuf et de champignons. Chaque étudiant raconte son histoire, semble plongé dans les souvenirs que le goût évoque. Et puisqu’il faut casser quelques codes du repas, c’est au bar que nous irons déguster le dessert, une installation de meringues sur dégradés de poudre d’épices …

Il y avait dans ce repas du pétillement, du goût, de l’amusement à jouer avec les ingrédients, à décliner les couleurs, des tentatives pour pousser les curseurs de la commensalité … Bref, de quoi forger un souvenir, produire de la mémoire et s’interroger sur le lien entre fond et forme, entre contenant et contenu. Bref, jouer de tout ce que la cuisine peut offrir en la matière. Une grande réussite.

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