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Une affaire qui fait mouche

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Les insectes dans nos assiettes, on en parle (beaucoup), on en mange (peu pour le moment) et à dire vrai, on n’y comprend pas grand chose. Derrière l’effet de mode que faut-il comprendre ? Près de Poitiers, la société NextAlim mise sur l’élevage d’insectes pour répondre à deux enjeux majeurs : nourrir 9 milliards d’êtres humains et valoriser nos déchets. Rencontre avec Jean-François Kleinfinger, à l’origine du projet.

A quelques kilomètres de Poitiers, une entreprise grouille d’insectes et d’idées pour les valoriser. 

Des arcanes de l’intelligence artificielle à ceux de l’élevage d’insectes… Quelle mouche a donc piqué Jean-François Kleinfinger ? Nous sommes en 2009. Cet ingénieur et docteur en robotique, alors dirigeant dans une société de marketing digital à Paris se pose LA question existentielle : « Et maintenant, que vais-je pouvoir développer comme projet ? » Un soir, alors qu’il regarde la télé, lui vient l’idée.

En 2014, Jean-François Kleinfinger décide donc de sauter le pas et de créer la start-up NextAlim avec son associé, Raphaël Smia. Sachant qu’il existe 1 million d’insectes sur terre, lequel allaient-ils privilégier pour le développement de leur affaire ? Petit cours d’entomologie.

La mouche soldat-noir, meilleure amie de l’homme ? Pour cela, la start-up développe une biotechnologie pour éliminer les déchets organiques et extraire de l’insecte des ressources précieuses qui en feraient une mouche aux oeufs d’or. Mais concrètement, comment ça marche et quelles sont les applications envisageables ?

NextAlim croit beaucoup au potentiel des insectes à destination de l’alimentation animale. Mais pas dans l’immédiat parce que la législation européenne interdit l’utilisation de produits carnés pour l’alimentation des animaux d’élevages terrestres. Et même si elle autorise l’usage de farines animales pour les poissons, elle ne permet pour l’instant pas de se servir d’insectes car ceux-ci ne sont ni vertébrés, ni tués dans un abattoir. Pour l’heure, la consommation de protéines issues des insectes n’est donc autorisée que pour les animaux domestiques (chien, chat…), et tolérée pour l’homme.

La jeune société emploie toute son énergie à lever ces freins car selon elle, les insectes en général et les mouches en particulier peuvent être un maillon essentiel dans le développement d’une nouvelle économie : plus circulaire, plus locale, permettant de lutter contre le gaspillage et de produire des matières premières locales. Ainsi que de l’emploi. Dans 5 ans, Jean-François Kleinfinger s’imagine « avec 5 à 10 unités de production réparties sur le territoire à proximité de métropoles pour gérer du biodéchet local et produire entre 50 et 100 tonnes d’insectes par jour ». A l’écouter, dans 5 ans, les entomoculteurs feront partie du paysage. Sa bonne idée aura fait mouche.