Tendances

Prospective : les grandes tendances du système alimentaire

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De la production à la consommation en passant par la transformation et la distribution, la récente étude “Vigie alimentation” portée par Céline Laisney et l’organisme de prospective Futuribles international donne un tableau de bord des grandes tendances du système alimentaire.

Alors quelles tendances? Rien de linéaire, ni d’absolument gravé dans le marbre. L’étude distingue en effet des tendances lourdes et dominantes, structurant le système depuis plusieurs décennies. Elle montre aussi que ces traits dominants sont souvent, depuis plusieurs dizaines d’années, soumis aux interférences de tendances plus récentes, émergentes, qui peuvent en être des « variantes », comme l’agriculture urbaine pour la production agricole, ou l’e-commerce alimentaire pour la grande distribution. Les tendances émergentes peuvent aussi être en opposition aux tendances lourdes : ainsi des circuits courts ou des « nouveaux acteurs » qui pourraient, s’ils se développaient, remettre en cause le système actuel de la distribution. Enfin, de vraies ruptures sont possibles et doivent donc être envisagées : mise au point de nouvelles sources de protéines, impression 3D, alimentation sur-mesure…

ruptures possibles

Agriculture urbaine
La production agricole doit répondre à une demande mondiale en hausse continue, mais elle est confrontée à des contraintes croissantes, et aux impacts du changement climatique (voir ici notre film Agriculture et changement climatique). Le changement climatique provoquerait en effet -2% (en moyenne) de redements agricoles par décennie à l’horizon 2030. On assiste aussi à la réapparition de l’agriculture urbaine dans les pays du Nord (elle était toujours restée importante dans les pays du Sud), à des fins commerciales et plus seulement récréatives. En effet, 15% des denrées alimentaires mondiales seraient en effet issues de l’agriculture urbaine. Différentes initiatives sont à présent devenues le symbole de ce renouveau : les fermes commerciales high tech comme les fermes Lufa à Montréal, l’expérience Eco-friendly Farming (ECF) à Berlin basée sur l’aquaponie ou encore les fermes verticales Sky Greens à Singapour. Des initiatives dans ce sens se développent également en France, à l’instar des expériences de jardins sur les toits, comme celui d’AgroParisTech ou ceux de Sous les fraises, ou encore le projet de ferme urbaine lyonnaise.On voit par ailleurs l’apparition de nouvelles sources de protéines (végétales, à base d’algues ou d’insectes), des innovations agronomiques, comme l’aquaculture et l’aquaponie.

Personnalisation
Au niveau agroalimentaire, la suprématie des grands groupes se renforce. Nestlé vend près d’1 milliard de produits chaque jour dans le monde, même si l’on voit émerger des challengers dans les pays émergents, et si les marques de distributeurs montent en puissance. Mais se profile également la concurrence de startups qui ont la capacité de « disrupter » les business models, à l’image d’Uber pour les taxis ou d’Airbnb pour l’hôtellerie. Du côté des ruptures, on voit l’arrivée de l’impression 3D, ou l’essor du fait-maison digitalement assisté, de même que la cuisine « note à note ».

Produits locaux et E-commerce
Dans la distribution, la concentration est à l’œuvre en Europe, dans un contexte de guerre des prix, la part de marché des 5 premiers distributeurs dépassant 60% dans 13 pays européens. Parallèlement, les nouveaux acteurs du commerce électronique (Amazon, Vente.privée.com, Instacart, etc.) chamboulent le modèle dominant. Les circuits courts (AMAP, La Ruche qui dit Oui ou drive fermiers) bien qu’encore très minoritaires (seulement 7% des français ont déjà adhéré à une AMAP), s’organisent et se structurent, avec l’appui des pouvoirs publics. Les produits locaux tendent également à se développer dans la grande distribution. Et de nouveaux acteurs s’intéressent aux circuits courts, comme les groupes coopératifs (avec Frais d’ici d’In Vivo ou Les Halles de l’Aveyron du groupe Unicor) ou encore le e-commerce à l’image de mon-marche.fr qui permet de se procurer des produits en provenance de Rungis. La question de la fin des hypers et supermarchés peut donc désormais être posée.

Consommation de produits biologiques et locavores
La consommation alimentaire est tout d’abord marquée, au niveau mondial, par la croissance de la demande, liée à la croissance démographique et aux changements de régimes alimentaires dans les pays émergents. Une demande à laquelle l’offre (la production agricole) devra s’efforcer de répondre, malgré des contraintes croissantes, notamment du fait du changement climatique. Dans les pays développés, on observe la montée de la consommation de produits biologiques (le marché du bio a été ainsi multiplié par 4 en Europe en 10 ans). Dans certains segments du marché, la part du bio est d’ailleurs loin d’être négligeable : les œufs bio représentent 20 % du marché des œufs en France, et le lait bio 30% du lait au Danemark. On observe par ailleurs la recherche de produits « locaux » qui va dans le sens des circuits courts, de même que l’émergence de « démarches intermédiaires » entre agriculture conventionnelle et bio qui prônent des pratiques agricoles plus écologiques, comme l’agriculture écologiquement intensive de la coopérative Terrena (voir notre dossier spécial Terrena). Enfin, du côté des pratiques alimentaires, l’essor du végétarisme et surtout du « flexitarisme » pourrait, s’il se confirme, remettre en cause les projections concernant la demande future.

Alors s’il fallait résumer en 10 points:
1. Croissance de la demande alimentaire mondiale
2. Évolution des régimes alimentaires
3. La production agricole confrontée à des contraintes croissantes
4. Impact du changement climatique sur l’agriculture et la pêche
5. Le retour de l’agriculture urbaine dans les pays développés
6. Industries agroalimentaires : la suprématie des grands groupes et des marques mondiales
7. Concentration de la distribution en Europe
8. Vers un décollage de l’e-commerce alimentaire
9. Implantation de la consommation biologique
10. Produits locaux et circuits courts : la consommation locavore.