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« Terrenales 2015 » (4/4)

Farmstar, la rupture technologique agricole

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En plus des firmes de semences, c’est au tour des grands noms de l’aéronautique d’investir dans l’agriculture. Comme Airbus qui propose, en partenariat avec Arvalis – institut technique au service des agriculteurs et des filières –, le programme Farmstar. Les explications sur ce pilotage de la fertilisation des céréales par satellite avec Grégoire Sigel, du service « aide à la décision pour les agriculteurs » d’Airbus.

Après la mécanisation et l’automatisation agricole, voici venu le temps de l’agriculture satellitaire ?
Farmstar est un outil d’ajustement, de précision et d’optimisation des pratiques agricoles. Airbus et Arvalis ont mis vingt ans à développer cette technique et, surtout, à faire en sorte que les informations données soient exploitables par les agriculteurs qui s’abonnent à ce service par le biais de leurs coopératives. Rien que pour 2014, 665 000 hectares de blé, de colza ou d’orge ont été suivis par notre programme. Si l’on s’en tient à la taille moyenne de la parcelle française qui tourne autour des huit hectares, cela correspond à près de 80 000 parcelles, soit entre 18 000 et 20 000 agriculteurs concernés. Dans son principe, le fonctionnement de Farmstar est simple : l’exploitant nous envoie le positionnement géographique de sa parcelle avec des données précises sur la culture ciblée (blé, orge, maïs, pomme de terre, date de semi, type de sol, précédent cultural, méthodes d’irrigation et recours ou non au labour etc.). En retour, nous lui transmettons les informations récoltées sur la « culture abonnée ». Ce qui lui permet, en temps et en heure, de déterminer très précisément tous les potentiels de ses parcelles et d’ajuster au mieux l’épandage d’azote sur ses cultures. Cette modulation, à l’intérieur même de la parcelle, permet à l’agriculteur d’apporter la juste dose d’intrants lors de la montaison de son blé, par exemple. Outre l’affinement de la connaissance de ses parcelles, notre programme permet à l’exploitant de réaliser un rendement couvrant à la fois ses frais de production tout en lui dégageant une marge suffisamment confortable. Pour celui qui l’utilise, Farmstar est un outil économiquement et écologiquement rentable.

A vous entendre, on voit que nombre d’exploitants agricoles sont devenus de véritables chefs d’entreprise. On comprend aussi que le discours de l’agriculture écologiquement intensive prône la marge économique avant le respect de l’environnement…
Dans un contexte de réglementations strictes et d’une opinion publique qui en appelle à toujours plus d’écologie, nous devons aider l’agriculteur à apporter la bonne dose d’engrais. D’une part, pour qu’elle soit consommée de manière juste par la plante. D’autre part, pour éviter toute perte d’intrants vers les nappes phréatiques. Vous l’avez dit, ce genre de comportements est de moins en moins toléré par l’opinion. Agir ainsi permet donc à l’agriculteur d’avoir bonne conscience et de respecter au mieux les règles environnementales.

Face à la recrudescence des innovations technologiques proposées au monde agricole, de plus en plus d’acteurs – qu’ils s’agissent d’agriculteurs eux-mêmes ou de chercheurs – pointent le danger d’une nouvelle dépendance de ces derniers vis-à-vis de nouvelles firmes comme Airbus. Sommes-nous définitivement entrés dans ce « système technicien » dépeint dès les années 1950 par le sociologue et théologien Jacques Ellul ?
Avant la technologie, l’agriculteur ne réfléchissait pas à sa pratique. Soit il faisait comme l’année précédente, soit il faisait comme le voisin, soit il faisait comme le technicien lui avait dit de faire. Il faut bien comprendre qu’aujourd’hui la priorité réside dans ces schémas de sécurité qui doivent aider l’agriculteur à atteindre l’optimum de ses parcelles, sans aller au-delà. C’est un choix stratégique, guidé par le cours du produit et celui du marché, qui doit s’équilibrer entre l’usage d’intrants, le coût de la main-d’œuvre et la production finale. Cette logique d’optimisation est indispensable car si, les premières années, le rendement est trop important, l’agriculteur court le risque de surproduire et, en réalité, de « tuer » ses terres. Le modèle agricole dont on parle correspond à une agriculture industrielle dont la vocation est de nourrir l’ensemble d’un pays. Il ne s’agit ni de l’agriculture biologique ni de l’agriculture de niche qui fait qu’élever 50 vaches Aubrac pour la viande est rentable alors que pour le lait, ça ne l’est ni économiquement ni écologiquement. Encore une fois, interroger la question des modèles de production, c’est interroger notre mode de consommation. Il nous fait envisager une nouvelle voie faite de technologie, de rationalisation et d’agro-écologie. Nous n’avons aucun tabou. Mais nous pensons que tout comme les consommateurs avant eux, les agriculteurs sont près à encaisser ces ruptures technologiques.