Portrait

Kamukera

Quand une ancienne Clodette investit les fourneaux

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Cela fait 26 ans que Ketty Sina a élu domicile dans le 13e et 17 ans qu’elle préside aux destinées du Kamukera, un restaurant afro-antillais alliant strass, paillettes et couleurs chaudes de l’Afrique.

Avant que le quartier du Chevaleret ne pousse dans le sillage de la BnF, « ici, c’était un trou » dit affectueusement Ketty Sina. « Un endroit triste » où l’ancienne Clodette décide pourtant d’ouvrir un restaurant. En 1998, face au 113 de la rue Chevaleret, l’endroit n’avait pour horizon qu’un mur. « Un jour, en toute illégalité, j’ai décidé de le faire taguer, en sourit encore aujourd’hui Ketty Sina tout en montrant une photo immortalisant le moment. J’en ai confié la tâche à des amis graffeurs. » De leurs bombes prend corps un énorme « Cloclo passion » qui égaye la clientèle du Kamukera et rappelle aux passants que 20 ans plutôt décédait accidentellement Claude François. Une passion française jamais vraiment éteinte qui attire de plus en plus de fans chez Ketty Sina. Alors celle, qui pendant deux ans a partagé la scène et la gloire du chanteur survolté, décide de ressortir les tenues affriolantes. « Le Kamukera, qui rassemblait mon origine camerounaise et ma passion antillaise, est alors devenu un endroit culte même si ce n’était pas l’objectif de départ », affirme l’ancienne danseuse.

Derrière une apparente tranquillité, la vie de cette mère de quatre enfants raconte une époque. Celle de ces femmes africaines promises à un homme qu’elles n’ont pas choisi et réduites à ces tâches du quotidien qui résument leur existence au service de l’autre et à l’oubli de soi. « J’aurais pu rester prisonnière de mon sort, détaille Ketty Sina dans un livre témoignage1, piégé dans un mariage arrangé avec un Camerounais promis à un bel avenir et Baniliké, tout comme moi. » Au lieu de cela, la jeune femme repousse la tradition et « va tenter sa chance à Paris », au creux de ces années 70 où « être jeune, grande, belle et noire a été un sésame pour une toute autre expérience ».

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« Un monde qui m’a tout donné avant de tout me reprendre »
En 1976, Ketty Sina rejoint donc la folle aventure des Clodettes et du tourbillon de la Cloclomania qui enivre encore la France à chaque anniversaire de la mort de Claude François. « Un monde qui m’a tout donné avant de tout me reprendre », relativise aujourd’hui celle qui s’est pourtant retrouvée à l’époque fille-mère, sans le sou, obligée de quitter les beaux quartiers du 16e pour se retrouver aux abords de la rue du Chevaleret. Pour cette optimiste de nature, ce bout de Paris résonne comme un nouveau départ. « J’ai eu le privilège de me sentir tout de suite bien dans ce quartier, confie la restauratrice, d’avoir pu y élever mes filles et de m’y être fait rapidement des amis. C’est d’ailleurs aussi ce que je raconte dans mon livre, l’importance de la part sociale en France sans laquelle jamais je n’aurai pu rebondir comme je l’ai fait. »

Et comme hier, le quartier Chevaleret ne cesse d’évoluer. Et comme il y a 17 ans, Ketty Sina va profiter du mouvement pour lancer un nouveau restaurant, juste de l’autre côté de la rue. « Après en avoir étudié la faisabilité, j’ai décidé d’acheter le local en face du Kamukera pour proposer un autre lieu afro-antillais équipé d’une grande scène dédiée au show-case. » Une nouvelle résurrection pour cette Clodette décidément habituée au success story.

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Je n’ai pas toujours dansé… une ancienne Clodette raconte, éditions YG Publishing.
Livre témoignage rédigé en collaboration avec les journalistes René-Jacques Ligne et Dominique Tchimbakala
17 €.

Restaurant Le Kamukera
113 rue Chevaleret
Informations/réservation 01 53 61 25 05
www.kamukera.com

NB : Texte publié pour la 1re fois dans les colonnes du mensuel indépendant parisien Le 13 du Mois (n°35 – décembre 2013)