Cuisine collective

Un « top chef » à l’hôpital pour des enfants malades du cancer

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La cuisine a parfois le bon goût de pouvoir servir à améliorer la vie quotidienne. La chose est encore plus vraie quand on est un enfant atteint de leucémie et en chimiothérapie. L’association « 1001 pétales » à l’origine d’ateliers pédagogiques dans un hôpital de Tours en fait la démonstration.

Devant l’îlot de cuisine, quatre enfants de 10 à 13 ans, coiffés d’une toque et ceints d’un tablier, s’alignent au côté d’un chef cuisinier de Tours. Mission: apprendre à mitonner de bons petits plats compatibles avec leur maladie, la leucémie. Dans cette cuisine pédagogique de l’hôpital Clocheville de Tours pour enfants, Emile, 13 ans, domine de la tête et des épaules Léa et Eudes, 10 ans, ainsi qu’Anaïs, bientôt 13 ans elle aussi. Tous ont un point commun: ils sont soignés pour une leucémie et sont parfois soumis à un strict régime sans sel ou sans sucre pour minorer les effets secondaires de la chimiothérapie. Après une hospitalisation allant pour certains jusqu’à quatre mois, ils viennent la journée pour leur traitement à l’hôpital de Clocheville, dans le centre-ville de Tours, et repartent le soir dans leur famille. « Ce sont des enfants, ils doivent s’alimenter pour grandir. Il faut donc leur proposer des repas à la fois savoureux et riches dans de petites quantités car leur traitement leur donne faim mais ils sont également vite rassasiés, voire écoeurés« , explique Marie-Pierre Kut, la diététicienne de l’hôpital.

Retrouver le plaisir de manger

Le cadre alimentaire strict auquel ils sont soumis en raison de leur traitement finit par gommer le plaisir de manger: les parents se trouvent bien démunis et ne savent plus quoi proposer à manger à leurs enfants. C’est pourquoi l’association « 1001 Pétales », qui vient en soutien aux enfants malades du cancer et à leurs familles, a eu l’idée d’organiser des ateliers de cuisine alliant gastronomie et diététique avec les chefs cuisiniers réunis dans l’association « Touraine gourmande ». Huit groupes de quatre enfants et leurs parents vont ainsi pouvoir profiter, à raison d’un toutes les six semaines, du savoir-faire de grands professionnels. Ceux-ci vont leur apprendre à cuisiner de bons petits plats pas chers avec les produits du terroir et de saison tout en respectant les impératifs du régime imposé. Au passage, ils confieront quelques « trucs » du métier. A la fin de la première période de l’expérience, un livre de recettes réunira les plats qui auront été ainsi proposés.

Chef et diététicienne

Aujourd’hui, c’est Guillaume Dallay, du restaurant Le Bistrot N’home de Tours qui officie. « C’est une cause qui me tient particulièrement à coeur: mon père est mort du cancer, et j’ai moi-même été malade« , confie-t-il avec émotion au journaliste de l’AFP. Intimidés par la présence du chef, les enfants se font un peu prier pour mettre la main à la pâte mais les langues se délient et les visages se détendent lorsque de bonnes odeurs commencent à monter des casseroles. Emile reconnaît qu’il est plus à l’aise une fourchette à la main que devant les fourneaux. Léa aide sa mère à la cuisine et Anaïs, au visage bien pâlichon, dit prendre plaisir à confectionner des gâteaux à la maison. Eudes, sérieux comme un pape sous la toque blanche, se concentre pour touiller dans la casserole. Le chef du Bistrot N’home a concocté pour eux un petit menu à préparer en famille pour les fêtes de fin d’année, et qui peut être adapté selon le régime suivi. Comme plat, un « velouté de lentilles vertes, lard fumé et foie gras »: « pour un régime vraiment sans sel, on peut ôter le lard fumé« , explique-t-il en suggérant des variantes. « On peut mettre des croûtons de pain d’épices, si l’on veut apporter du sucre, ajouter des champignons ou un peu plus de légumes: carotte, céleri, etc… » Le dessert, un « crémeux au chocolat blanc et fruit », avec tuile aux amandes optionnelle, pour une douceur sans sucre. « Sans saccharose« , précise la diététicienne: le sucre du fruit, le fructose, peut être consommé sans problème par les petits malades. C’est prêt! Le meilleur moment: la dégustation…