Innovation

Luxe, glamour, volupté et gros business dans l’innovation alimentaire

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L’imagination prend le pouvoir dimanche à Villepinte au plus grand salon du monde dédié à l’innovation alimentaire, vitrine d’une industrie soucieuse de satisfaire et même devancer les envies des consommateurs.

Le Salon international de l’Alimentation (SIAL) fête sa 50e édition jusqu’à jeudi au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte, avec plus de 6.300 exposants (dont 1.000 français) et 400.000 produits de 105 pays représentés, un record, dont huit sur dix présentent des nouveautés.

Ethique, plaisir, praticité, santé, les créations doivent satisfaire à l’un au moins de ces critères pour trouver leur place dans les vitrines du concours de l’innovation qui récompense cette année une boisson anti-oxydante bleue à la spiruline, un yaourt écrémé à l’huile d’olive, des spaghetti d’algues ou des churros de pomme de terre, du poisson en tube pour les enfants et du vinaigre en paillettes pour leurs parents. « Nous avons reçu 1.750 nouveaux concepts, c’est 70% de plus qu’en 2012 » lors de la précédente édition du SIAL, note Xavier Terlet, fondateur du cabinet XTC et consultant ès-nouveautés pour le SIAL. Il y voit un signe de
bonne santé et surtout de renaissance après un quinquennat de crise. « L’innovation a redémarré » affirme-t-il.

L’industrie, surtout en Europe, avait cessé d’inventer, sevrée de budgets marketing et invention, pour ne travailler que ses prix, mais à ce rythme, elle ne pouvait tenir longtemps, selon lui. D’autant que portés par les déclinaisons régionales du SIAL à travers le monde (Chine, Canada, Brésil Philippines), de nouveaux acteurs arrivent en force des Emirats arabes unis, de Corée du Sud, Nouvelle-Zélande, Costa Rica ou Taiwan.

Le chef a repris le pouvoir
Partout, le consommateur a besoin d’être stimulé par la nouveauté pour garder l’appétit et maintenir les résultats d’un secteur qui a engrangé en 2013 et rien qu’en France, plus de 160 milliards d’euros de chiffre d’affaires. La preuve: « La moitié des produits aujourd’hui en rayon n’existaient pas en l’état il y a cinq ans« , affirme l’expert pour illustrer ce besoin de renouvellement – et un sur deux ne passera pas le cap de la
première année, prévient-il aussi.

Parmi les tendances fortes de la saison, Xavier Terlet signale de grand retour du plaisir assumé après les années d’alimentation santé: « Aujourd’hui le chef a repris le pouvoir au nutritionniste« . Un lâcher-prise qui va jusqu’au « food porn » avance-t-il: une débauche de gourmandise dégoulinante de « plus » et de « trop » – de chocolat, de sauce, de crème – spectaculaire et sans complexe. Illustration avec une pâte à tartiner venue des Pays-Bas émaillée d’éclats de biscuits croustillants.

Une réponse à la crise
L’alimentation est ainsi une réponse à la crise: même à 24 euros le panier moyen en supermarché, il est encore possible de s’offrir des plaisirs faciles et des petits luxes, avec une sardine à l’huile de homard ou des gnocchi aux truffes.

L’industrie a parfois du mal à suivre, reconnaît-il, dans ces tendances contraires qui poussent le même consommateur à acheter du chocolat et des yaourts « light », à rechercher à la fois des produits pratiques comme les cubes de purée de légumes et la naturalité qui fait la chasse aux ingrédients suspects.

De l’Allemagne ou la France au Brésil, en Russie et en Chine, comme au Moyen-Orient, la quête de naturel intéresse 80% des consommateurs interrogés par TNS-Sofrès pour le SIAL (contre 70% au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis).

Food bashing et ingrédients suspects
Deux ans après le scandale des lasagnes au cheval, l’industrie agro-alimentaire a encore beaucoup à se faire pardonner, surtout en Europe. C’est même ce qui pousse de plus en plus de consommateurs à « auto-produire » une partie de leur approvisionnement: de l’herbe aromatique à la salade, un Français sur 3 jardine chez lui, éventuellement sur son balcon (sondage TNS Sofrès pour le Sial). Pour eux, le Salon a retenu des mini-champignonnières et des brasseries domestiques.

Paradoxe, alors que le « food bashing » s’y porte particulièrement bien, la France représente à elle seule 25% des innovations du Salon, relève son président Nicolas Trintesaux qui pointe la part écrasante des petites entreprises dans le secteur (97% de PME/TPE). La France, pays hôte, est la mieux représentée, suivie de l’Italie (l’Europe représente 41% des exposants), la Turquie et la Chine.