Modes alimentaires

La saucisse au curry, l’autre spécialité de Volkswagen

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Connu dans le monde entier pour sa Coccinelle, sa Golf et dernièrement ses moteurs truqués, le constructeur automobile Volkswagen l’est beaucoup moins pour un produit qui fait pourtant sa réputation dans un registre très différent: la saucisse au curry.

Charlotte blanche sur la tête, Francesco Lo Presti débite de la viande de porc destinée à être hachée menue, versée dans des boyaux artificiels puis fumée et échaudée. A quelques encablures seulement des chaînes d’assemblage de voitures, ce maître-charcutier règne depuis plus de 15 ans sur la fabrication de la « currywurst » de Volkswagen, au siège du constructeur situé à Wolfsburg, dans le nord de l’Allemagne.

Élaborée en 1973, la saucisse au curry de Volkswagen est incontournable, bien au-delà du périmètre de l’usine historique, de la ville de Wolfsburg (nord) et même de l’État régional de Basse-Saxe. Face à l’engouement des salariés, le constructeur la propose à la cantine de la plupart de ses usines dans le monde, des États-Unis à l’Inde en passant par la Chine, pays où elle est produite sous licence par un fournisseur.

Grands amateurs de cette saucisse grillée découpée en morceaux et servie noyée sous une sauce tomate au curry – dont il existe une multitude de variations locales -, les Allemands peuvent même trouver cette spécialité de Volkswagen dans les rayons de certains supermarchés Edeka, ou se la voir offrir par leur concessionnaire lors de l’achat d’un véhicule. Le groupe Volkswagen en fait la promotion en la servant lors d’évènements marketing ou de sa conférence de presse annuelle.

Indétrônable

M. Lo Presti ne tarit pas d’éloges sur son produit : « De la viande bien sélectionnée, et un mélange d’épices qui est bien sûr secret, tels sont les ingrédients essentiels. On ajoute du ketchup… C’est indétrônable« . Au point qu’il ne peut imaginer Volkswagen sans. « Sans leur currywurst à 9H00 du matin, les salariés se mettraient immédiatement en grève« , lâche-t-il, en ne plaisantant qu’à moitié. Ce plat économique et rassasiant « fait partie intégrante de la culture d’entreprise chez Volkswagen« , confirme Tina Berthold, commissaire d’une exposition consacrée à la saucisse au curry du constructeur, visible jusqu’à fin mai dans le musée Volkswagen de Wolfsburg.

Pour Martin Cordes, directeur de la division gastronomique de VW, la currywurst de Volkswagen n’a pas d’égale. Deux fois moins grasse que la plupart de ses rivales et réalisée à partir des meilleurs morceaux de viande, elle est « très saine et tient bien à l’estomac« , explique-t-il. Des qualités importantes pour son service, né de la nécessité de nourrir convenablement les ouvriers lors de la création de l’usine de Wolfsburg en 1938, sous le Troisième Reich, à une époque où la ville n’existait pas encore.

30.000 par jour

Sous la supervision de M. Lo Presti, une trentaine de personnes participent chaque jour à la fabrication industrielle de 30.000 saucisses au curry, dont la recette a évolué au fil du temps. Depuis la crise de la vache folle à la fin des années 1990, elle ne contient plus de boeuf mais seulement du porc, un changement qui fut difficile à faire accepter aux habitués, raconte le maître-charcutier. Le constructeur a également lancé une version végétarienne en 2010, puis une currywurst végane en 2015… après un test auprès des salariés de l’usine de Wolfsburg.

Le ketchup associé, fabriqué par un fournisseur, suit une recette de Volkswagen. Le constructeur, qui a abattu lui-même ses animaux jusqu’en 1946, se fait maintenant livrer la viande de porc, qui vient de la région. « Celui qui goûte notre currywurst en tombe amoureux« , promet M. Lo Presti. Les chiffres semblent lui donner raison. Volkswagen en a vendu environ 7,2 millions en 2015, soit deux fois plus qu’en 2008.

Par Estelle PEARD