La chronique de Camille

Françoise Nyssen : Ministre des possibles

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C’était en avril, les vacances de Pâques en Provence, et il n’y avait pas d’enfants dans l’école de la Volpelière, ou « maison du renard ». Nous sommes d’abord allés voir le jardin potager. Foisonnant. Des fèves, des artichauts, de l’oseille en pagaille, et bientôt des tomates, des groseilliers, du blé en herbe, de la mauve, du lupin, des coquelicots partout. Un délicieux capharnaüm vert et odorant que cultivent les enfants et qui les fait grandir, aussi. Un peu plus loin, dans la forêt, on a entraperçu les cachettes sauvages où nous n’aurions pas eu le droit d’aller si les gamins avaient été là. Cabanes, balançoires, lianes, tapis végétaux pour les conciliabules… Leur domaine, rien qu’à eux.

On a visité la cuisine collective de l’école, propre, sobre et fonctionnelle, cernée d’herbes aromatiques. Un réfectoire aux tables et chaises en bois où les repas (savoureux nous a-t-on dit) se partagent en prenant le temps. Une cour de récré arborée où les élèves peuvent courir ou se reposer à l’ombre, faire des concerts et des pièces de théâtre. Et puis les salles de classes. Aérées, accueillantes, lumineuses. La grande salle de danse et d’eurythmie. Des guitares, des pianos. Des chaussons, des bottes et des pulls. Des tables en ronde. Des murs de liège. Des dessins, des livres et des histoires de toutes les couleurs. Le vaste grenier plein de déguisements qui nous a rappelé notre enfance. La salle des petits, jeux en bois, outils créatifs, matelas, coussins, tentes. Les enfants n’étaient pas là, mais on les imaginait. Libres et joyeux, passant du travail d’équipe en classe aux potagers dehors ; d’un atelier d’arts plastiques ou de cuisine (avec les légumes du jardin) à une séance avec les chevaux. Et on les enviait.

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Puis on a fait un grand tour de la propriété. Des pâturages et des rizières, des taureaux et des brebis. Des troupeaux de chevaux de Camargue. 120 hectares tout de même. En friche encore, mais le projet est ici d’installer une université d’agroécologie. Tout sera cultivé selon des principes de permaculture, biodynamie, agroforesterie. Oliviers, vignes, amandiers, abricotiers, cerisiers, céréales et légumineuses en rotation, ruchers… Pour créer « un écosystème agricole et humain cohérent et productif, à la biodiversité foisonnante ».  Pour prouver que c’est possible. Que tout est possible quand on a un peu d’imagination, de bon sens, et l’envie de créer.

C’était en avril, on a visité l’Ecole du Domaine du Possible, une école holistique et alternative près d’Arles, fondée par Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani. Ils sont patrons des Editions Actes Sud, elle est aujourd’hui ministre de la Culture. En repensant à cette journée, à cette visite et à ce lieu magique, on se dit qu’elle aurait pu aussi être nommée ministre de l’Education. Ou ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation. Ou les trois. En tous cas, on est bourré d’espoir car on sait qu’elle porte une vision. Un regard sensible, pluriel, différent et professionnel à la fois. Et les mauvaises langues n’y pourront rien changer.